La dame de la Diplomatie Française à l’IMA

Par Zakia Laaroussi

Dans le firmament culturel parisien, où les constellations du pouvoir et de l’esprit souvent s’entrechoquent, une étoile de première grandeur vient de changer d’axe. Ce 17 février 2026, telle une prêtresse antique gravissant les degrés d’un temple dédié au dieu Janus-tourné à la fois vers l’Occident et l’Orient- Anne-Claire Legendre a été intronisée à la présidence de l’Institut du Monde Arabe . Le souffle de l’histoire, mêlé aux embruns méditerranéens, a fait vaciller la chandelle de l’ancien règne pour allumer le flambeau d’une ère nouvelle. Elle n’est pas simplement la successeure de Jack Lang ; elle est la première femme à s’asseoir sur ce trône de verre et d’acier imaginé par Jean Nouvel, une magicienne des mots et du monde venus ramener la « sérénité » dans un palais secoué par les tempêtes .

Il faut imaginer Anne-Claire Legendre non pas comme une simple diplomate, mais comme une alchimiste des relations internationales. Née des granites bretons, elle a apprivoisé la lave des déserts . Sa jeunesse ? Un roman d’apprentissage flaubertien. À l’Inalco, elle ne s’est pas contentée d’apprendre l’arabe ; elle en a épousé les sinuosités, elle en a gobé les consonnes gutturales comme des olives confites, faisant de cette langue une seconde peau . De Sciences Po à la Sorbonne, elle a tissé la corde raide sur laquelle elle danserait toute sa carrière : celle qui relie la littérature à la realpolitik .

Son parcours est un labyrinthe de glaces où chaque reflet raconte une victoire. Première femme à poser ses escarpins sur le parquet du Consulat général de France à New York, elle y est restée quatre ans, apprivoisant la Gorgone américaine . Puis ce fut le Koweït, écrin de pétrole et de traditions, avant que Paris ne la rappelle pour en faire la voix du Quai d’Orsay. Là, telle une walkyrie moderne, elle a affronté les dragons de la désinformation russe, forgeant des boucliers de vérité contre les assauts des ombres du Kremlin . Certains lui trouvaient une froideur de camée. Mais cette froideur n’était que la carapace de cristal d’une combattante, la réserve altière de celles qui savent que la parole, lorsqu’elle est pesée au trébuchet, a plus de force que mille imprécations.

Si l’on cherche la matrice de son destin, c’est en tant que conseillère pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à l’Élysée qu’il faut la saisir. Elle est devenue, sous les ors de la République, la passeuse d’impossible, la fossoyeuse des statu quo. Dans le tumulte du conflit israélo-palestinien, alors que la position française semblait une nef guidée par un équipage en mutinerie, c’est elle qui a tenu la barre .
Son coup de maître ? Un coup de Jarnac diplomatique. En septembre 2025, c’est sous son impulsion que la France a reconnu l’État de Palestine . Ce geste, qui fit grincer des dents à Tel-Aviv, résonna comme une prière du vendredi dans les capitales arabes. Un ambassadeur, membre du conseil de l’IMA, confie qu’il s’agit là d’ »un point fort pour l’ensemble des pays arabes membres » . Elle a su transformer le plomb de la discorde en or diplomatique, faisant de cette reconnaissance un pont suspendu au-dessus du gouffre.

Mais la voyante ne s’arrête pas là. Voyageant sur un tapis volant tissé de fils électriques, on la retrouve à Alger en mars de la même année, tentant d’apaiser les vieux démons avec Abdelmadjid Tebboune . Mission en demi-teinte, car les orages méditerranéens sont parfois plus forts que les sorts des enchanteurs. Puis, au Liban, elle souffle sur les braises de la guerre entre le Hezbollah et Israël pour en faire un feu de camp fragile, arrache un cessez-le-feu en novembre 2024, et assoit la France aux côtés des États-Unis comme gardienne de la trêve . Aujourd’hui, Anne-Claire Legendre pose ses valises pleines de tempêtes et de soleils levants à l’Institut du Monde Arabe. Le contraste est saisissant, presque théâtral. Elle succède à Jack Lang, figure tutélaire et méphistophélique chassée par le scandale Epstein, comme on chasse le mauvais œil . L’institution, ce vaisseau amiral lancé en 1987 par François Mitterrand, a vu ses cales prendre l’eau . La tempête médiatique a fait vaciller ses mâts. Mais la nouvelle capitaine, cheveux blonds coupés comme une pythie moderne, a déjà prononcé les mots qui sauvent : « ramener de la sérénité », « redonner la confiance du public » .

Son programme est un chantier de rénovation cosmique : modernisation, redressement financier, renforcement de la déontologie . Elle ne vient pas seulement gérer un musée ou une bibliothèque. Elle vient recoudre la peau de chagrin d’un dialogue des cultures. L’IMA, sous son règne, ne sera plus un simple lieu de passage, mais un caravansérail des idées, un observatoire astronomique tourné vers le sud, une machine à remonter le temps pour prouver que l’Andalousie d’hier peut renaître des cendres d’aujourd’hui.
À 46 ans, cette Bretonne qui manie l’arabe comme une fée Carabine manie son fusil, incarne la jeunesse d’une vieille dame de la diplomatie française. Elle est le trait d’union entre la raison d’État et la poésie des sables, entre la rigueur de Sciences Po et les volutes des Mille et Une Nuits. En franchissant les portes de ce palais aux moucharabiehs high-tech, elle ne prend pas seulement la tête d’une institution. Elle accomplit une prophétie : celle d’une femme, enfin, au cœur du dialogue entre deux mondes. L’avenir ? Il appartient à l’architecte des possibles, à cette tisserande de paix qui, de New York au Koweït, de l’Élysée à Alger, n’a cessé de prouver que la diplomatie est l’art d’écrire l’histoire avec une encre faite de larmes et d’espoir. Paris retient son souffle. L’Orient l’observe. L’ère Legendre a commencé..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *