Marco Baratto، politologue- Italie
En l’espace de quelques semaines, le calendrier des grandes religions monothéistes semble se transformer en un récit unique. Le mois sacré du Ramadan s’achève dans la joie de l’Aïd al-Fitr ; le peuple juif se prépare à célébrer Pessa’h, mémoire de la libération ; et les chrétiens cheminent à travers le Carême vers Pâques, célébrée cette année le 5 avril pour les catholiques et le 12 avril pour les orthodoxes. Cette convergence n’est pas qu’une simple coïncidence : elle invite à redécouvrir une racine commune et une vocation partagée.
L’Aïd al-Fitr n’est pas seulement la fin d’un mois de jeûne. C’est un passage. Après avoir vécu le Ramadan dans la discipline et la prière, le croyant est appelé à faire de sa vie entière un chemin de conversion. La fête devient ainsi responsabilité, engagement, témoignage. De la même manière, Pessa’h n’est pas un simple souvenir historique. C’est une mémoire vivante : chaque génération est invitée à se considérer comme libérée de l’esclavage. La liberté devient un don à protéger et une tâche à accomplir.
La Pâque chrétienne, sommet du Carême, exprime ce même mouvement : de la mort à la vie, de la souffrance à la résurrection. Elle proclame que le mal n’a pas le dernier mot et que l’amour triomphe de la haine. Trois fêtes, un seul message : le passage vers la vie. Pourtant, dans le monde, et surtout dans les terres chères aux trois religions, les conflits persistent. La guerre divise là où la foi appelle à l’unité. Elle contredit la miséricorde, nie la fraternité et détruit l’espérance.
C’est pourquoi résonnent avec force les paroles du Pape : « Quelqu’un prétend même impliquer le nom de Dieu dans ces choix de mort, mais Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres.». Face à cette contradiction, il existe pourtant des lieux qui témoignent d’une autre possibilité. Le Maroc en est un exemple concret et vivant. Terre d’islam, il a su préserver au fil des siècles la présence et la dignité des communautés juives, tout en accueillant la tradition chrétienne. Dans ses villes, dans ses mémoires, dans ses gestes quotidiens, une coexistence réelle s’est construite.
Au Maroc, la foi ne devient pas un motif de division, mais une occasion de reconnaissance mutuelle. Les croyants, bien que différents, partagent un même respect pour le Dieu miséricordieux. Cette coexistence n’est pas parfaite, mais elle est réelle, et surtout possible. Ainsi, la coïncidence entre Ramadan, Pessa’h et Pâques peut être lue comme un appel : non pas à constater les divisions, mais à construire des ponts. Le Maroc rappelle que cette fraternité n’est pas une utopie, mais une réalité déjà vécue.
Dans un monde marqué par la peur et la violence, cet exemple devient précieux. Il montre que la foi, loin d’être un facteur de conflit, peut devenir une source de paix. Car si Dieu est vraiment miséricorde, alors ses fidèles sont appelés à être des artisans de miséricorde. Et si Dieu est lumière, il ne peut jamais être invoqué pour justifier les ténèbres.
