CEDAW en Afrique : urgence d’agir

Mme D.Alfène, Diplomate et chercheuse- consultante en droit politique internationale des femmes en Afrique

Quarante-cinq ans après l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), une question persiste avec acuité : combien de temps encore les femmes africaines devront-elles attendre pour que leurs droits deviennent une réalité tangible ? Les violences, les discriminations, les inégalités structurelles, la misogynie persistante et les conflits armés ne sauraient être relégués à la symbolique du 8 mars. L’heure n’est plus aux déclarations d’intention ni aux engagements de façade. Elle est à l’action. Les textes ne doivent plus dormir dans les tiroirs institutionnels ; ils doivent vivre dans les sociétés. Car l’enjeu est clair : faire des droits des femmes non pas une promesse abstraite, mais une réalité vécue.

Il serait injuste de nier les progrès accomplis ces dernières décennies. Sous l’impulsion d’organisations comme ONU Femmes ou UNESCO, et grâce à des instruments internationaux tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme ou la Déclaration et Programme d’action de Pékin, des avancées notables ont été réalisées en matière d’égalité de genre. Mais ces progrès demeurent fragiles et profondément inégaux. Dans de nombreuses sociétés africaines, les structures patriarcales continuent de dicter les normes sociales. Les stéréotypes de genre, les discriminations systémiques et les inégalités économiques persistent, freinant l’émancipation des femmes et compromettant leur pleine participation à la vie publique. Or, comme le rappelait Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient ». Cette affirmation résonne avec une force particulière dans des contextes où les rôles sociaux sont encore largement assignés et contraints.

L’égalité de genre ne relève pas uniquement d’un impératif moral ou juridique : elle constitue un levier fondamental de développement. Le développement du continent africain est indissociable de celui de son capital humain. Exclure les femmes, ou limiter leur accès à l’éducation, à la santé et aux ressources économiques, revient à freiner l’ensemble de la dynamique de croissance.Les recherches empiriques le confirment : l’autonomisation des femmes favorise une croissance économique durable, améliore les indicateurs sociaux et renforce la résilience des sociétés. Investir dans les droits des femmes, c’est investir dans l’avenir du continent.

Malgré les engagements internationaux, les violences faites aux femmes demeurent une réalité quotidienne, en Afrique comme ailleurs. Elles transcendent les frontières, les cultures et les classes sociales. À cela s’ajoute une sous-représentation chronique des femmes dans les sphères de décision politique et économique. Cette situation est encore plus préoccupante dans les zones rurales africaines, où se concentrent des formes aiguës de discrimination. Pratiques traditionnelles, contraintes économiques et faiblesse des institutions y limitent fortement l’accès des femmes à leurs droits fondamentaux, notamment en matière d’éducation, de santé et d’autonomie financière.

Le paradoxe est connu : la quasi-totalité des États africains ont ratifié la CEDAW. Pourtant, cette ratification ne s’est pas toujours traduite en politiques publiques effectives. La CEDAW ne doit plus servir d’alibi diplomatique. Elle doit devenir un instrument opérationnel, une véritable arme juridique au service des femmes. Cela suppose :

– un financement réel et continu de sa mise en œuvre, du niveau local aux juridictions régionales

– la création de mécanismes contraignants d’application et de suivi ;

– l’adoption urgente de chartes nationales de protection des femmes et des filles ;

– une tolérance zéro face aux violences, notamment en contexte de conflit ;

– des dispositifs effectifs de réparation pour les survivantes.

Certains pays africains démontrent qu’une volonté politique affirmée peut transformer les principes en réalités. L’Afrique du Sud, avec son Employment Equity Act, a mis en place des mécanismes visant à garantir un accès équitable aux postes à responsabilité. Le Rwanda, à travers sa législation contre les violences basées sur le genre, a instauré un cadre répressif et protecteur efficace. Ces exemples montrent que le droit peut être un levier puissant de transformation sociale à condition d’être appliqué.

Le combat pour les droits des femmes ne peut être l’affaire d’une seule catégorie d’acteurs. Il exige une mobilisation collective. Les femmes et les filles doivent en être les premières actrices. Mais elles ne peuvent agir seules. Les hommes doivent s’engager dans une dynamique de masculinité positive, en soutenant activement cette lutte. Surtout, il faut une volonté politique forte, capable de briser les résistances sociales et de dépasser les inerties institutionnelles.

La CEDAW demeure l’un des instruments juridiques les plus solides dont dispose la communauté internationale. Mais un instrument, aussi puissant soit-il, reste inopérant sans engagement politique.

L’Afrique n’a plus d’excuse. Il ne s’agit plus de proclamer des droits, mais de les garantir. Plus de les écrire, mais de les faire vivre. L’objectif est simple, mais exigeant : que chaque femme et chaque fille du continent puisse exercer pleinement ses droits, non pas en théorie, mais dans sa vie quotidienne. Le temps des promesses est révolu. Celui des actes doit commencer.

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13 thoughts on “CEDAW en Afrique : urgence d’agir

  1. L’éducation, pédagogie et l’économique, sont des leviers pour un changement de mentalités et un développement durable. Sans cela……on reste dans la salle d’attente de l’histoire.

    1. Bravo Madame D.Alfene pour cet honorable combat, nous les femmes sommes les piliers de toutes décisions, je me joins volontiets a vous pour cette lutte afin que l égalité homme femme ne soit pas seulement dans les paroles mais également dans les décisions sociales et politiques pour un développement durable
      Comme vous l avez si bien dit :
      Investir dans les droits des femmes, c est investir dans l’avenir du continent.

      1. Merci de ce partage. Article très intéressant. Oui en effet ce combat pour les droits de la femme nous interpelle tous tant sur le plan national qu’à l’international. Certes des avancées, mais beaucoup reste à faire. Des voix, comme celle de Mme Djamila, aidera à trouver une oreille attentive auprès des décideurs politiques pour la reconnaissance, l’égalité et plus des moyens…

    1. Bravo madame Alfeine Djamila pour ton courage .
      C’est très intéressant et honorable en tant que femme comorienne pour la mise en lumière de l’histoire de l’humanité.
      Fière de toi petite sœur.

    2. « C’est à la fois intéressant et impressionnant !
      Toutes mes félicitations à toi, ma chère amie Madame D’Alfene.
      Je te souhaite beaucoup de réussite pour la suite ! »

  2. Un grand merci pour cette analyse d’une lucidité remarquable, Mme Alfène.

    En tant qu’artiste engagée pour la mise en lumière de l’histoire de l’humanité, je ne peux que saluer votre appel à l’action. Il est essentiel de rappeler que dans l’Afrique précoloniale, la femme n’était pas à la périphérie, mais au centre. Le matriarcat et la place sacrée des femmes étaient le socle de nos sociétés avant que l’histoire ne soit bousculée.

    En ce sens, réclamer l’application réelle de la CEDAW et des droits des femmes n’est pas une simple mise en conformité diplomatique, c’est un véritable retour aux sources. C’est restaurer une dignité et une influence que les femmes africaines ont toujours possédées par essence.

    Comme vous le dites si bien, l’heure n’est plus aux promesses mais aux actes, pour que le continent retrouve sa pleine puissance en s’appuyant sur l’ensemble de son capital humain. Bravo pour ce plaidoyer nécessaire.

  3. Mme Djamila. Alfène incarne l’excellence, l’engagement et le leadership au service des droits des femmes en Afrique.
    Un hommage mérité à une femme d’exception.

  4. Je viens de lire, ton rapport avec beaucoup d’intérêt.
    Je partage ce constat qui est plus qu’amère .
    En effet la discrimination faite aux mérite beaucoup plus d’attention de la part des politiques , la société civile et les religieux.
    Cependant, bien qu’aux Comores cette discrimination existe , j’aurais aimé que tu expliques la différence particulières de manière positive, l’attention réservée à la femme notamment à l’enfant fille de la famille.
    Moi entant que père d’enfant fille je sais de quoi je parle. Entant que frères des sœurs comoriennes également.
    Ceci pour dire que, l’enfant fille est mieux protégé en dehors de la construction de sa maison, de héritage, de la défense particulière du père et des frères quand il s’agit de la fille ou du sœur. Les tâches les plus lourdes pour les hommes et les plus légères pour les filles pour ne citer que cela. Que ce que la religion dit ? Que ce que la communauté fait existe il de l’adéquation ? En tout cas merci beaucoup cela n’enlève en rien à la présentation qui m’a vraiment enrichi merci beaucoup chère sœur sincèrement je suis fière de cette présentation.

    1. Courage a vous Grand Dame de grand cœur ❤️
      Merci beaucoup d ‘ être là pour nous défendre, nous les Femmes.

    2. Courage a vous Grand Dame de grand cœur ❤️
      Merci beaucoup d ‘ être là pour nous défendre, nous les Femmes.
      Mes félicitations ma chérie ❤️

  5. un combat acharné et vigoureux, nous sommes convaincu de ta bonne et réelle Affiche en qualité de combatante et Millitante sur la cause Feminine en particulier et celle des droits Humains en general,,,, bon vent à vous Mme Djamila

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