Par Soukaina Regragui. Ecrivaine. Membre fondatrice de l’Union de l’Action Féministe
Hélée par la 70ème session de la Commission du statut de la femme, CSW70, qui se tient sous le thème Assurer et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et filles, à laquelle l’Union de l’Action Féministe, UAF, association féministe marocaine créée légalement en 1983 à partir d’un mouvement de lutte pour la promotion des droits de la femme marocaine, le Mouvement 8 Mars entreprenant la même année la publication mensuelle du journal 8 mars, a pris la position de ne pas y participer afin de dénoncer la non accessibilité des femmes à la justice en ce contexte de guerres meurtrières dans lesquelles les femmes subissent manifestement les violences sous multiples formes, psychologiques, physiques, sexuelles, migratoires, juridiques, utilisées comme armes de guerre, dans le déni absolu des principes et valeurs universellement reconnues et l’irrespect absolu et tyrannique des lois internationales humanitaires. En 1946, la Déclaration universelle des droits de l’Homme a créé un monde des espoirs. Quatre-vingt ans après, l’impuissance d’instances internationales est livrée aux yeux du monde. Réalité ou fiction ? Réalité douloureuse, que l’histoire enregistre.
Appétits colonialistes, idéologiques, expansionnistes, mercantiles, traversent le globe terrestre dans une concentration bien marquée au Moyen Orient, avec Gaza comme marqueur odieux de la déshumanisation quotidienne et sans perspective de fin qui se révèle au monde. Un regard pointu réclamant urgence est aussi à porter sur l’Afrique et les déshumanisations qui s’y pratiquent, comme au Soudan, en République Démocratique du Congo, au Mali et tant d’autres foyers de deshumanisations, dont les femmes et les enfants sont les victimes en haut lieu. La déshumanisation par le genre s’est clairement nichée dans ces guerres du 3ème millénaire, visible et livrant son plein sens de porter atteinte à la dignité humaine, dans cette instrumentalisation guerrière à annihiler la dignité des femmes, d’anéantir les plus vulnérables, femmes, filles, dans une exploitation à les rendre donc plus vulnérables qu’ils ne le sont déjà par des décennies de droits fondamentaux inaccessibles. Un contexte d’injustices dans des contextes de conflagrations broyant leurs droits les plus absolus, dont le droit des enfants à la protection et le droit fondamental pour les femmes d’accéder à une justice reconnaissant leurs drames, jugeant les auteurs de crimes à leur encontre. Faudrait-il les inventorier ?
Le parchemin serait long, la guerre cruelle, dénuée de toute humanité à Gaza, visible parce que largement médiatisée, révèle au monde les pires abjections inhumaines que l’humanité puisse observer. Exercée dans une visée idéologique expansionniste d’un grand Israel, tactiquement a peine avouée, intentionnellement annoncée suivant le besoin, cette guerre menée sur la population Gazaouie ne peut être gratifiée du terme guerre, s’exerçant dans le déni des dispositions du droit de la guerre, des règles du droit international. La guerre de Gaza est odieusement un laboratoire de déshumanisations, reflétant les drames humainement inqualifiables que vit le peuple Palestinien, qu’endurent les Gazaouis, que subissent sans relâche femmes, filles, enfants, dans le déni absolu des mécanismes et instruments de protection internationaux. Les corps des femmes sont à l’épreuve, sont un outil de guerre, de vengeance. La violence politique, militaire, militaro politicienne, est à son summum. Tous les affrontements, depuis la naissance de l’humanité ne sont pas exemptes de souffrances. On ne nait pas violent, est-il enclin de penser. La question reste entière face à la charge des bombes jamais autant été dévoilée que dans ces combats menés sur plusieurs fronts sans commune mesure, sans foi ni lois, est-il enclin de hurler dans ce fantasme pour un Grand Moyen Orient. Ces atrocités portent les stigmates ineffaçables de la violence par le genre dans la défiance criarde de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations et de violences faites aux femmes, dans le déni des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies notamment la Résolution 1325, dans la négation des négociations et des processus de construction de la paix.

L’Union de l’Action Féministe, UAF, a élevé la voix en ce 13 mars 2026 à Rabat, capitale du Maroc, conviant en présentiel et en distanciel à débattre et prendre des dispositions. L’objectif est d’interpeller la communauté inter.0ale sur les violences multiformes faites aux femmes dans des contextes de sang et de feu, comme l’a ardemment souligné dans son intervention Fatéma Maghnaoui, Vice-présidente de l’UAF et Directrice des Centres Annajda de lutte contre la violence à l’égard des femmes, créés dans différentes régions du royaume par l’Union de l’Action Féministe depuis 1996. Un contexte maculé de sang dans une fausse ou aléatoire propagande de frappes chirurgicales par l’armée sanguinaire, usant de technologies les plus récentes et les plus meurtrières dont disposent les plus puissants par l’argent, par la force de pressions multiformes. Les femmes vivent des situations ignobles, sous les yeux du monde, les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettant de suivre les réalités inhumaines de leur quotidien. Des situations inhumaines qui attestent de postures et décisions contraires au droit de la guerre, contraires aux droits universels des droits des femmes les plus élémentaires, dont l’intimité. Les droits humains universellement reconnus sont bafoués dans l’impuissance des instances internationales, des instances onusiennes.
Après 1945 naissait un monde des droits humains. Les violences inhumaines des guerres en ce XXIème siècle paraissent honteusement acceptées de façon presque qualifiable de normales, dans la déficience d’actions unifiées pour dénoncer les exactions aux droits humains fondamentaux et de soutenir le rétablissement d’un ordre universel humain. L’union féministe mondiale est une force qui a fait ses preuves au travers des époques et des continents. L’Union de l’Action Féministe au Maroc en tant qu’association de défense des droits des femmes soutenue par tous les droits de l’Hommistes et toutes les ONG partageant les mêmes valeurs d’égalité, de justice, de dignité, a depuis le début de son militantisme des années 1980 entrepris de mobiliser pour les causes justes, en réseautage. L’union faisant la force ne fut jamais érigée en simple slogan. Et, la solidarité avec les femmes palestiniennes, jamais ne fut éteinte. En 2002, l’Union de l’Action Féministe, UAF, avait déjà créé le Mouvement Mères sans frontières pour la solidarité de la femme palestinienne. Aujourd’hui les violences par le genre dans le cadre de guerres ne sont plus à démontrer, se sont hissées haut et fort dans la visibilité s’agissant des femmes palestiniennes, malgré que même les droits à l’information des journalistes et observateurs et les droits et obligations aux actions humanitaires, soient aussi bafoués. Les drames que subissent les femmes sur d’autres contrées guerrières sont étouffés. Ceci relève de l’inadmissible en un siècle où le droit international devrait être au summum de ses attendus.

Accéder à la justice est un droit, est une réparation quoique partielle néanmoins très importante, est une revendication dont doivent bénéficier toutes les femmes victimes des violences des guerres. Les femmes palestiniennes en sont privées. Jusqu’à quand, pourquoi ? Une violence guerrière par le genre qui doit être reconnue dans le droit international et à laquelle des instruments de droits doivent être clairement élargis. Une violence faite aux femmes du fait de leur non accessibilité à la justice. Cette situation oblige la mouvance féministe à laquelle se joint comme à l’accoutumé tous les défenseur-e-s des droits humains, à interpeller les instances internationales en ce 13 mars 2026, dans la solidarité avec toutes les femmes et filles subissant les violences en ces contextes de guerres et de conflits armés, sur leur protection et la garantie de leur accès à la justice. Il est temps, d’autant que des années s’écoulent sous la double peine des violences subies sur le terrain guerrier et des violences non reconnues sur le terrain judiciaire.
En ce 13 mars 2026, la Commission du statut de la femme des Nations-Unies est interpelée dans ses responsabilités. L’Organisation des Nations-Unies interpelée dans ses attributs. La société civile interpellée dans son activisme. Ce 13 mars 2026 marque notre interpellation du droit international. La question a été clairement posée. Où est le droit international ? Qu’est-il devenu ? Quelle est la portée des appels onusiens aux cessations des exactions infinies ? Quelle crédibilité d’actions s’en dégage ? Que signifie tout cela dans un environnement où l’humanisme perd son sens premier et profond, où les femmes payent le prix le plus lourd des guerres et conflits dans des exodes, des migrations, aussi des rapts selon les régions, où la protection des femmes, des filles et la garantie d’accéder à la justice sont absentes ? Existe-t-il une justice sans accès à la justice ? Les femmes Palestiniennes n’y ont pas accès, subissent des violences guerrières par le genre. L’internationalisation médiatique de la guerre à Gaza révèle au monde des réalités inconcevables, lesquelles ne sont pas rendues visibles sur
d’autres contrées pour des raisons multiples et sur lesquelles le rideau de l’hermétisme doit tomber. Notre ADN militant est de briser le silence sur les causes et les souffrances des femmes, des filles, de faire triompher le droit et son corollaire la justice. Aujourd’hui, il s’agit d’interroger l’impuissance onusienne, de héler les responsabilités de la Commission du statut de la femme des Nations-Unies. L’action préliminaire en ce 13 mars 2026 est de lever le voile en cette 70ème session tenue sous le thème Assurer et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et filles, afin de poser la question judicieuse, intitulé de l’intervention de l’activiste Fatéma Maghnaoui, La justice pour les femmes et les filles en temps de guerres et de conflits, le droit international a-t-il encore un sens ?
Agir dans l’unisson de toutes les femmes et tous les hommes épris de justice, à l’encontre de ceux qui financent des guerres déshumanisantes, est un volet parallèle aux alliances qu’il est important d’établir pour définir les stratégies permettant urgemment de garantir l’accès des femmes à la justice en temps de guerres. De même, s’impose d’initier une charte sur les protections légales urgentes et fondamentales au profit des femmes, des filles, dans cette approche que les générations futures poursuivront la responsabilité de les affiner et les adapter aux coalitions mondiales. Cette rencontre du 13 mars 2026, tout en décriant les violences subies par toutes les femmes et filles exposées à la déshumanisation en temps de guerres et de conflits et leur inaccessibilité à la justice, est une interpellation des Nations-Unies quant à la privation des femmes palestiniennes d’accéder aux travaux de la 70ème session de la Commission du statut de la femme, CSW70, et ce, aux noms de l’association Roua, de l’association UAF et du réseau arabe de la femme, présent-e-s à cette rencontre en présentiel et en distanciel du 13 mars 2026.
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