France: au milieu des frappes de l’Iran

Par Dr. Zakia Laaroussi

Samedi, dans la lumière tamisée du palais de l’Élysée, le conseil de défense nationale avait des allures de poste de commandement en temps de crise. Autour de la table, Sébastien Lecornu, plusieurs ministres et les plus hauts gradés militaires français faisaient face à un écran radar géant : celui, invisible, d’une région tout entière en train de basculer. Quelques heures plus tôt, les premières frappes israélo-américaines avaient secoué l’Iran. Pour Emmanuel Macron, le moment n’était pas à la stratégie militaire, mais à la tentative désespérée de réinventer un espace pour la parole. « Nul ne peut penser que la question du nucléaire iranien se réglera simplement par les frappes », a-t-il déclaré, le visage grave, en introduction de cette réunion d’urgence . La formule, en apparence, était un classique de la maison : un appel à la raison, une main tendue vers l’Orient compliqué. Mais dans le contexte de l’offensive en cours, elle sonnait comme un constat d’échec, ou du moins, d’impuissance.

Le président français a tenté de dessiner une ligne de crête étroite entre la fermeté nécessaire face au programme nucléaire et balistique de Téhéran, et la reconnaissance, presque intime, des « droits légitimes du peuple iranien à se  faire entendre ». Une dualité qui résume à elle seule la complexité de la position française : parler aux puissances, sans oublier les foules. « Ce qu’il a exprimé ces derniers mois encore en étant terriblement réprimé, c’est de pouvoir décider lui-même de son destin », a-t-il insisté, ramenant la géopolitique à une affaire de destins humains. Mais dans les couloirs du pouvoir, une autre musique se faisait entendre. Celle de l’absence de préavis. « La France n’a été ni prévenue ni impliquée », a précisé le chef de l’État, lâchant une phrase lourde de sens. Dans le jeu des alliances occidentales, Paris, tout comme ses partenaires du Golfe, a été tenu à l’écart du déclencheur. Un camouflet diplomatique à peine voilé.

L’Elysée a rapidement déroulé le fil de ses consultations : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Jordanie, l’Irak… Une litanie de capitales arabes jointes au téléphone. Un nom, pourtant, brillait par son absence sur la liste des appels : celui de Benyamin Netanyahou. Un silence assourdissant qui en dit long sur la défiance. « La priorité absolue, c’est la sécurité de nos ressortissants et de nos emprises militaires », a martelé Macron, recentrant le discours sur le concret, le palpable.

Derrière les grandes déclarations sur la souveraineté des pays du Golfe « menacés par la riposte iranienne », c’est la peur d’un embrasement généralisé qui tenaille les états-majors. appelé à « cesser » une « escalade dangereuse pour tous », affirmant que le régime iranien n’avait « plus d’autre option » que de négocier de « bonne foi » . Une mise en garde qui, samedi soir, ressemblait déjà à un vœu pieux, prononcé dans le vide, alors que les premiers impacts faisaient trembler le sol iranien. L’Élysée, ce soir-là, n’était pas seulement une salle de crise. C’était le symbole d’une diplomatie qui cherche encore sa place dans un ordre mondial où les bombes parlent plus fort que les ambassadeurs, et où les alliés d’hier oublient parfois de décrocher le téléphone.

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