Elle ne marche pas, elle glisse entre les mondes, Geneviève Guevara. Son nom, une vague douce, évoque à la fois l’ancrage et le voyage, un héritage mêlé comme les eaux de deux fleuves. Elle n’est pas de nulle part, mais de partout à la fois. Venue des brumes belges, elle n’a pas apporté une langue, mais une clé : celle qui ouvre les serrures rouillées des frontières pour laisser chanter les voix enfouies.
En son cœur bat le Jip’s Café, un navire amarré au cœur de Paris, qui, chaque dimanche, se métamorphose. Sous son influence, les murs s’effacent, les planchers deviennent des passerelles de liège, et l’air s’épaissit d’un pollen doré : la poussière des mots. Ce lieu n’est pas un salon, mais un archipel onirique. Chaque poète est une île-continent, apportant ses paysages intérieurs, ses climats vocaux, sa faune linguistique.
Imaginez : le désert marocain y croisent les forêts québécoises ; le blues américain se fond dans le chaâbi marocain ; les élégies persanes, ciselées comme des miniatures, dialoguent avec les haïkus chinois, ces gouttes de rosie sur la toile de l’instant. Cette année, la mélancolie tchèque, couleur de bière et d’ambre, a rencontré la résilience ukrainienne, brûlante comme la braise sous la neige. Geneviève, elle, est la cartographe de cet atlas mouvant. Elle ne trace pas de lignes, elle tisse des liens avec des fils de
soie et d’attention.
Paris Poésie n’est pas une simple scène. C’est un jardin sous condition, un écosystème délicat gouverné par des lois invisibles et puissantes, des principes-alchimistes :
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– L’Écoute : Un silence actif, une coupe de cristal tendue pour recueillir chaque syllabe.
– La Promotion Réciproque : Un réflexe de liane, où chaque plante aide l’autre à grimper vers la lumière.
– L’Authenticité : Le dépouillement des masques, la parole nue, aussi fragile et forte qu’un galet poli.
– La Simplicité : L’élégance du geste essentiel, l’absence de fard sur le visage du poème.
– La Diversité Apaisée : Une polyphonie où les timbres ne se combattent pas, mais composent un accord majeur et nouveau.
– La Bienveillance : Un climat doux, une serre chaude où les pousses les plus timides peuvent s’épanouir.
– La Gratitude : Le souffle qui termine le chant, le remerciement à l’univers pour ce miracle éphémère.
Ici, la poésie est une respiration collective. On n’y brandit pas de drapeaux, on y allume des lanternes. On évite les pierres de la discorde pour cueillir les fruits du lien. Geneviève y consacre une énergie de fée—un travail de fourmi et de visionnaire. Elle ne demande pas de l’or, mais du respect pour cette offrande, et un engagement du cercle entier à devenir caisse de résonance. Car une voix seule est un secret murmuré au vent ; cent voix ensemble sont un chœur qui façonne l’écho.
Dans ce sanctuaire, les livres ne se vendent pas, ils se consacrent, par une dédicace qui est un pacte. La participation financière n’est pas un prix, c’est un geste rituel, un grain d’encens jeté sur le feu commun pour en entretenir la flamme. C’est l’économie du don, où la monnaie est la reconnaissance et le capital, la beauté partagée.
Ambassadrice de réseaux qui portent des noms de ponts – Rencontre des Auteurs, Poetry Unites People- Geneviève Guevara incarne une diplomatie des profondeurs. Elle ne négocie pas des traités, mais des fraternités. Elle croit, d’une foi tranquille et tenace, que la poésie peut recoudre la chair du monde là où les idéologies la déchirent. Elle est la preuve que la culture n’a pas de patrie, seulement des escales. Elle n’est jamais étrangère ; elle est éternellement de passage, une caravane sans fin qui transporte, non des marchandises, mais des âmes-enfants, des éclats d’humanité pure.
Sa démarche est un antidote à la fragmentation du siècle. Elle nous rappelle qu’avant d’être des nations, nous sommes des souffles. Et que ces souffles, lorsqu’ils se mêlent dans le creuset d’un café parisien, peuvent composer le chant le plus ancien et le plus neuf : celui de notre commune appartenance au mystère de la parole. En elle, la culture ne marche pas sans passeport : elle danse, pieds nus, sur la carte infinie du cœur humain.

Un tout tout grand merci pour ce magnifique article Zakeeya El Aarusi.