Il faut être à la hauteur de la fonction

Par Dr.ZakiaLaaroussi

Monsieur le Ministre de l’industrie et de commerce, Riad Mazout

Ce sont des paroles blessantes. Il y a des silences qui abîment. Et ce sont des phrases qui, prononcées par un membre du gouvernement, deviennent des fautes politiques. Lorsque vous lancez, sur un ton oscillant entre ironie et désinvolture :« Voulez-vous que je vous dise merci parce que vous n’êtes pas entrés dans les services de votre pays ? »

Ce n’est pas une maladresse. C’est un mépris. Ce n’est pas une formule improvisée. C’est une posture. Et cette posture est indigne d’un ministre. Une parole de marché, pas une parole d’État. On ne s’adresse pas à la diaspora marocaine comme on harangue une foule distraite. On ne parle pas aux compétences, aux chercheurs, aux ingénieurs, aux médecins, aux entrepreneurs installés en Europe et ailleurs avec cette condescendance feinte qui dissimule mal l’agacement.

La diaspora n’est ni un public captif, ni un auditoire naïf. Elle est instruite, exigeante, connectée, lucide. Votre phrase n’a rien d’humoristique. Elle trahit une vision réductrice : celle d’une communauté sommée de prouver sa gratitude, suspectée dans son attachement, presque accusée d’ingratitude. Est-ce ainsi que l’on parle à ceux qui portent, chaque année, une part essentielle de l’équilibre économique du pays ?

Une faute politique, pas un malentendu. Ne réduisons pas l’affaire à un simple “dérapage”. Ce qui choque n’est pas seulement le mot, mais le ton. Cette légèreté est narquoise. Cette manière de suggérer que la reconnaissance nationale serait à sens unique. L’État n’est pas un comptable irrité. Un ministre n’est pas un polémiste de plateau. Il incarne la continuité, la hauteur, la mesure. Lorsque la parole publique glisse vers l’ironie blessante, elle fragilise la confiance. Et sans confiance, il n’y a ni investissement, ni engagement, ni fidélité durable. L’exigence d’un geste clair Si des voix institutionnelles s’élèvent pour évoquer la nécessité d’excuses, ce n’est pas par goût du tumulte. C’est parce que la responsabilité impose la clarté.

L’excuse n’est pas une humiliation. Elle est un acte de maturité politique. Elle signifie : j’ai entendu, je corrige, je respecte. Refuser ce geste reviendrait à entériner l’idée que la diaspora peut être interpellée sur un mode sarcastique, comme si son attachement au pays devait sans cesse être mis à l’épreuve. La diaspora n’est pas un sujet mineur Elle est une force stratégique. Économique, certes. Mais aussi scientifique, culturelle, diplomatique. Elle est le prolongement vivant du Maroc au-delà de ses frontières. La traiter avec légèreté, c’est affaiblir le lien invisible qui unit des millions de Marocains à leur terre d’origine. Un ministre doit élever le débat. Non l’abaisser.

Monsieur le Ministre,

La fonction que vous occupez exige une parole qui rassemble, qui respecte et qui éclaire. Or votre sortie a divisé, heurté et troublé. La dignité institutionnelle ne se proclame pas. Elle se pratique. Si la parole a failli, que le courage politique la redresse. Car la diaspora mérite mieux qu’une ironie maladroite. Elle mérite la considération pleine et entière d’un État qui se sait regardé, écouté et jugé à la hauteur de ses mots.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *