Par Zakia Laaroussi
Alors que la région du Golfe traverse l’une de ses crises les plus aiguës depuis des décennies, la France a décidé de monter en puissance. Lors d’un conseil de défense exceptionnel tenu ce dimanche 1er mars, le président Emmanuel Macron a ordonné un « rehaussement » de la posture militaire française dans la zone, en réaction aux frappes israélo-américaines en Iran et aux représailles iraniennes ayant visé des pays du Golfe.
L’annonce de l’Élysée intervient dans un climat d’extrême tension. La confirmation de la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, à la suite d’opérations militaires attribuées à une coalition menée par les États-Unis et Israël, a plongé la région dans l’inconnu. En représailles, Téhéran a lancé des vagues de drones et de missiles en direction de plusieurs monarchies du Golfe, accusées de complicité logistique avec ses adversaires. C’est dans ce cadre que les Émirats arabes unis, allié majeur de Paris, ont été directement touchés. Selon le président Macron, un hangar de la base militaire française implantée dans le port d’Abou Dhabi a été endommagé par une attaque de drone. Bien que l’incident n’ait fait aucune victime, il constitue une première : une installation militaire française dans la région a été physiquement atteinte.
Face à cette escalade, Emmanuel Macron a été ferme. « Nous devons adapter notre posture à l’évolution des dernières heures, que rien ne justifie et que nous ne laisserons pas passer », a-t-il déclaré à l’issue du conseil de défense. Le chef de l’État a précisé que ce renforcement visait à « être au côté de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense ». Parmi les mesures évoquées, Paris envisage un accroissement de ses moyens de défense anti-aérienne pour protéger ses bases et ses partenaires, ainsi qu’une présence navale renforcée pour sécuriser les voies maritimes stratégiques. La France dispose déjà de bases permanentes aux Émirats arabes unis (la base navale d’Abou Dhabi) et au Qatar (la base aérienne d’Al Udeid, utilisée en coopération).
Au-delà de l’aspect militaire, l’exécutif se prépare au pire. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que la France était « prête à procéder aux évacuations pour nos compatriotes qui le demanderaient quand la situation le permettra ». Emmanuel Macron a confirmé que l’organisation logistique était en cours pour « rapatrier [nos ressortissants] dès que les espaces aériens seront ouverts ». Cette annonce reflète la crainte d’un embrasement généralisé. Alors que l’Iran appelle à venger la mort de son guide, les risques de représailles contre les intérêts occidentaux dans la région n’ont jamais été aussi élevés.
Ce « rehaussement de posture » marque un tournant. Jusqu’ici, la France privilégiait une approche diplomatique, tentant de jouer les médiateurs entre Washington et Téhéran. Aujourd’hui, frappée dans ses intérêts directs, elle se voit contrainte de durcir sa position. Sur le plan stratégique, Paris cherche à envoyer un double message :
– À l’Iran : toute atteinte aux intérêts français ou à ceux de ses alliés aura une réponse.
– À ses partenaires du Golfe : la France est un allié fiable, capable de garantir leur sécurité.
Alors que la région retient son souffle et que la question de la succession de Khamenei reste en suspens, la France adapte sa défense à une nouvelle réalité : celle d’un Golfe où les lignes rouges ont été franchies.
