Journal d’hiver en Europe

Par Leo Zelada, poète Péruvien exilé

J’ai arraché de la beauté à la douleur

et au crépuscule doré j’ai peint la nuit.

Je parcours seul les bancs de cette ville

à la recherche de la voix d’un poème

dans un square inconnu.

La solitude n’est pas notre destin.

Je marche dans l’hiver de l’Europe

enveloppé de silences

et de métaphores brisées.

Absent des mots

je me replie comme un porc-épic

dans ma pudeur.

Mes mains froides sont l’automne

qui saigne en décembre.

« Laisse-moi grand-mère

m’allonger sur ton giron. »

Dans cette nuit où le froid

fait trembler les certitudes les plus fermes

je me demande

si l’horreur de l’inconnu nous a fait

inventer le feu ?

Où trouver le mot perdu

celui que m’a caché ma première enfance ?

Je me submerge dans l’abîme d’une voix :

« Que faire quand l’abîme

t’attends lorsque tu fermes les yeux et

quand les mots sont vidés de leur sens ? »

Écrire de la poésie. Écrire de la poésie.

Je porte sur mon épaule

le gouffre de mon être.

Non, ne vous y trompez pas, regardez à l’intérieur

n’est pas une danse autour de la douleur.

La solitude est une plage déserte

que nous fabriquons pour ne point accepter notre vide.

Mes pas à présent sont lents

et en suspens comme la bruine

qui tombe légèrement sur les trottoirs.

Le désert aussi peut être une rue solitaire.

Loin de ma patrie je cache mes larmes

dans un parc isolé

où me dévore la nostalgie.

Écrire sans rhétorique est ce que je désire

dans ces moments :

déshabiller ma tristesse sans masque inutile 

Des feuilles tombent des saules

comme tombent de ma tête

mes premiers cheveux gris.

La nuit est maintenant mon âme

imprégnée de silence sacré.

Pour écouter mon être

je me suis éloigné des rues

et j’ai abandonné la peur

pour m’isoler dans mes larmes.

Ton corps absent

avec mes mots maladroits — poésie —

j’ai essayé de t’embrasser comme on embrasse la nuit.

Car lorsque le son disparaît

et que la nuance s’éteint

le poème apparaît.

Seul dans l’amour

nous ne nous sentons pas seuls.

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3 thoughts on “Journal d’hiver en Europe

  1. C’est émouvant, ça été écrit avec une profondeur boulversante , ça m’a touché énormément… quand l’exil se transforme en une émotion vivante au quotidien, on fait appel a la la mémoire, on ressent la solitude « comme une plage déserte  » l’amour et l’attachement au pays ..

  2. Merci d’avoir publié mon poème dans votre revue.
    Ce poème traite plus particulièrement de mon expérience en tant qu’étranger et migrant en Europe. J’espère qu’il plaira aux lecteurs de votre revue.
    Cordialement,
    Leo Zelada

    1. Cher Léo, Merci à toi d’avoir confié tes mots à notre rive. Ton poème est arrivé comme une voix portée par le vent, chargé de routes, de silences, et de regards qui cherchent un lieu où se poser. Il nous rappelle que l’exil n’est pas seulement une distance entre deux terres, mais parfois une faille discrète, même au cœur de ceux qui partagent notre langue, nos rues, ou nos souvenirs.
      Sois le bienvenu parmi nous, avec tes horizons et tes fragments d’ailleurs. Ici, tes mots trouveront écho, et peut-être, entre les lignes, un peu de ce foyer que l’on porte en soi sans toujours le nommer. Que ton écriture continue de tracer des ponts invisibles.

      Avec toute ma considération poétique,

      zakia laaroussi

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