un appel spectaculaire, mais peu probable

Par zakia laaroussi

Au cœur d’un conflit régional qui ne cesse de s’intensifier, la diplomatie iranienne a lancé une initiative aussi audacieuse que révélatrice. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a appelé les pays voisins à « expulser » les forces américaines présentes sur leur territoire, estimant que la présence militaire des États-Unis constitue l’une des principales causes de l’escalade actuelle au Moyen-Orient. Cette déclaration intervient alors que la guerre opposant Iran à une coalition menée par les United States et soutenue par Israel est entrée dans une phase particulièrement dangereuse, marquée par des frappes croisées, des attaques de drones et des menaces visant les infrastructures énergétiques du Golfe. Mais derrière la rhétorique politique se cache une question stratégique fondamentale : les États du Moyen-Orient sont-ils réellement prêts à rompre avec la protection militaire américaine ?

L’appel de Téhéran ne relève pas seulement de la propagande diplomatique. Il s’inscrit dans une vision stratégique ancienne : celle d’un système de sécurité régional sans présence militaire occidentale. Depuis plusieurs années, les dirigeants iraniens affirment que la sécurité du Golfe devrait être assurée par les États de la région eux-mêmes. Cette doctrine repose sur un calcul simple : si les bases américaines disparaissaient du Moyen-Orient, l’équilibre des forces basculerait profondément en faveur de l’Iran. Dans cette logique, Téhéran cherche à transformer la guerre actuelle en débat géopolitique plus large : le conflit ne serait plus seulement une guerre contre l’Iran, mais une confrontation entre souveraineté régionale et influence occidentale.

Pour les pays du Golfe et du Levant, la situation est infiniment plus complexe. Des États comme : Arabi-Saudi, United Arab Emirates, Qatar, Bahrain hébergent des bases militaires américaines essentielles à leur sécurité. Ces installations constituent la colonne vertébrale du dispositif militaire américain au Moyen-Orient, notamment la flotte américaine stationnée à Bahreïn et plusieurs bases aériennes stratégiques dans la région. La guerre actuelle montre d’ailleurs à quel point ces infrastructures sont devenues des cibles directes. Des frappes iraniennes ont déjà visé des installations liées aux États-Unis dans le Golfe, notamment à Bahreïn, provoquant blessés et dégâts matériels. Dans ces conditions, expulser les forces américaines reviendrait pour ces États à prendre un risque stratégique majeur.

Pour les monarchies du Golfe, la présence américaine remplit trois fonctions fondamentales :

Dissuasion militaire contre l’Iran

Protection des routes énergétiques, notamment le détroit d’Ormuz

Stabilité politique interne face aux menaces régionales

Autrement dit, même si certaines capitales arabes cherchent à diversifier leurs alliances — en se rapprochant de la Chine ou en dialoguant avec l’Iran, elles ne peuvent pas, à court terme, remplacer le parapluie sécuritaire américain. Cette dépendance structurelle explique pourquoi l’appel iranien risque de rester largement symbolique. Cependant, le véritable enjeu dépasse la simple question des bases militaires. La guerre actuelle pourrait transformer profondément l’architecture de sécurité du Moyen-Orient. Trois scénarios émergent :

1- Consolidation du bloc pro-américain

Les pays du Golfe renforcent leur coopération militaire avec Washington pour contenir l’Iran.

2- Neutralité stratégique arabe

Certains États cherchent à rester en dehors du conflit afin d’éviter d’être entraînés dans une guerre directe.

3- Émergence d’un nouvel équilibre régional

À long terme, une architecture de sécurité régionale pourrait  apparaître, incluant l’Iran, les États arabes et les grandes puissances.

L’appel iranien vise aussi une dimension psychologique et politique. En demandant aux pays du Moyen-Orient d’expulser les forces américaines, Téhéran tente de présenter les États-Unis comme une puissance étrangère imposant la guerre dans la région. À l’inverse, Washington affirme que sa présence vise à protéger la stabilité internationale et la liberté de navigation dans des zones vitales pour l’économie mondiale. Ainsi, la confrontation militaire s’accompagne d’une bataille narrative pour la légitimité géopolitique du Moyen-Orient.

cet appel iranien à expulser les forces américaines constitue sans doute l’un des gestes diplomatiques les plus audacieux depuis le début de la guerre. Mais dans la réalité stratégique du Moyen-Orient, où les équilibres militaires, énergétiques et politiques sont profondément imbriqués, il est peu probable que les États arabes acceptent de rompre avec leur principal partenaire sécuritaire. Toutefois, une chose apparaît déjà clairement : la guerre actuelle ne redéfinit pas seulement les frontières du conflit, elle redessine aussi l’architecture future de la puissance au Moyen-Orient. Et dans ce nouveau jeu stratégique, chaque base militaire, chaque détroit maritime et chaque alliance devient une pièce essentielle d’un échiquier géopolitique en pleine mutation.

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