Par Zakia Laaroussi, Paris
Il existe peu de lieux dont le nom ait voyagé aussi loin que celui de Moka. Jadis port yéménite ouvert sur la mer Rouge, il est devenu un mot universel, prononcé dans toutes les langues, inscrit sur les cartes du commerce mondial et dans l’imaginaire collectif des amateurs de café. L’exposition organisée à l’Ambassade du Yémen à Paris sous le titre « Moka, port yéménite d’où le café s’est élancé vers le monde » n’était pas seulement un événement culturel. Elle ressemblait à une traversée du temps, une remontée vers les origines d’une aventure humaine dont les arômes continuent aujourd’hui encore à imprégner la planète.

Après l’inauguration, l’ambassadeur du Yémen en France, Dr Riyad Yassine Abdullah, rappela le rôle historique du Yémen dans les échanges entre l’Orient et l’Europe, ainsi que l’importance du commerce du café dès le 17 ème siècle. Mais derrière les faits historiques se dessinait une réflexion plus vaste : celle d’un pays qui a offert au monde bien davantage qu’une marchandise.

l’ambassadeur du Yémen en France, Dr Riyad Yassine Abdullah
Le café yéménite fut d’abord une expérience spirituelle. Les maîtres soufis du Yémen cherchaient à prolonger les veillées consacrées à la méditation et au dhikr. Dans les grains de café, ils découvrirent un allié de la vigilance intérieure. Ainsi, avant d’être la boisson des philosophes, des écrivains et des hommes d’affaires, le café fut la boisson des chercheurs d’absolu. C’est là tout le paradoxe fascinant de son histoire : une substance née dans les cercles du recueillement mystique devint l’un des carburants intellectuels de la modernité.
Le port de Moka ne fut donc pas seulement un centre commercial. Il fut un carrefour d’idées, un laboratoire silencieux où s’inventa une nouvelle relation au temps, à l’éveil et à la sociabilité. Les grains exportés depuis les montagnes yéménites traversèrent les mers jusqu’à Venise, Marseille, Amsterdam et Londres. Avec eux voyageait une culture. Les cafés européens allaient bientôt devenir les foyers de la philosophie des Lumières, des débats politiques et des échanges intellectuels.
L’exposition parisienne rappelle ainsi une vérité souvent oubliée : derrière chaque tasse de café se cache une histoire de navigation, de spiritualité, de travail agricole et de dialogue entre les civilisations. À travers cette initiative, l’Ambassade du Yémen mène une véritable diplomatie culturelle. Préserver la mémoire du café yéménite, promouvoir l’héritage de Moka et soutenir sa reconnaissance dans les programmes patrimoniaux internationaux, notamment auprès de l’UNESCO, revient à protéger un chapitre essentiel de l’histoire mondiale.
Car Moka n’est pas seulement un lieu. C’est une idée. L’idée qu’un simple grain peut relier les continents, traverser les siècles et raconter à lui seul l’histoire d’une civilisation. Et tandis que les visiteurs parcouraient les allées de l’exposition avant de partager les saveurs de la gastronomie traditionnelle yéménite, une évidence s’imposait : Le Yémen n’a pas seulement offert du café au monde. Il lui a offert une manière d’habiter l’éveil.
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