Par Marco Baratto, vaticaniste pour Alwaraque-Italie
La décision de célébrer la Sainte Messe sur la Place de la Concorde à Paris constitue un acte symbolique d’une portée historique et politique majeure. Choisi par le Directoire puis rétabli sous la Monarchie de Juillet, ce toponyme portait une ambition explicite : symboliser les vertus civiques et la réconciliation du peuple français après les traumatismes et les excès de la Terreur jacobine.
En investissant cet espace, le Pape Léon XIV ne pose pas seulement un geste catholique, mais déploie une initiative à vocation universelle. Cette démarche s’inscrit au cœur de sa vision pastorale, résumée par la formule « In Illo uno unum », qui s’adresse au-delà du monde chrétien à tous les hommes de bonne volonté. C’est un appel pressant à la concorde, une vertu devenue rare et indispensable dans le paysage politique français actuel.
La France contemporaine traverse une crise identitaire et politique d’une intensité alarmante, marquée par des fractures internes profondes. Le tissu social est fragmenté par des extrémismes de tout bord qui exploitent les peurs collectives. Les débats publics ne cherchent plus le compromis, mais la confrontation systématique. Dans ce contexte, l’invocation de la concorde par le souverain pontife résonne comme une critique directe des stratégies de polarisation.
Les identités nationales ou religieuses, au lieu de servir de ponts, sont instrumentalisées à des fins purement électorales, transformant la diversité en facteur de division. Le Pape dénonce ainsi le cynisme politique qui fragilise les fondements de la République et nourrit le repli identitaire.
La Messe du 24 septembre prochain établit un parallèle audacieux entre les dérives de la Révolution française et certaines dynamiques contemporaines. À la fin du XVIIIe siècle, des citoyens animés par des idéaux de justice et de progrès social ont sombré dans la folie destructrice du fanatisme. Aujourd’hui, l’espace public français fait face à une nouvelle forme de « Terreur » intellectuelle et verbale.
Les réseaux sociaux et certains plateaux de télévision sont devenus les nouveaux tribunaux révolutionnaires. Les guillotines sont désormais médiatiques et numériques, brisant les réputations sans nuance ni procès. Les nouvelles « tricoteuses » prennent les traits de commentateurs ou de militants virtuels qui harcèlent et incitent à la haine, souvent encouragés par des responsables politiques en quête de visibilité immédiate.
Face à ce climat de tension exacerbée par le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie, la Messe sur la Place de la Concorde agit comme un ancrage humaniste. Le message du Pape, qui fait écho à la fraternité humaine défendue par son prédécesseur, le Pape François, dépasse les clivages confessionnels. Il s’adresse également aux non-croyants et aux humanistes laïcs.
En appelant à mettre fin à cette nouvelle Terreur et au retour d’une concorde véritable, le chef de l’Église invite la société française à un examen de conscience collectif. Ce rassemblement transcende les convictions individuelles : il s’agit d’opposer une fin de non-recevoir absolue aux discours de haine et de réaffirmer l’urgence d’une communauté nationale et internationale unie, respectueuse des différences de chacun.
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