Par Marco Baratto, politologue-Italie
Parmi les éléments les plus significatifs des déclarations de l’ambassadeur russe au Maroc figure l’intérêt manifeste pour les initiatives africaines portées par Rabat, en particulier la Royal Atlantic Initiative. Ce projet, encore en phase de structuration, attire déjà l’attention de puissances extérieures comme la Russie, qui y voit une opportunité stratégique majeure. L’Initiative Atlantique Royale repose sur une idée simple mais ambitieuse : renforcer la coopération entre les pays africains riverains de l’Atlantique afin de stimuler le commerce, améliorer les infrastructures et garantir la sécurité maritime. Dans un contexte où les chaînes logistiques mondiales sont en pleine reconfiguration, ce projet revêt une importance particulière.
Pour la Russie, cet intérêt n’est pas fortuit. Face aux sanctions occidentales et à la nécessité de diversifier ses partenariats, Moscou cherche activement de nouvelles routes commerciales et de nouveaux débouchés économiques. L’Atlantique africain, encore largement sous-exploité, représente à cet égard un espace stratégique de premier plan. En soutenant ou en s’associant à la Royal Atlantic Initiative, la Russie pourrait non seulement renforcer sa présence en Afrique, mais aussi s’insérer dans des réseaux commerciaux alternatifs. Cette approche s’inscrit dans une logique de long terme, visant à réduire la dépendance vis-à-vis des circuits dominés par les puissances occidentales.
Le Maroc, en tant que promoteur de cette initiative, se positionne comme un acteur central de cette nouvelle géographie économique. Sa stabilité politique, son ouverture économique et son engagement en faveur de la coopération africaine en font un partenaire crédible pour des projets d’envergure. Les propos de l’ambassadeur Baibakov soulignent clairement cette convergence d’intérêts. En mettant en avant les potentialités de l’initiative, il envoie un signal aux acteurs économiques russes, les incitant à explorer les opportunités offertes par ce projet. Les secteurs concernés – transport, logistique, énergie – correspondent précisément aux domaines où la Russie dispose d’un savoir-faire reconnu.
Par ailleurs, l’Initiative Atlantique Royale ne se limite pas à une dimension économique. Elle intègre également des enjeux sécuritaires, notamment en matière de lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Pour la Russie, qui cherche à renforcer son rôle dans la sécurité internationale, cette dimension est particulièrement attractive. L’intérêt russe pour cette initiative s’inscrit également dans une stratégie plus large de partenariat triangulaire Russie-Maroc-Afrique. En s’appuyant sur le Maroc comme hub régional, Moscou pourrait étendre son influence sur l’ensemble du continent, tout en bénéficiant de l’expertise marocaine en matière de coopération Sud-Sud.
Il convient également de souligner que cette initiative pourrait offrir des opportunités inédites pour les pays du Sahel, en leur permettant d’accéder à l’océan Atlantique via les infrastructures marocaines. Cette dimension inclusive renforce l’attractivité du projet et explique l’intérêt qu’il suscite au-delà du continent africain. Dans ce contexte, la Russie apparaît comme un partenaire potentiel de premier plan. Sa capacité à investir dans des projets d’infrastructure, combinée à sa volonté de renforcer ses liens avec l’Afrique, en fait un acteur pertinent pour accompagner le développement de l’Initiative Atlantique Royale.
Cependant, cet intérêt doit être analysé avec prudence. La concrétisation de ces ambitions dépendra de nombreux facteurs, notamment la stabilité régionale, la capacité de financement et la coordination entre les différents acteurs impliqués. Néanmoins, les signaux envoyés par Moscou sont clairs : la Russie entend jouer un rôle actif dans les transformations en cours en Afrique.
En définitive, la Royal Atlantic Initiative représente bien plus qu’un projet régional. Elle s’inscrit dans une dynamique globale de recomposition des échanges et des alliances. L’intérêt russe pour cette initiative illustre parfaitement cette évolution, où de nouvelles synergies émergent entre acteurs africains et puissances extérieures. Le Maroc, en tant que catalyseur de cette dynamique, confirme ainsi son rôle de pivot stratégique entre l’Afrique et le reste du monde. Pour la Russie, s’associer à cette vision pourrait constituer un levier essentiel pour renforcer sa présence et son influence sur le continent africain.
