Les fêtes religieuses Europe

Par Himri El Bachir Aarhus-Danemark (traduit par Laaroussi Zakia)

Dans plusieurs pays européens, les fêtes religieuses musulmanes ne sont plus seulement des moments de spiritualité et de rassemblement familial. Elles sont devenues, malgré elles, un révélateur des tensions profondes qui traversent aujourd’hui les sociétés occidentales : montée des discours identitaires, banalisation de la haine antimusulmane et inquiétude croissante des communautés musulmanes quant à leur sécurité et leur place dans l’espace public.

Au Danemark, comme ailleurs en Europe, les mosquées ne suffisent plus à accueillir les milliers de fidèles venus accomplir la prière de l’Aïd. Dans des villes comme Copenhague, Odense ou Aarhus, les communautés musulmanes sollicitent désormais les municipalités afin d’organiser les prières dans des places publiques ou des stades. Cette visibilité grandissante de l’islam européen témoigne d’une réalité irréversible : les musulmans font désormais partie intégrante du paysage social, culturel et humain du continent.

Cette année, j’ai choisi de vivre la fête de l’Aïd à Aarhus, deuxième ville du Danemark, connue pour sa diversité et la forte présence de communautés issues du Maghreb, du Moyen-Orient, de Turquie, de Somalie ou encore de Palestine. Ce qui frappe dans cette ville, c’est la coexistence pacifique entre des sensibilités religieuses et culturelles différentes, loin des fractures confessionnelles qui déchirent d’autres régions du monde.

Pourtant, derrière cette image de coexistence apaisée, une inquiétude profonde s’est imposée à de nombreux fidèles : l’absence visible des forces de sécurité autour du rassemblement religieux. Une absence qui a suscité interrogations et malaise, dans un contexte européen marqué par la multiplication des actes islamophobes et des violences ciblant les musulmans.

Quelques jours auparavant, l’Europe avait encore été secouée par plusieurs agressions et actes haineux. Le Danemark lui-même n’a pas été épargné : incendie criminel visant une mosquée turque, attaques armées contre des lieux de culte musulmans, menaces répétées alimentées par des mouvances extrémistes. Ces événements nourrissent un sentiment d’insécurité grandissant parmi les musulmans européens.

La France n’échappe pas à cette réalité préoccupante. Depuis plusieurs années, le débat public français semble prisonnier d’une polarisation excessive autour de l’islam. Chaque fait divers impliquant un musulman devient un sujet national, souvent instrumentalisé politiquement et médiatiquement, tandis que les actes visant les musulmans ou les mosquées peinent parfois à susciter la même émotion collective. Cette asymétrie alimente chez de nombreux citoyens musulmans le sentiment d’être constamment placés sous suspicion.

Le climat politique français, marqué par la progression des discours identitaires et des thèses de l’extrême droite, contribue à banaliser une parole hostile envers l’islam. Certains responsables politiques ont fait de la question musulmane un levier électoral permanent, transformant des millions de citoyens parfaitement intégrés en sujet de controverse nationale.

Et pourtant, réduire l’Europe à ses courants extrémistes serait une erreur grave. Il existe encore des voix politiques, intellectuelles et citoyennes courageuses qui défendent les principes fondamentaux de justice, d’égalité et de coexistence. L’Espagne, sous l’impulsion de son actuel chef du gouvernement, a montré qu’une autre approche était possible : une politique plus humaine envers les migrants, un discours plus équilibré sur les musulmans et un engagement assumé en faveur des droits du peuple palestinien.

Mais les musulmans d’Europe doivent également assumer leur part de responsabilité. Le manque de représentation politique, l’absence d’investissement massif dans les partis, les syndicats, les médias et les institutions démocratiques ont laissé un vide que d’autres se sont empressés de remplir par les préjugés et les caricatures. Une jeunesse musulmane née en Europe, maîtrisant parfaitement les langues et les codes de ces sociétés, doit désormais investir pleinement tous les espaces de participation citoyenne et politique. Car l’avenir des musulmans en Europe ne se jouera pas uniquement dans les mosquées ou dans les débats télévisés, mais aussi dans les urnes, les universités, les médias, les associations et les institutions de la République.

Quant à l’absence des forces de sécurité lors de ce rassemblement de l’Aïd à Aarhus, elle mérite d’être signalée avec lucidité et responsabilité. Non pour accuser systématiquement les autorités danoises, qui assurent globalement la protection de toutes les communautés religieuses, mais parce que le contexte actuel impose vigilance et anticipation. La sécurité des citoyens ne doit jamais dépendre de leur religion. Dans une Europe traversée par les peurs, les crispations identitaires et les fractures politiques, protéger la liberté de culte et garantir la sécurité des minorités n’est pas une faveur accordée aux musulmans : c’est une exigence démocratique fondamentale.

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