Quelle modernité pour notre Maroc?

Par Mina MANSOUR , Paris

Face à l’arrachage des oliviers et à l’avancée inexorable du béton, une question s’impose : que devient une société qui renonce à ses racines ? Entre crise éducative, fragilité familiale, urbanisme déshumanisé et perte du lien social, cet article plaide pour une modernité enracinée, une modernité qui protège la nature, restaure la dignité humaine et réinvente la solidarité. Le Royaume du Maroc de demain ne pourra s’élever que s’il refuse de laisser quiconque seul sous le béton.

I- Le drame silencieux de l’olivier en particulier : un mémoricide végétal

Que peut-on réellement attendre d’une société qui coupe des oliviers et des arbres centenaires pour les remplacer par du béton ? L’enjeu dépasse largement la simple question écologique. Il touche à la mémoire, à l’identité, à la continuité culturelle. En rasant des oliveraies et des arbres ancestraux pour ériger des blocs de béton, nous commettons un acte d’obscurantisme moderne : nous sacrifions la mémoire vivante au profit d’une urbanisation sans âme.

Les arbres et en particulier l’olivier est patience, transmission, bénédiction. Le béton est immédiat, spéculation, oubli. Lorsque l’arbre ne peut plus s’enraciner, l’humain perd ses propres racines. Les cités-dortoirs deviennent alors des cages de verre et de fer, où l’on s’entasse sans jamais se rencontrer. L’espace social se dissout, remplacé par une solitude cellulaire:

– Classer les oliveraies et arbres centenaires comme Patrimoine National Intouchable.

– Repenser l’urbanisme pour qu’il s’adapte à la nature, et non l’inverse.

II- L’éducation : sortir de la reproduction du déséquilibre

La crise familiale n’est pas un accident : elle est le fruit d’une éducation qui fragmente au lieu de fortifier. Il est urgent de reconstruire la responsabilité éducative dès la figure maternelle, afin de ne plus reproduire les mêmes déséquilibres génération après génération. Les filles et les garçons doivent être éduqués sur un pied d’égalité réelle, sans privilèges artificiels, mais sans effacement identitaire, sans manque de respect de soi, ni des autres ni en face de la nature. Apprendre à prendre soin de soi pour mieux prendre soin de l’autre :

– Préserver sa santé, son autonomie, sa dignité ; son environnement global qui doit être agréable et non pas toxique. 

– Cultiver la bienveillance, l’écoute, l’engagement protecteur envers son partenaire,  envers la communauté et envers la faune et la flore du pays. 

Dans nos villes, il faut recréer la place du village : des espaces conviviaux de vie au pied des immeubles, où les écrans cessent d’être le seul lien social.

III- Un droit protecteur et une justice humaine

La loi doit cesser d’être une abstraction. Elle doit redevenir un bouclier.

Sur le plan économique :
Aligner les salaires sur les diplômes, la pénibilité et le coût réel de la vie est indispensable pour réduire le stress financier qui ronge les couples et fragilise la société active.

Sur le plan judiciaire :
Institutionnaliser la médiation permettrait d’éviter que chaque désaccord ne devienne une bataille froide, coûteuse et déshumanisante.

IV- L’État comme filet de sécurité du XXIᵉ siècle

La famille nucléaire s’essouffle. L’État doit donc assumer un rôle nouveau : celui de garant de la dignité.

Services de proximité :

– Multiplier les crèches publiques ;

– Développer les centres de jour pour seniors et les centres de loisirs gratuits pour les jeunes pour soulager les familles prises en étau entre travail, éducation enfants et soin des proches malades et/ou âgés.

Conciliation vie privée / vie professionnelle :

Offrir des conditions de travail qui permettent de vivre pleinement sa vie familiale sans sacrifier sa santé mentale et/ou physique.

V- La révolution de l’intelligence émotionnelle

Le changement doit aussi être culturel:

Alphabétisation émotionnelle
Introduire la communication non-violente dans les écoles et les médias pour réapprendre à dialoguer, à refaire confiance et à établir un lien sain et solide pour bâtir une famille et une société sereine. 

Ponts générationnels :
Créer des projets où les jeunes apprennent des anciens. Le savoir de Lalla Fathma, évoqué par Zakia Laaroussi dans son article, ne doit pas disparaître : il doit être traduit pour le XXIᵉ siècle.

Le passage d’une solidarité subie dictée par la peur du « qu’en-dira-t-on » à une solidarité choisie fondée sur la liberté, l’amour et le respect constitue le cœur de la transformation à venir. Nous sommes des êtres de racines. Si nous continuons à bâtir sur l’oubli de notre terre, de nos arbres et de notre spiritualité, nous ne ferons que perfectionner l’architecture de la prison de notre propre détresse. Le Maroc de demain doit être un pays où la liberté fleurit, et où nul ne suffoque sous le béton faute d’arbres pour respirer. 

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