Par Bachir Himri,Copenhague-anemark
À l’approche des prochaines échéances électorales, une question s’impose avec une acuité particulière : le Maroc a-t-il simplement besoin d’élections, ou bien d’un profond renouveau politique capable de restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions ?
La question mérite d’être posée sans détour. Car au-delà des débats partisans et des calculs électoraux, une réalité s’impose : une large partie des Marocains aspire aujourd’hui à davantage de justice, de transparence, d’efficacité dans la gestion publique et de responsabilité dans l’exercice du pouvoir des femmes et des hommes élus.
Le véritable enjeu n’est donc pas l’organisation d’un nouveau scrutin. Une démocratie ne se résume pas à la tenue régulière d’élections. Elle se mesure surtout à la capacité des institutions à répondre aux attentes légitimes des citoyens, à faire respecter la loi et à garantir l’égalité de tous devant celle-ci. Or, les préoccupations des Marocains sont connues. Elles concernent avant tout l’éducation, la santé, l’emploi, le pouvoir d’achat, et la préservation de la dignité sociale. Ces attentes ne sont ni idéologiques ni partisanes ; elles sont le reflet d’un besoin profond d’équité et de bonne gouvernance.
C’est pourquoi la restauration de la confiance publique passe nécessairement par une application rigoureuse des principes constitutionnels, notamment ceux relatifs à la séparation des pouvoirs, à la reddition des comptes et à la corrélation entre responsabilité et obligation de rendre compte. Dans ce contexte, la lutte contre la corruption apparaît comme une priorité absolue. Aucun projet de développement durable ne peut prospérer dans un climat où l’impunité prévaut, où les conflits d’intérêts demeurent insuffisamment sanctionnés et où les ressources publiques sont parfois perçues comme éloignées de leur finalité première : servir l’intérêt général.
Les citoyens attendent des institutions de contrôle fortes, indépendantes et efficaces. Ils attendent également que les affaires liées à la mauvaise gestion des deniers publics ou aux abus de pouvoir soient traitées avec fermeté, dans le strict respect de l’État de droit. Car la crédibilité des institutions ne se décrète pas ; elle se construit par l’exemplarité et la justice.

Par ailleurs, la vie politique gagnerait à s’ouvrir davantage à de nouvelles compétences, à de nouveaux profils et à des femmes et des hommes dont l’engagement repose sur le mérite, l’intégrité et le sens du service public. Le renouvellement des élites n’est pas une exigence de circonstance ; il constitue l’une des conditions essentielles de la vitalité démocratique. Le Maroc dispose d’atouts considérables, d’institutions solides et d’une vision stratégique portée au plus haut niveau de l’État. Cependant, les ambitions du pays exigent aujourd’hui une mobilisation collective à la hauteur des défis économiques et sociaux qui se présentent.
Les prochaines élections représenteront sans doute un moment important. Mais elles ne seront véritablement porteuses d’espoir que si elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de réforme, de transparence et de responsabilité. Les citoyens ne réclament pas seulement un changement de visages ; ils attendent un changement de pratiques, de méthodes et de culture politique.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si le Maroc a besoin d’élections. La véritable question est de savoir comment faire en sorte que chaque élection devienne un levier de confiance, de progrès et de renouveau démocratique. Car les nations avancent lorsque les institutions inspirent confiance, lorsque la justice est équitable, lorsque la responsabilité est assumée et lorsque l’intérêt général prime sur toutes les considérations particulières.
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