Par Bachir Himri, Copenhague – Danemark
Ce qui inquiète aujourd’hui de nombreux Marocains n’est plus seulement l’ampleur des défis économiques et sociaux auxquels le pays est confronté, mais également l’incapacité croissante de certains responsables publics à apporter des réponses claires, cohérentes et convaincantes aux interrogations légitimes des citoyens. Un responsable politique ne se mesure ni au prestige de sa fonction, ni au nombre de conférences auxquelles il participe, mais à sa capacité d’écouter, de comprendre et surtout d’assumer avec courage les questions qui lui sont posées. La responsabilité publique exige de la clarté, de la sincérité et un sens aigu de la reddition des comptes.
Lors d’une récente rencontre organisée à Paris, une question simple, précise et parfaitement légitime a été adressée au ministre marocain de la Culture concernant l’application effective des dispositions constitutionnelles relatives à la participation politique des Marocains résidant à l’étranger. Cette question touchait au cœur d’un débat ancien, inscrit dans la Constitution et attendu depuis de longues années par des millions de citoyens vivant hors du Royaume. Or, la réponse apportée a laissé un sentiment de malaise. Au lieu d’éclairer le sujet, elle a semblé s’en éloigner. Au lieu de dissiper les interrogations, elle les a renforcées. Lorsqu’une question est claire mais que la réponse demeure évasive, le citoyen est en droit de s’interroger : s’agit-il d’une absence de vision, d’un manque de volonté politique ou d’une incapacité à assumer un engagement constitutionnel pourtant explicite ?

La véritable stature d’un homme d’État ne se révèle pas dans les moments de confort politique, mais dans sa faculté à affronter les sujets sensibles avec lucidité et courage. Les discours vagues, les détours rhétoriques et les réponses incomplètes ne résolvent rien ; ils contribuent au contraire à creuser davantage le fossé entre les institutions et les citoyens. Le danger le plus redoutable pour un gouvernement n’est ni la critique médiatique ni l’opposition politique. C’est la perte progressive de la confiance populaire. Car lorsqu’un peuple a le sentiment que ses préoccupations restent sans réponse, que ses attentes sont constamment reportées et que les promesses se substituent aux décisions, la confiance s’effrite inexorablement. Et lorsqu’elle disparaît, c’est tout l’édifice de la représentation politique qui vacille.
Les Marocains du monde ne réclament ni privilèges ni traitements de faveur. Ils demandent simplement le respect de droits consacrés par la Constitution et la reconnaissance du rôle majeur qu’ils jouent dans le développement économique, social et culturel du pays. Ils méritent des réponses franches, des engagements assumés et une volonté politique à la hauteur des principes proclamés. Résidant au Danemark, j’ai quotidiennement l’occasion d’observer une autre culture politique, fondée sur la proximité avec le citoyen, la transparence du discours public et l’humilité dans l’exercice du pouvoir. Dans les démocraties mûres, une question embarrassante n’est pas perçue comme une menace, mais comme une exigence normale de la vie démocratique. Le responsable sait que la vérité, même difficile à entendre, coûte toujours moins cher que l’évitement ou l’ambiguïté.
Lorsqu’un ministre peine à convaincre son interlocuteur, ce n’est pas nécessairement la question qui pose problème ; c’est parfois l’absence d’une réponse capable de traduire une vision politique claire et assumée. Les nations ne progressent ni par l’accumulation des discours ni par l’artifice des formules. Elles avancent grâce à la clarté des choix, à la sincérité des engagements et au respect de l’intelligence des citoyens. Et tout gouvernement qui se montre incapable de répondre aujourd’hui aux attentes de son peuple risque demain d’être appelé non seulement à s’expliquer, mais également à rendre des comptes.
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