DISCOURS ROYAL D’OUVERTURE DE LA SESSION LÉGISLATIVE 2026 : DE LA CONSOLIDATION DE LA SOUVERAINETÉ À L’INGÉNIERIE DE LA STABILITÉ STRATÉGIQUE

Lecture analytique des mutations institutionnelles, géopolitiques et économiques du Maroc

Par Pr. Abderrahmane Mekkaoui-Paris

Le discours royal prononcé à l’occasion de l’ouverture de la première session de la première année de la douzième législature, le vendredi 9 octobre 2026, ne saurait être réduit à un rendez-vous protocolaire dicté par le calendrier constitutionnel, ni à une étape ordinaire dans le fonctionnement des institutions parlementaires. Il s’inscrit dans une séquence politique majeure, au cours de laquelle le Royaume entend articuler la consolidation de ses acquis souverains, la modernisation de son appareil institutionnel, la refondation de ses politiques territoriales et la mobilisation de l’ensemble de ses leviers diplomatiques et économiques autour d’une même ambition : transformer les acquis stratégiques en facteurs durables de puissance nationale.

Si le discours royal adressé à la Nation au cours des dernières vingt-quatre heures a porté une dimension décisive dans le contexte de la question du Sahara marocain, l’allocution d’ouverture du Parlement vient donner à cette évolution son prolongement institutionnel, politique et économique. Elle inscrit les transformations en cours dans le cadre d’un nouveau cycle législatif, couvrant la période 2026-2031, dont l’enjeu dépasse la simple continuité gouvernementale : il s’agit de passer de la consolidation des positions à la construction des réalités, de la défense des acquis à leur conversion en capacités productives, en développement territorial et en influence régionale.

Nous sommes ainsi en présence d’un discours qui dessine les contours d’une nouvelle phase stratégique, marquée par le passage d’une logique de gestion des contraintes à une logique de maîtrise des trajectoires. La légitimité institutionnelle y rejoint l’efficacité de l’action publique ; la souveraineté nationale se prolonge dans l’intégration économique des territoires ; les avancées diplomatiques appellent une traduction juridique, institutionnelle et matérielle. Cinq dimensions structurantes permettent d’en saisir toute la portée.

I- La dimension institutionnelle : la démocratie comme capital stratégique de stabilité

L’ouverture de la nouvelle législature intervient dans un contexte déterminant pour l’évolution du système institutionnel marocain. Au lendemain des élections législatives du 23 septembre 2026, et dans le cadre d’une nouvelle séquence gouvernementale, les enjeux de renouvellement politique, d’efficacité de l’action publique et de cohérence entre les institutions constitutionnelles se trouvent placés au premier rang des priorités nationales.

Dans cette perspective, la lecture du discours royal met en évidence une conception de la compétition électorale qui dépasse largement la seule arithmétique partisane. Le scrutin constitue l’expression d’un choix démocratique, mais également un mécanisme de consolidation de la continuité institutionnelle, de normalisation de l’alternance et de préservation des équilibres fondamentaux de l’État. Le message stratégique est limpide : la stabilité ne se résume pas à l’absence de turbulences politiques. Elle repose sur la capacité des institutions à renouveler leur légitimité, à absorber la compétition démocratique, à garantir la continuité de la décision publique et à préserver les grandes orientations nationales dans un environnement international de plus en plus incertain.

La stabilité institutionnelle devient, dès lors, un actif stratégique. Elle constitue un facteur d’attractivité pour les investissements, renforce la confiance des opérateurs économiques et améliore la capacité du Royaume à mobiliser des financements de long terme. Dans une économie mondiale soumise aux recompositions géopolitiques, à la fragmentation des chaînes de valeur et à l’intensification de la concurrence entre puissances, la prévisibilité institutionnelle représente un avantage comparatif considérable.

Mais l’enjeu de cette nouvelle législature ne se limite ni à la constitution d’une majorité parlementaire ni à l’installation d’une nouvelle équipe gouvernementale. Il réside dans la capacité à établir une relation plus exigeante entre légitimité électorale et résultats concrets, entre engagement politique et efficacité sociale, entre promesses publiques et réalisations mesurables. La stabilité recherchée par le Maroc n’est donc pas celle de l’immobilisme. Elle est celle d’un système capable de se renouveler sans se désarticuler, de réformer sans fragiliser ses équilibres et de transformer le consensus autour des priorités stratégiques en une véritable force d’impulsion économique et politique.

II- La dimension souveraine : du traitement du dossier du Sahara à la consolidation des acquis diplomatiques et juridiques

La question du Sahara marocain demeure l’axe le plus sensible de cette séquence stratégique, en raison de l’imbrication de ses dimensions historiques, diplomatiques, juridiques, sécuritaires et territoriales. À travers la continuité entre les messages royaux, se dessine une ambition fondamentale : faire évoluer le dossier d’une logique de gestion d’un différend prolongé vers une dynamique de consolidation d’une solution politique, réaliste et durable, fondée sur l’Initiative marocaine d’autonomie. La référence au 31 octobre 2025, telle qu’elle est présentée dans les éléments d’analyse du discours, revêt à cet égard une signification qui dépasse le simple repère chronologique. Elle traduit la volonté de considérer les évolutions intervenues au sein de la communauté internationale comme un levier de transformation du rapport diplomatique au dossier.

L’enjeu consiste désormais à faire en sorte que les soutiens internationaux et les évolutions des positions diplomatiques ne demeurent pas de simples déclarations politiques, mais contribuent à renforcer les conditions d’une solution définitive, dans le respect des mécanismes onusiens et des procédures juridiques applicables. Deux niveaux doivent ici être distingués, tout en étant étroitement articulés. Le premier concerne la consolidation de l’Initiative marocaine d’autonomie comme cadre de règlement politique défendu par le Royaume. Le second porte sur la traduction progressive des acquis diplomatiques en une dynamique juridique et politique durable, capable de résister aux fluctuations du contexte international.

La bataille stratégique ne consiste donc pas seulement à rallier des positions. Elle exige d’élargir la base des soutiens, de renforcer la crédibilité de la proposition marocaine, de consolider les convergences internationales et de faire émerger des intérêts communs qui rendent la coopération plus avantageuse que la prolongation des tensions. C’est dans cette perspective qu’il convient de comprendre le passage d’une logique de gestion à une logique de consécration. Il ne s’agit pas de présumer que l’ensemble des dimensions du différend serait définitivement clos à la faveur d’une évolution diplomatique ou d’une résolution internationale. Il s’agit plutôt de créer les conditions politiques, juridiques et matérielles permettant de rendre le règlement plus accessible, plus crédible et plus durable.

La vision d’un Maroc uni, de Tanger à Lagouira, prend ainsi une dimension qui dépasse l’affirmation territoriale. Elle appelle une intégration économique effective des provinces du Sud, leur inscription pleine et entière dans les chaînes de valeur nationales et internationales, ainsi que leur transformation en espaces moteurs de croissance, d’investissement et de rayonnement continental. La souveraineté ne se mesure donc pas uniquement à la solidité des positions diplomatiques. Elle se consolide également par la capacité à produire du développement, à renforcer les infrastructures, à créer des emplois et à faire de l’intégrité territoriale un facteur de cohésion économique et sociale.

III- La dimension socio-économique : une nouvelle génération de programmes pour réconcilier croissance et justice territoriale

La diplomatie détermine l’espace extérieur dans lequel évolue l’État ; le développement lui donne sa substance économique et sociale. C’est pourquoi la perspective d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, en articulation avec le projet de loi de finances pour 2027, constitue l’un des prolongements les plus importants de cette nouvelle séquence politique. L’enjeu n’est pas d’ajouter de nouveaux dispositifs à un paysage déjà dense de politiques publiques. Il consiste à revoir leur conception, leur coordination et leur exécution afin de passer d’interventions dispersées à une véritable logique d’intégration entre investissement productif, infrastructures, protection sociale, emploi et accès aux services essentiels.

Une conviction fondamentale sous-tend cette approche : les grands projets nationaux ne doivent pas être opposés aux programmes sociaux, pas plus que les dépenses sociales ne sauraient se substituer à l’investissement productif. Le véritable défi consiste à concilier la création de richesses avec une répartition plus équitable de ses bénéfices, la compétitivité économique avec la cohésion sociale, et l’ambition infrastructurelle avec l’amélioration concrète des conditions de vie des citoyens. Trois priorités apparaissent, à cet égard, étroitement interdépendantes.

Premièrement, la protection sociale. Elle doit renforcer la capacité des ménages à faire face aux risques économiques et sociaux, améliorer l’accès aux services essentiels et consolider les mécanismes de solidarité nationale.

Deuxièmement, l’emploi et l’insertion économique des jeunes. Il ne s’agit plus de s’en tenir à des dispositifs de formation ou à des aides ponctuelles, mais de rapprocher les compétences des besoins réels de l’économie, de soutenir l’entrepreneuriat et d’élargir les possibilités d’accès à un emploi productif et durable.

Troisièmement, la justice territoriale. Elle suppose une répartition plus équilibrée des investissements, des infrastructures et des services publics, au bénéfice des territoires confrontés à des retards de développement. L’objectif est de réduire les écarts entre régions, entre espaces urbains et ruraux, et entre les différents bassins d’activité.

Ces priorités prennent une importance particulière dans les provinces du Sud, où les impératifs de développement local rejoignent les enjeux d’intégration économique nationale, de connectivité logistique, de valorisation des ressources maritimes et énergétiques et d’ouverture sur les marchés africains et internationaux. La performance d’un modèle de développement ne se mesure pas au volume des projets annoncés, mais à leur capacité à produire des effets sociaux durables, à améliorer les revenus, à créer des emplois et à ouvrir des perspectives concrètes aux jeunes, aux entreprises et aux économies locales.

La responsabilité du gouvernement et du Parlement sera donc double : mobiliser les ressources nécessaires et garantir leur utilisation efficace. Cela suppose une meilleure coordination des politiques sectorielles, une évaluation rigoureuse des résultats, une amélioration de la qualité de la dépense publique et une responsabilisation accrue des acteurs chargés de l’exécution. La justice territoriale devient ainsi bien davantage qu’un objectif social : elle constitue une condition de la cohésion nationale, de la compétitivité économique et de la consolidation de la souveraineté.

IV- La dimension diplomatique : la complémentarité des diplomaties officielle, parlementaire et partisane

Dans le contexte des évolutions du dossier du Sahara marocain, l’appel à renforcer la diplomatie parlementaire et partisane revêt une portée qui dépasse la simple coordination entre institutions. Il traduit la volonté d’élargir le champ d’action extérieur du Royaume et de mobiliser l’ensemble de ses relais politiques au service des intérêts supérieurs de la nation.

La diplomatie contemporaine ne relève plus exclusivement des canaux gouvernementaux traditionnels. Elle repose sur un ensemble de réseaux et d’acteurs : institutions parlementaires, formations politiques, opérateurs économiques, centres de recherche, organisations professionnelles et relais d’influence.

La diplomatie parlementaire peut, dans cette configuration, jouer un rôle déterminant dans le développement des relations avec les assemblées étrangères, la défense des positions marocaines, l’explication de l’Initiative d’autonomie et le suivi des évolutions législatives susceptibles d’affecter les intérêts économiques et stratégiques du Royaume.

La diplomatie partisane, quant à elle, peut contribuer à la construction de passerelles avec les formations politiques étrangères, à la consolidation des convergences idéologiques et programmatiques et à la promotion d’une vision marocaine de la stabilité régionale fondée sur le dialogue, la coopération et le respect de la souveraineté nationale.

Toutefois, l’efficacité de ces diplomaties suppose une rupture avec les démarches occasionnelles et les initiatives dépourvues de coordination. Elle exige une action structurée, fondée sur la connaissance approfondie des dossiers, la définition de priorités précises, la cohérence des messages et l’évaluation des résultats obtenus. La pluralité des canaux diplomatiques ne doit pas conduire à la dispersion des positions nationales. La diversité des initiatives ne saurait engendrer des contradictions dans les messages adressés aux partenaires.

Ce qui est attendu, c’est une pluralité fonctionnelle, organisée autour d’une vision stratégique commune, dans laquelle chaque acteur apporte sa capacité de persuasion, son réseau relationnel et son expertise, en complémentarité avec la diplomatie officielle. Le Parlement cesse alors d’être uniquement une institution de législation et de contrôle. Il devient également un instrument de projection extérieure, un espace de défense des intérêts nationaux et un levier de consolidation des partenariats stratégiques.

V- Le partenariat Maroc-Espagne-Union européenne : de l’interdépendance commerciale à l’architecture de la stabilité régionale

Le partenariat avec l’Espagne et l’Union européenne constitue l’un des piliers matériels de cette équation stratégique. L’intensité des relations commerciales, la densité des investissements et l’imbrication des intérêts liés à la sécurité, aux migrations, à l’énergie, à l’environnement et aux chaînes de production confèrent à cette relation une importance qui dépasse largement le cadre des échanges marchands. La relation euro-marocaine doit désormais être analysée à travers une dynamique multidimensionnelle, dans laquelle le commerce s’articule avec la stabilité politique, la coopération sécuritaire, la transition énergétique, la mobilité et les grands enjeux géopolitiques du voisinage méditerranéen.

A- L’ancrage juridique européen : faire de l’économie un instrument de consolidation du partenariat

L’intégration des provinces du Sud dans les relations économiques entre le Maroc et l’Union européenne constitue un enjeu stratégique majeur, tant par ses implications commerciales que par ses effets sur le développement territorial et la consolidation des intérêts communs. Plus les échanges s’intensifient, plus les investissements se développent et plus les chaînes d’approvisionnement s’entrecroisent, plus les partenaires ont besoin d’un cadre juridique clair, prévisible et stable.

Il convient néanmoins de distinguer les arrangements commerciaux effectivement applicables, leur champ territorial et juridique, ainsi que les éventuelles procédures contentieuses susceptibles d’affecter leur portée. La densité des relations économiques ne fait pas disparaître, à elle seule, les questions de droit et les contraintes institutionnelles qui entourent certains dossiers. La valeur stratégique des accords ne réside donc pas uniquement dans le volume des échanges qu’ils autorisent. Elle tient aussi à leur capacité à sécuriser les investissements de long terme, à stimuler la production, à faciliter les exportations et à renforcer l’intégration des provinces du Sud dans les réseaux commerciaux internationaux.

L’accord commercial devient ainsi un élément d’une architecture plus vaste de coopération, fondée sur la prévisibilité réglementaire, la convergence des intérêts et la recherche d’une prospérité partagée. La dimension juridique constitue, à cet égard, un facteur essentiel de durabilité : les avancées économiques ne peuvent être pleinement consolidées que si elles reposent sur des instruments juridiquement solides et sur une coopération institutionnelle suffisamment robuste pour absorber les évolutions du contexte politique et judiciaire.

B- L’Espagne, partenaire pivot de la stabilité régionale

L’Espagne occupe une place centrale dans cette architecture, en raison de sa proximité géographique avec le Maroc, de la densité des échanges bilatéraux et de l’interdépendance des intérêts économiques, sécuritaires et humains. Le partenariat maroco-espagnol ne peut donc être réduit à une relation commerciale ni à un rapprochement politique circonstanciel. Il constitue un investissement stratégique dans la gestion du voisinage commun, la stabilité de la Méditerranée occidentale et le développement de nouvelles complémentarités productives.

Cette relation offre des perspectives importantes dans les domaines des énergies renouvelables, de la logistique, de l’industrie, de la sécurité maritime, de la gestion des migrations et de la lutte contre les réseaux criminels transnationaux. La densité des échanges ouvre également la voie à une nouvelle génération de partenariats industriels, dépassant le simple échange de marchandises pour privilégier la coproduction, l’investissement croisé, le développement de chaînes de valeur communes et l’accès des petites et moyennes entreprises aux marchés des deux pays.

Mais la consolidation de cette relation exige davantage que des déclarations politiques. Elle suppose une continuité stratégique, une sécurité juridique, un équilibre des intérêts et une capacité à gérer les divergences sans permettre qu’elles contaminent l’ensemble de la relation bilatérale. La solidité d’un partenariat ne se mesure pas à l’absence de désaccords, mais à la capacité des deux parties à les encadrer, à les résoudre et à préserver les intérêts communs.

C- L’interdépendance économique : un facteur de dissuasion et de stabilité, sans garantie absolue

Les indicateurs commerciaux évoqués dans cette analyse témoignent de la profondeur des relations économiques entre le Maroc et l’Espagne, ainsi que de l’importance du marché marocain pour l’économie espagnole. Les chiffres relatifs au classement des partenaires commerciaux et aux volumes d’exportations doivent toutefois être rapportés à leur année de référence et vérifiés à partir de sources statistiques officielles avant d’être présentés comme des données définitives.

La portée stratégique générale demeure néanmoins essentielle : lorsque deux économies sont étroitement liées par le commerce, l’investissement, la production, les transports et l’énergie, la stabilité de leur relation devient un intérêt matériel partagé, et non plus seulement un choix diplomatique. Cette interdépendance ne constitue pas une garantie absolue contre les crises. Elle n’efface ni les divergences politiques ni les rapports de force. Elle augmente toutefois le coût économique d’une rupture, élargit les incitations au dialogue et renforce l’intérêt des gouvernements comme des opérateurs privés à préserver la continuité de la coopération.

Le partenariat maroco-espagnol et euro-marocain peut ainsi être considéré comme une composante de l’architecture de stabilité régionale, à condition de dépasser la logique des échanges commerciaux pour bâtir des intérêts durables, développer des projets communs et renforcer les complémentarités dans les secteurs stratégiques. L’ambition du Maroc ne doit pas se limiter à accroître l’interdépendance de ses partenaires avec son marché intérieur. Elle doit également viser à consolider la position du Royaume comme plateforme de production, d’exportation et de connexion entre l’Europe et l’Afrique. La géographie devient alors un avantage concurrentiel, la coopération politique se transforme en valeur économique et les acquis diplomatiques ouvrent des perspectives de développement mesurables.

VI- Le Parlement, bras opérationnel de la doctrine stratégique nationale

À la lumière de ces dimensions interdépendantes, la fonction du Parlement prend une ampleur nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de légiférer et de contrôler l’action gouvernementale, mais aussi de contribuer à la traduction institutionnelle des grandes orientations stratégiques du Royaume. Le Parlement est appelé à donner aux priorités nationales leur traduction législative, à surveiller la mise en œuvre des politiques publiques, à évaluer les effets des programmes de développement et à contribuer à la défense des intérêts marocains par le biais de la diplomatie parlementaire.

Cette responsabilité sera particulièrement importante dans les années à venir, qu’il s’agisse de la mise en œuvre des réformes sociales, de l’accélération de l’investissement, du développement des infrastructures ou de l’accompagnement des évolutions juridiques et commerciales des relations avec l’Union européenne.

Si l’Exécutif assume la responsabilité de concevoir et de mettre en œuvre les politiques publiques, le Parlement doit garantir la continuité institutionnelle, améliorer la qualité de la législation, contrôler le respect des objectifs et s’assurer que les crédits budgétaires se traduisent par des résultats concrets. La différence est fondamentale entre un Parlement qui se contente de gérer une session législative et un Parlement qui contribue à structurer un cycle stratégique complet, articulant législation, investissement, contrôle de l’action publique et diplomatie économique. C’est à cette capacité de transformation que se mesurera, en définitive, la portée de la nouvelle législature.

de la consolidation des acquis à la construction d’une puissance durable

La lecture stratégique du discours royal d’ouverture de la nouvelle session parlementaire fait apparaître trois dynamiques de transformation étroitement liées.

La première est politique et souveraine. Elle consiste à consolider la position marocaine en faveur de l’Initiative d’autonomie, à poursuivre la recherche d’un règlement politique définitif de la question du Sahara et à inscrire les acquis diplomatiques dans la durée, au sein des cadres onusiens et juridiques pertinents.

La deuxième est institutionnelle et socio-économique. Elle repose sur le renforcement de l’efficacité des institutions, l’articulation entre légitimité politique et résultats tangibles, ainsi que le déploiement d’une nouvelle génération de programmes territoriaux plaçant la protection sociale, l’emploi et la justice spatiale au cœur de la consolidation nationale.

La troisième est économique et géopolitique. Elle vise à approfondir le partenariat avec l’Espagne et l’Union européenne, à élargir le champ des intérêts communs et à transformer l’interdépendance économique en levier de stabilité, de compétitivité et de développement, sans confondre la densité des échanges avec le règlement automatique de l’ensemble des différends politiques et juridiques.

Ces trois dynamiques convergent vers une même réalité stratégique : les acquis politiques ne deviennent durables que lorsqu’ils se traduisent dans les institutions, les normes juridiques, les investissements et les réalités économiques et sociales. Il ne convient donc pas de réduire la nouvelle phase à l’idée d’une clôture définitive du dossier du Sahara sur la seule base des évolutions diplomatiques. Il est plus juste d’y voir le passage vers une nouvelle séquence, dont les instruments et les objectifs diffèrent : consolider les acquis, achever les conditions d’un règlement politique, élargir les partenariats, accélérer le développement et transformer l’unité du territoire national en unité des opportunités, de la production et de l’intégration économique.

Le véritable défi de la législature 2026-2031 ne sera pas seulement d’accompagner les transformations déjà engagées. Il consistera à les convertir en résultats durables, capables de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions, d’accroître la compétitivité de l’économie nationale et de consolider la place du Maroc dans son environnement régional et international. Le Parlement apparaît ainsi comme bien davantage qu’une enceinte de délibération, de législation et de contrôle. Il constitue l’un des instruments centraux de traduction de la vision stratégique de l’État en politiques publiques exécutables, en partenariats pérennes et en acquis susceptibles d’être consolidés.

Le Maroc ne passe pas d’une étape historique à une autre par la seule évolution des circonstances internationales, mais par sa capacité à convertir ces circonstances en opportunités, ses acquis en institutions, ses convergences diplomatiques en intérêts partagés et sa souveraineté en développement global. Telle est, en définitive, l’équation stratégique de la nouvelle phase : une souveraineté consolidée, des institutions performantes, un développement plus équitable, une diplomatie à plusieurs relais et des partenariats capables de faire de la stabilité un intérêt mutuel.

Le discours royal ouvre ainsi un cycle au cours duquel la puissance nationale devra se mesurer non seulement à la solidité de ses positions, mais aussi à sa capacité à produire des résultats, à réduire les vulnérabilités, à élargir les horizons économiques et à inscrire les acquis d’aujourd’hui dans la durée. La véritable consécration stratégique ne réside pas seulement dans la reconnaissance des positions du Royaume, mais dans sa capacité à transformer cette reconnaissance en prospérité, en cohésion territoriale et en influence durable.

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