Meknès : ouverture officielle du FITAM 2026: transformation de patrimoine restauré en expériences touristiques

Par Mohammed Drihem, correspondant de Alwarqae-Maroc

Il y a des villes que l’on visite, et des villes que l’on vit. C’est tout le pari de Meknès en ce mois d’octobre. Le Complexe administratif et culturel des Habous accueille, depuis ce vendredi 9 octobre 2026, la 7ᵉ édition du Forum international du tourisme de Meknès (FITAM), organisée, selon les informations communiquées par les organisateurs, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Au fil des éditions, le forum entend contribuer à la promotion de Meknès et de son potentiel touristique, en mettant en lumière les liens entre patrimoine, expérience du visiteur et développement territorial.

Meknès, un patrimoine à faire vivre

À l’ouverture des travaux, M. Jamal Tazi, président de l’Association Ismaïlia Al Kobra, organisatrice du forum, a souhaité la bienvenue aux représentants des autorités, aux acteurs du secteur touristique et aux délégations étrangères présentes, notamment celles de Chine, de France, d’Italie, du Sénégal et de l’Inde. Dans son allocution, il a salué la mobilisation des partenaires institutionnels et professionnels, parmi lesquels le ministère du Tourisme, le Conseil régional du tourisme Fès-Meknès et le Conseil préfectoral du tourisme de Meknès. Il a également souligné la vocation de l’Association Ismaïlia Al Kobra à accompagner les initiatives de développement local, qu’elles concernent le tourisme, l’agriculture, les expositions ou encore la valorisation muséale de la ville. Il a, à cet égard, rendu hommage au travail accompli par les autorités locales, notamment le gouverneur de la préfecture de Meknès, M. Abdelghani Sbbar. Le président de l’association a ensuite rappelé l’importance du programme de réhabilitation du patrimoine historique de Meknès, lancé en 2018, et appelé à poursuivre les efforts engagés afin de consolider la place de la cité impériale dans les circuits touristiques nationaux et internationaux.

Un programme de réhabilitation de 800 millions de dirhams

La restauration du patrimoine constitue un enjeu majeur pour l’avenir touristique de Meknès. Une convention dotée d’une enveloppe globale de 800 millions de dirhams a été signée le 22 octobre 2018 dans le cadre du programme de réhabilitation et de valorisation de la médina. Selon les données publiées par le Centre régional d’investissement Fès-Meknès, ce programme concerne 54 sites, répartis entre plusieurs composantes : monuments historiques, portes anciennes, remparts, places historiques, édifices religieux, parkings, accessibilité et animation économique. Il comprend notamment des interventions sur les monuments majeurs et sur les murailles historiques, dont certains tronçons s’étendent sur plusieurs kilomètres.

Cette ampleur montre que la réhabilitation ne se limite pas à la restauration de quelques édifices emblématiques. Elle s’inscrit dans une démarche plus large visant à préserver le patrimoine architectural et urbain, à améliorer le cadre de vie et à renforcer l’attractivité de la médina. Toutefois, la réalisation des travaux ne constitue qu’une première étape. La valorisation touristique suppose également des parcours clairement organisés, une information fiable sur les monuments accessibles, des services adaptés aux visiteurs et une meilleure intégration des artisans et des acteurs économiques locaux.

Une édition placée sous le signe de l’expérience touristique

Le thème retenu pour cette édition, « Meknès l’Impériale : expérience touristique au cœur d’un patrimoine réhabilité », traduit cette ambition : passer d’une logique centrée sur la restauration des monuments à une approche qui permette aux visiteurs de découvrir, de comprendre et de vivre l’histoire de la ville. La médina, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996, les remparts, Bab Mansour, le complexe de Hri Souani et le bassin de Sahrij Souani figurent parmi les éléments majeurs de ce patrimoine. Leur intérêt dépasse leur seule dimension architecturale : ils racontent l’histoire politique, urbaine et hydraulique de la cité impériale.

Le bassin de Sahrij Souani, notamment, témoigne du savoir-faire hydraulique développé sous le règne du sultan Moulay Ismaïl. Le Conseil préfectoral du tourisme de Meknès indique qu’il mesure environ 149 mètres sur 319 mètres et qu’il atteint près de trois mètres de profondeur. Ces dimensions illustrent l’ampleur de cet ouvrage historique. L’enjeu est désormais de mieux articuler ces sites au sein d’une offre touristique cohérente, associant visites guidées, médiation culturelle, découverte des métiers traditionnels, gastronomie et rencontres avec les habitants.

Les professionnels du tourisme mobilisés

Dans sa déclaration à la presse, M. Moulay Ahmed Sentissi, président du Conseil régional du tourisme Fès-Meknès, a salué l’organisation de cette septième édition et la collaboration entre l’Association Ismaïlia Al Kobra, le Conseil préfectoral du tourisme et les différents partenaires. Il a souligné l’importance de faire découvrir les monuments réhabilités de Meknès, tout en mettant en valeur les richesses touristiques de l’ensemble de la région Fès-Meknès. Cette approche régionale est essentielle. Meknès peut constituer un point d’ancrage pour des circuits associant patrimoine urbain, artisanat, gastronomie, paysages et sites historiques de la région. Une telle stratégie permettrait d’allonger la durée des séjours et de mieux répartir les retombées économiques entre les différents territoires.

L’ADER-Fès et les enjeux de la valorisation

Intervenant à l’occasion de l’ouverture du forum, M. Fouad Serghini, directeur général de l’ADER-Fès et maître d’ouvrage délégué du programme de réhabilitation, a rappelé l’importance du programme engagé en 2018 et la mobilisation des partenaires institutionnels autour de sa mise en œuvre. Selon les éléments rapportés lors de son intervention, l’essentiel des travaux programmés serait réalisé, même si des ajustements resteraient nécessaires sur certains projets. Le bilan détaillé de chaque chantier et la situation actuelle de l’ouverture des monuments au public méritent toutefois d’être précisés auprès des responsables du programme.

Au-delà de l’avancement matériel des travaux, une question demeure centrale : comment garantir que le patrimoine restauré soit durablement entretenu, accessible et pleinement intégré à l’offre touristique de la ville ? La réponse dépendra notamment de la qualité de l’accueil, de la signalétique, de la médiation culturelle, de la promotion auprès des marchés étrangers et de la capacité des professionnels à concevoir des expériences attractives.

Faire du patrimoine un levier de développement local

Jusqu’au 11 octobre, le programme du FITAM prévoit des conférences, des ateliers expérimentales et des rencontres entre professionnels (B2B), destinés à favoriser les échanges et à faire émerger de nouvelles perspectives pour le tourisme à Meknès. L’ambition affichée est de faire du patrimoine un levier de développement économique et social, en associant davantage les artisans, les jeunes, les femmes et les acteurs de la médina à la création de produits et de services touristiques.

Car restaurer un monument, c’est préserver une mémoire. Le faire découvrir, le rendre vivant et permettre aux habitants d’en tirer des bénéfices durables, c’est lui donner un avenir. À Meknès, le défi ne consiste donc pas seulement à restaurer les pierres du passé, mais à transformer cet héritage en une expérience culturelle et touristique vivante, accessible et porteuse de retombées pour toute la région.

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