Par Mohammed Drihem, correspondant de Alwarqae-Maroc
Sous un ciel d’automne aux couleurs du cèdre, Ifrane a ouvert, jeudi soir, les portes de la 27ᵉ édition du Festival Cèdre Universel du court métrage, un rendez-vous désormais bien ancré dans le paysage culturel national. Placée sous le thème « Cinéma et entrepreneuriat : partenariat pour une jeunesse de demain », cette édition ambitionne de faire du septième art non seulement un espace de créativité, mais aussi un véritable levier d’emploi, d’innovation et de dialogue entre les peuples. Cette ambition s’est concrétisée dès la cérémonie d’ouverture, marquée par deux temps forts : la signature de conventions de coopération internationale et un vibrant hommage à des figures emblématiques du cinéma et de la chanson marocains.

Une coopération culturelle entre Ifrane et la Mauritanie
Moment phare de la soirée, la signature d’une convention de partenariat d’une durée de cinq ans, renouvelable, entre le Festival Cèdre Universel d’Ifrane et le Festival Image du Fleuve de Boghé, en Mauritanie. Paraphé en présence d’artistes, d’élus et de cinéphiles, cet accord prévoit des échanges d’artistes et de délégations, des coproductions audiovisuelles, l’organisation de colloques ainsi que des ateliers de formation destinés aux jeunes talents des deux pays. Intervenant à cette occasion, le maire de Boghé, M. Ba Adama Moussa, a donné à cet accord une dimension poétique et philosophique :
« Le cèdre d’Ifrane et le fleuve de Boghé incarnent deux dimensions complémentaires de cette coopération : l’enracinement et la transmission, d’une part, et le mouvement, l’ouverture et le partage, d’autre part. » Pour l’élu mauritanien, la culture et le cinéma constituent des remparts essentiels pour préserver l’identité et le patrimoine, tout en offrant aux jeunes les moyens de raconter leur propre histoire au-delà des frontières. Il a également insisté sur la nécessité de former les nouvelles générations aux technologies émergentes, notamment à l’intelligence artificielle, afin d’en faire « des outils de création et d’expression responsables ».

La Pologne à l’honneur, l’Allemagne en perspective
La dimension internationale de cette 27ᵉ édition ne se limite pas à la Mauritanie. Cette année, la culture polonaise est également mise à l’honneur. Dans une allocution lue en son nom, l’ambassadeur de Pologne au Maroc, M. Tomasz Orłowski, s’est félicité de cette initiative, qui contribue à renforcer les liens culturels entre Rabat et Varsovie et à favoriser le dialogue entre les peuples par le cinéma.
Pour le diplomate polonais, le court métrage constitue « un espace privilégié de liberté et d’expérimentation pour les jeunes cinéastes, leur permettant de développer leur langage artistique et d’aborder les préoccupations du monde contemporain ». Un appel à soutenir l’audace, la créativité et l’imagination de la jeunesse. De son côté, le directeur du festival, M. Abdelaziz Belghali, a annoncé la présence d’une délégation allemande, ouvrant ainsi la voie à de futures coopérations culturelles avec l’Allemagne. « Cette édition est marquée par la volonté de développer les échanges et de renforcer les relations entre les acteurs culturels des pays concernés », a-t-il souligné.

Des hommages aux grandes figures du cinéma et de la chanson
Au-delà de sa dimension diplomatique, le Festival Cèdre Universel reste fidèle à sa vocation première : révéler, accompagner et honorer les talents. Cette édition rend hommage à trois grandes figures féminines du cinéma marocain : les actrices Naïma Ilyes, Saadia Ladib et Aïcha Maya.
Des hommages posthumes seront également rendus à Abdelwahab Doukkali, figure emblématique de la chanson marocaine, ainsi qu’aux réalisateurs Nabil Lahlou et Mohamed Ahed Bensouda. Ces hommages témoignent de la volonté du festival de célébrer les artistes qui ont contribué, par leur talent et leur parcours, à enrichir le patrimoine culturel national.

La formation des jeunes au cœur du festival
Mais le cœur battant du festival reste la formation. Car il ne saurait y avoir de véritable rayonnement culturel sans transmission des savoirs et accompagnement des nouvelles générations. Le programme prévoit plusieurs ateliers pratiques intensifs consacrés au langage audiovisuel, à l’écriture de scénario, au découpage technique et à la méthode dite « tourné-monté ». À l’issue de ces ateliers, les jeunes participants seront invités à réaliser un court métrage de dix minutes.
Deux colloques majeurs sont également programmés à l’Université Al Akhawayn. Le premier portera sur le thème « Cinéma et entrepreneuriat créatif », avec pour objectif de réfléchir aux moyens de transformer une idée artistique en un projet professionnel viable. Le second sera consacré à « L’intelligence artificielle et la transformation numérique dans l’industrie cinématographique ».
Le programme comprend par ailleurs une compétition officielle dans les catégories fiction et documentaire, une section « Panorama », le programme « Cinéma des écoles », destiné aux lycéens d’Ifrane, ainsi que des séances d’animation pour le jeune public. Cette programmation vise à rapprocher les jeunes du monde du cinéma, à stimuler leur créativité et à leur permettre de découvrir les différentes étapes de la création audiovisuelle, de l’écriture à la réalisation.

« Empreintes » et les arts visuels enrichissent la programmation
Le festival sera également marqué par la présentation du deuxième numéro de l’ouvrage Empreintes, conçu comme une mémoire vivante de ses différentes éditions. Des expositions d’arts plastiques et de photographie viendront compléter cette programmation, dont l’une sera consacrée à la culture polonaise, renforçant ainsi la dimension interculturelle de cette manifestation.
Le cinéma, levier de créativité et de rapprochement entre les peuples
À travers cette 27ᵉ édition, Ifrane réaffirme son ambition de consolider sa place parmi les pôles culturels du Moyen Atlas.Bien plus qu’un festival de courts métrages, le Cèdre Universel entend s’affirmer comme une plateforme de formation, de promotion de l’entrepreneuriat culturel et d’ouverture internationale.

En plaçant la jeunesse au centre de sa démarche, le festival mise sur le cinéma comme vecteur de créativité, d’opportunités professionnelles et de dialogue interculturel. Une ambition qui rappelle que le septième art ne se limite pas à raconter des histoires : il peut aussi rapprocher les peuples, transmettre les mémoires et contribuer à construire l’avenir.
