Pietro Tranchina : L’Arc entre deux rives des cimes du Piémont aux sommets de l’Atlas, l’épopée de la neige et de l’identité

Marco Baratto politologue

Né un cinquième jour de mars 2003, à Suse, bourgade alpestre blottie aux pieds des montagnes du Piémont, Pietro Tranchina incarne cette génération pour qui l’identité n’est plus une frontière, mais un territoire de confluence. Fils d’un père italien et d’une mère marocaine, il grandit dans un espace
où les cultures dialoguent, où se mêlent, avec une grâce naturelle, la rigueur des traditions alpines, l’héritage lumineux de la Méditerranée et un souffle d’ouverture sur le monde.

Très tôt, la montagne devient son domaine, la neige son idiome, et le ski, le fil d’or d’un destin à la fois
sportif et humain. C’est dans les stations prestigieuses du nord de l’Italie que Pietro fait ses premières armes. À l’instar des enfants de ces vallées, il chausse les skis dès l’enfance, se façonne dans les clubs locaux, et apprend la discipline austère d’un sport exigeant, fait de répétitions, d’effacement et de patience. Loin des feux de la rampe, il se forge un caractère d’une discrétion toute nordique, mais d’une détermination d’acier, où le labeur opiniâtre l’emporte sur la vaine quête de gloire immédiate.

Cette éthique, propre aux grands athlètes des cimes, scellera son approche de la compétition. Son entrée sur la scène internationale a lieu le 25 novembre 2019, lors d’un slalom géant FIS à Val Thorens. Une première sortie qui n’ébranle pas l’ordre établi, mais qui signe les prémices d’un long apprentissage. Au fil des saisons, Tranchina enchaîne les épreuves FIS, principalement en Italie, confronté à un niveau exigeant et à une densité concurrentielle impitoyable.

À l’orée de la saison 2024/2025, cette dualité trouve sa traduction concrète. Pietro Tranchina prend la décision, mûrie dans le silence de la réflexion, de représenter le Maroc sur la scène internationale. Un choix qui n’obéit à aucune logique de rupture, mais bien à une affirmation identitaire et à une volonté d’inscrire sa carrière dans une dimension nouvelle.
En endossant les couleurs chérifiennes, il choisit de devenir l’artisan d’un projet en gestation, avec, à
l’horizon, un objectif aussi ambitieux que symbolique : les Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina.

Dans le paysage sportif mondial, où le Maroc demeure encore discret sur les scènes hivernales, Tranchina
devient l’un des visages d’une dynamique naissante. Le Royaume, si souvent associé aux fastes des sports
estivaux, commence à écrire une page neuve sur la neige, porté par des athlètes issus de sa diaspora,
formés dans le creuset des nations alpines. Pietro s’inscrit avec évidence dans ce mouvement, apportant avec lui l’exigence européenne et une intelligence aiguë des arcanes du haut niveau.

En août 2025, il dispute sa première course officielle sous les couleurs marocaines, lors
d’une épreuve de la Coupe sud-américaine à Cerro Castor, en Argentine. Instant chargé d’une émotion sobre,
qui ouvre un chapitre inaugural. Quelques mois plus tard, il fait ses débuts en Coupe du monde à Sölden,
sanctuaire du ski alpin. Si les résultats demeurent en deçà des sommets de l’élite mondiale, chaque départ s’érige en étape décisive d’un parcours pensé pour la durée.

À travers le destin de Pietro Tranchina, ce sont deux mondes qui entrent en résonance et se subliment. La tradition alpestre italienne, fondée sur la rigueur et la transmission, converse avec l’ambition juvénile du sport marocain, tourné vers l’avenir et l’ouverture. Pietro se fait ainsi l’arc suspendu entre ces deux rives, le symbole vivant d’une génération pour qui la pluralité identitaire est une force cardinale, et non un fardeau. Son histoire transcende le simple cadre sportif. Elle raconte celle d’une jeunesse européenne aux racines multiples, capable de métamorphoser sa double culture en une richesse humaine et professionnelle singulière.

Sur les pistes immaculées, Pietro Tranchina ne porte pas seulement un dossard : il drape dans son sillage
une histoire, celle d’un monde en perpétuel mouvement, où les frontières s’estompent au profit des trajectoires personnelles et des choix assumés.
Dans la perspective des Jeux de Milan-Cortina, son parcours incarne une vision résolument moderne de l’olympisme : un olympisme où l’identité se décline au pluriel, où le sport se fait langue universelle, et où la neige, étonnant trait d’union, rapproche des horizons que tout semblait opposer.

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