Droits des femmes en Afrique : l’esprit de l’UNESCO 80 face aux défis du temps

Par D.Alfeine, diplomate,et chercheuse spécialiste en droit des femmes en Afrique.

Dans un monde ébranlé par les secousses climatiques, numériques et armées, l’Afrique, berceau de l’humanité, subit de plein fouet une aggravation des inégalités de genre. L’éducation inclusive, la science et la culture – piliers intangibles de l’UNESCO – offrent pourtant une boussole. Retour sur une urgence collective, à la lumière d’un texte fondateur de 1945, d’une étonnante actualité.

« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. » Cette sentence, gravée au seuil de l’Acte constitutif de l’UNESCO en 1945, n’a jamais aussi puissamment résonné qu’en cette année 2026. Car l’esprit humain, loin d’avoir achevé sa mue, reste le théâtre des injustices les plus tenaces. Partout, mais singulièrement en Afrique – matrice commune de notre humanité – les femmes et les filles subissent une aggravation des violences, des discriminations et des inégalités.

Face à un contexte international à la fois exigeant et désorienté, l’UNESCO demeure cette pierre angulaire sans laquelle aucun ADN du développement humain ne saurait se constituer. L’heure nous appelle, comme le rappellent maints observateurs : il faut d’urgence tracer une feuille de route vers une prospérité résiliente, adossée à une solidarité agissante et à une coopération triangulaire Nord-Sud-Sud, dont l’Afrique est le laboratoire stratégique.

Les défis contemporains sont plus mêlés, plus cuisants encore qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Aux conflits ouverts s’ajoutent les crises climatiques, la fracture numérique et l’instabilité économique. Dans ce tourbillon, les inégalités de genre se creusent comme une faille sismique. L’accès à l’éducation, aux soins, à un travail décent demeure, pour des millions de femmes et de filles africaines, un privilège plus qu’un droit.

C’est pourquoi l’esprit de l’UNESCO 80 nous trace un chemin inchangé mais toujours à reconquérir : resserrer, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre les nations. L’objectif, depuis 1945, brûle d’une flamme intacte : assurer le respect universel de la justice, de l’État de droit, des droits des femmes et de la jeunesse, ainsi que des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ni de religion, sans oublier les petits États insulaires en développement.

Pour que cette ambition ne demeure pas une lettre morte, une condition s’impose : que femmes et hommes, filles et garçons soient logés à la même enseigne en matière de droits humains. Car seuls ces droits – universels, indivisibles – permettent d’éclore les meilleures valeurs ajoutées que le monde puisse espérer. Faute de quoi, avertissent les défenseurs des droits, nous risquons tous de sombrer. Le péril est d’autant plus haut pour l’Afrique, où plus de soixante pour cent de la population a moins de vingt-cinq ans. Une jeunesse immense, dont l’avenir dépend de notre capacité à bâtir, aujourd’hui, la paix dans les esprits.

La justice demeure notre horizon commun, une nécessité impérieuse pour mieux articuler l’avenir. Construisons donc cette paix dans l’intime des consciences, pour que l’égalité des genres devienne enfin le socle visible du développement africain. Le monde, après tout, est issu d’un seul peuple et d’une seule race humaine. Faire résonner l’esprit de l’UNESCO, c’est rappeler que l’avenir des femmes en Afrique n’est pas une question de charité, mais la pierre de touche de l’humanité tout entière.

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