La mosquée de Turin : un projet culturel qui dépasse la dimension religieuse

Par Marco Baratto, politologue- Italie

À Turin, l’ancienne Fonderie Nebbiolo deviendra un symbole de savoir, d’intégration et de renaissance urbaine Turin s’apprête à accueillir l’un des projets religieux et culturels les plus ambitieux d’Italie. Dans les anciens espaces de la Fonderie Nebbiolo, entre le corso Bologna et le corso Novara, naîtra une grande mosquée accompagnée d’un vaste centre multifonctionnel. Mais réduire cette initiative à la simple construction d’un lieu de culte serait une erreur. Ce projet veut surtout devenir un espace de culture, d’éducation et de rencontre ouvert à toute la ville.

La future mosquée, qui figurera parmi les plus grandes d’Italie après celle de Rome, s’étendra sur environ mille mètres carrés. Pourtant, la véritable nouveauté réside dans les infrastructures qui l’accompagneront : une résidence universitaire de 90 places, des salles d’étude, une bibliothèque, une salle de sport et un grand jardin. Au total, près de 3 000 mètres carrés seront consacrés à la formation et à la vie sociale. Cette vision puise dans une tradition ancienne souvent méconnue en Europe. Dans l’histoire du monde musulman, les mosquées n’étaient pas uniquement des espaces de prière. Elles étaient aussi des centres de savoir, de philosophie et d’enseignement. Lors de la présentation du projet, Walid Bouchnaf, coordinateur de la Confédération Islamique Italienne, a rappelé que « La première université du monde est née dans une mosquée à Fès, au Maroc ». Une référence qui illustre parfaitement l’esprit de cette initiative : faire de la spiritualité un moteur de connaissance et de progrès humain.

Le choix du lieu possède lui aussi une valeur symbolique très forte. La Fonderie Nebbiolo fut, à la fin du XIXe siècle, l’un des plus importants établissements typographiques d’Europe. On y fabriquait des caractères d’imprimerie qui ont contribué à diffuser journaux, livres et idées à travers le continent. Aujourd’hui, ce patrimoine industriel oublié va retrouver une nouvelle vie. Les architectes ont même prévu d’intégrer les anciens caractères typographiques dans certains éléments décoratifs du futur bâtiment, comme un hommage à l’histoire intellectuelle du site.

L’architecte Vittorio Iacomucci, chargé du projet, explique que le complexe préserve l’âme industrielle des lieux tout en les adaptant aux besoins contemporains. La mosquée sera installée dans un ancien hangar des années 1920, doté de poutres métalliques et d’une hauteur de seize mètres. Le projet prévoit également un « minaret technologique » et un vaste espace vert destiné à devenir un lieu de rencontre pour les habitants du quartier.

Le soutien institutionnel reçu par cette initiative montre qu’elle dépasse largement le cadre communautaire. Après un long parcours administratif commencé en 2019, le projet a obtenu l’accord de la Superintendance ainsi que le soutien des différentes administrations municipales. Lors de sa présentation officielle pendant l’iftar du Ramadan, de nombreuses personnalités religieuses et politiques étaient présentes : représentants catholiques, membres de la Soka Gakkai, élus de gauche comme de droite, responsables associatifs et représentants du dialogue interreligieux.

Cette diversité de soutiens envoie un message important dans une Europe souvent traversée par les peurs identitaires. La future mosquée de Turin ne veut pas être un espace fermé, réservé à une seule communauté. Elle ambitionne au contraire de devenir un pont entre les cultures, un lieu où étudiants, familles et citoyens pourront se rencontrer et partager des activités communes.

Comme chrétien, il est possible de regarder ce projet avec sérénité et même avec espérance. Défendre la construction d’un tel espace ne signifie pas abandonner sa propre foi ou son identité culturelle. Cela signifie croire que la connaissance mutuelle est toujours préférable à la méfiance et que l’intégration passe aussi par la création de lieux dignes, visibles et ouverts.

Dans une société où les tensions naissent souvent de l’ignorance réciproque, les espaces de culture et de dialogue deviennent essentiels. Transformer une friche industrielle abandonnée en un centre vivant consacré à l’étude, au sport, à la spiritualité et à la rencontre constitue un signal fort pour toute la ville. Turin pourrait ainsi montrer qu’une mosquée moderne peut être bien plus qu’un lieu religieux : un laboratoire de coexistence, de culture et de renaissance urbaine.

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