Par D.Alfeine, diplomate,et chercheuse spécialiste en droit des femmes en Afrique.
Et si l’arme la plus discrète de l’Afrique pour conquérir le XXIe siècle se trouvait non pas dans ses gisements, mais dans l’intelligence de ses filles ? Alors que les vieilles puissances s’épuisent à redessiner des cartes, un vent nouveau traverse les laboratoires de Dakar, les data centers de Kigali et les chantiers navals de Casablanca. Ce vent, c’est celui des femmes STEM. Non comme une faveur concédée, mais comme un levier stratégique total.
Notre engagement est clair : parvenir à l’excellence internationale dans la gestion de nos talents. L’Afrique n’a plus droit à l’improvisation. Les analyses prospectives sont sans appel : d’ici 2050, plus de 75 % des métiers exigeront une maîtrise des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. À l’inverse, si nous échouons à inclure la jeune fille de Ouagadougou ou l’étudiante de Lubumbashi dans ces filières, le chômage des jeunes atteindra 50 %. Demain. Pas après-demain. Demain.
L’Agenda 2063 de l’Union africaine ne se réalisera pas dans des discours ampoulés, mais dans des salles blanches où des ingénieures africaines écriront les normes techniques de demain. Car c’est là que se joue la véritable souveraineté. La souveraineté ne se décrète pas à l’ONU ; elle se gagne dans les brevets, les protocoles, les équations. Lorsqu’une hydrologue africaine arbitre le partage des eaux du Nil, qu’une data scientist sécurise la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ou qu’une climatologue prend la parole à la COP, Ce n’est plus l’Occident qui porte la voix de l’Afrique. C’est l’Afrique qui impose son récit.
Faisons-nous la lucidité de l’admettre : le soft power africain a longtemps souffert d’une mise en scène désincarnée. La musique, le cinéma, le sport ne suffisent plus à peser face aux empires technologiques. Il nous faut désormais convertir les publications scientifiques en prestige, les laboratoires en leviers diplomatiques, les mathématiques en influence. Le monde écoute celui qui code, calcule et construit. Et l’Afrique regorge de ces femmes-là.
Cheffe d’entreprise, jeune chercheuse ou ingénieure en intelligence artificielle, la scientifique africaine devient l’atout géopolitique d’un continent fatigué d’être sujet, désireux d’être acteur. Ce n’est pas là une stratégie de communication : c’est une politique de puissance. Les appels à projets seront signés par nos experts. Les brevets porteront nos noms. Les infrastructures critiques – eau, énergie, santé, défense – seront gérées par celles qui connaissent le terrain, du fleuve aux datas.

Notre mission est haute : transformer les équations en influence, et les laboratoires en ambassades. Dans les universités européennes, on étudie déjà ce “nouveau courant”, cette génération de mathématiciennes, climatologues et ingénieures africaines qui ne demandent rien, si ce n’est d’être à la hauteur de leur destin. Elles sont le visage pluriel d’une Afrique qui ose.
Il y a urgence, certes. Mais il y a surtout une volonté sans faille. Le STEM au féminin n’est pas un accessoire, c’est un levier de croissance, un instrument de justice et une nécessité stratégique. Car demain, qu’il s’agisse de maintenir nos importations ou de garantir notre souveraineté numérique, ce sont ces femmes qui tiendront la barre. L’histoire retiendra que ce ne sont pas les cérémonies qui ont sorti l’Afrique de la marginalisation scientifique, mais l’audace de ses laboratoires. Et que cette audace battait au rythme d’un cœur féminin, pluriel, résolu.
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Une analyse d’une clarté magistrale et d’une vision stratégique indispensable ! En liant si finement les STEM au Soft Power, l’autrice dépasse le simple constat pour offrir une véritable feuille de route pour la souveraineté et l’innovation en Afrique au XXIe siècle. L’avenir du continent repose indéniablement sur l’intelligence et le leadership de ses femmes. Un manifeste brillant, inspirant et profondément transformateur. Un immense bravo pour cette contribution majeure !
En somme, cette tribune est un manifeste pour une techno-souveraineté africaine et féminine. D. Alfeine signe un texte fort qui appelle a dépasser les discours de l’Agenda 2063 de l’Union africaine pour passer aux travaux pratiques dans les salles blanches C’est un plaidoyer réaliste et ambitieux où les mathématiques deviennent l’outil ultime de la justice sociale et de l’indépendance géopolitique