Par Don Pedro Sampaio, Rome-Italie(en collaboration avec focusmediterraneo.it, www.focusmediterraneo.it)
Dans les périodes où les rapports entre le pouvoir et la société deviennent fragiles, les institutions publiques révèlent la véritable profondeur morale d’un État. Et parmi toutes ces institutions, l’hôpital demeure sans doute la plus sacrée, parce qu’il représente l’ultime espace où l’être humain devrait être protégé non pour ses opinions, ses appartenances ou ses fidélités politiques, mais simplement parce qu’il est humain. Le malade n’entre pas dans un hôpital avec une carte de parti. Il y entre avec sa douleur. C’est pourquoi la politisation des structures hospitalières constitue bien plus qu’un simple dysfonctionnement administratif : elle représente une atteinte grave à la dignité humaine et au principe même d’égalité citoyenne.
Dans ce contexte, le cas de Cabinda acquiert une portée particulièrement sensible. Cette région angolaise, marquée depuis des décennies par des tensions historiques, sociales et politiques, voit aujourd’hui surgir une inquiétude plus profonde encore : celle de voir des institutions destinées au bien commun devenir progressivement traversées par des logiques partisanes. Les déclarations du Dr Raúl Tati s’inscrivent précisément dans cette préoccupation. Elles ne doivent pas être réduites à une polémique politique passagère, mais comprises comme un appel éthique lancé à la conscience publique. Car lorsqu’un hôpital cesse d’être un espace neutre, c’est toute l’idée de citoyenneté qui vacille.
L’hôpital n’est pas un lieu de propagande. Il n’est pas une extension des affrontements idéologiques.
Il est le dernier sanctuaire civil où les différences sociales, politiques ou identitaires devraient disparaître devant la vulnérabilité universelle de la condition humaine. Lorsque des intérêts politiques s’introduisent dans ces espaces sensibles, une fracture invisible commence à se former entre l’État et les citoyens. Peu à peu, naît le sentiment dangereux que certains pourraient être mieux protégés que d’autres selon leur proximité avec le pouvoir ou leur positionnement politique.
Or, rien n’est plus destructeur pour une nation que la perte de confiance dans l’impartialité de ses institutions publiques. Les interrogations soulevées par le Dr Raúl Tati touchent ainsi à une question fondamentale : pourquoi certaines démonstrations de force politique débordent-elles des espaces partisans pour atteindre des institutions qui devraient rester exclusivement consacrées au service de la population ?
Une telle dérive ne renforce pas l’État. Elle l’affaiblit moralement. Car la véritable autorité politique ne se construit ni par la peur ni par l’occupation symbolique des institutions publiques, mais par la confiance, la justice et le respect égal accordé à tous les citoyens. À Cabinda, cette problématique prend une dimension encore plus préoccupante en raison des difficultés structurelles auxquelles la population est confrontée : insuffisance des infrastructures hospitalières, manque de médicaments, faiblesse des équipements médicaux et accès limité aux soins spécialisés.
Dans un tel contexte, l’hôpital cesse d’être une simple institution sanitaire ; il devient un refuge social essentiel, parfois le dernier rempart contre l’abandon et la marginalisation. Politiser cet espace revient alors à fragiliser davantage des populations déjà vulnérables. L’accès à la santé ne peut dépendre ni des opinions politiques ni des appartenances idéologiques. Il constitue un droit humain fondamental reconnu par les principes universels de dignité et de justice sociale. De même, l’éthique médicale repose sur des valeurs de neutralité, d’humanité et d’impartialité. Dès lors que ces principes sont contaminés par des logiques partisanes, c’est toute la mission humaniste de l’institution hospitalière qui se trouve menacée.
Défendre la neutralité des structures hospitalières ne signifie pas exclure l’État de la gestion de la santé publique. Cela signifie au contraire rappeler à l’État sa responsabilité la plus noble : protéger tous les citoyens sans distinction. Le cas de Cabinda révèle finalement une vérité essentielle : le plus grand danger pour une société ne réside pas seulement dans la faiblesse des services publics, mais dans la disparition progressive de la confiance morale envers les institutions chargées de protéger la vie humaine. Car lorsqu’un hôpital perd sa neutralité, il perd son âme. Et lorsque la politique pénètre jusque dans les salles de soins, c’est la nation entière qui commence à tomber malade.
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