Par zakia laaroussi, Paris
Les heures s’accumulent. À Galați, un drone s’écrase sur un immeuble. Au Liban, l’armée israélienne hisse ses couleurs sur la forteresse médiévale de Beaufort. À 21h, lundi, le Conseil de sécurité se réunit à la demande de la Roumanie. Aussitôt après, à 18h15, il se réunit de nouveau, à la demande de la France. Comme si le temps lui-même avait été cloné pour servir la machine bureaucratique onusienne. La question qui ébranle la pensée, bien avant les fauteuils capitonnés : sommes-nous en présence de consciences politiques capables de peser le sang à la balance dorée de la sagesse, ou bien de simples machines qui produisent la dévastation comme un bien de consommation, sans répit, dans une ivresse gestionnaire ?
« Frappe aujourd’hui, discute demain » : voilà le proverbe populaire renversé. Entre la chute des bombes et la convocation d’une séance, les âmes s’évaporent, mais la légitimité, elle, se reconstruit. C’est là le théâtre merveilleux et paradoxal de la diplomatie : dans la forteresse, les chars creusent l’histoire sous les décombres ; à New York, on dispose des chaises en demi-cercle. le Conseil de sécurité n’est plus un espace de dialogue. Il est devenu un miroir, certes, mais un miroir qui réfléchit le désordre des volontés. Il exécute avec une précision effarante ce que les philosophes orientaux nommaient « le jeu du silence » : tous regardent, peu parlent, personne n’écoute. Ce sont des machines, oui, mais des machines qui refusent de s’interrompre, car s’arrêter serait admettre qu’il n’y a pas de solution.

Beaufort, citadelle croisée, terre de Saladin et des émirs, devient aujourd’hui le théâtre d’une « croisade de légitimité » en temps réel. Le Moyen Âge revient, mais coiffé d’un casque moderne, tenant dans une main une résolution onusienne, dans l’autre un fusil d’assaut. Le plus ahurissant : les deux réunions simultanées – Roumanie, Liban – composent une fresque saisissante de la géopolitique mondiale. L’Europe de l’Est et le Moyen-Orient se rencontrent autour d’une même table, sous une même bannière : « les menaces ». Mais qui menace qui ? Et qui décide quand une chute est accidentelle, et quand elle devient agression ?
Nous sommes dès lors en pleine « politique de la fenêtre temporelle » : si le Conseil se réunit après 48 heures, c’est de la prévention ; après 24 heures, c’est une crise ; après quelques heures à peine, c’est un « scandale moral » qu’il faut aussitôt habiller d’une communication d’urgence. Le paradoxe fondamental demeure : le Conseil combat les effets, jamais les causes. Il ressemble à ce médecin qui soignerait la fièvre en posant de la glace sur le thermomètre, au lieu d’éteindre le feu dans le corps du malade. entre Galați et Beaufort, la sagesse populaire arabe reste suspendue, comme une lame : « Ce qui est passé est mort. Ce qui vient ne brûle pas encore. » Mais ce Conseil de sécurité va-t-il se réunir pour étancher le sang, ou pour offrir au monde sa bande-son habituelle ? Comme si on lisait dans la paume d’un mythe : Au commencement était l’événement. Puis vint le communiqué. Puis tout le monde s’endormit.
📲 Partager sur WhatsApp