BIENVENUE DANS NOTRE  » SALON » ! 

Par Soumeyya Abdelaziz , Psychologue, Artiste  Auteur- Maroc

Ce salon – qui fait la fierté de notre pays et a, à sa 18è édition, atteint son âge adulte – se passe largement de mon témoignage si ce n’était cette tâche qui vous tord l’orgueil À travers le récit d’une visite au SIAM de Meknès, l’artiste et auteur Soumaya Abdelaziz interroge le contraste entre le rayonnement international du Salon international de l’agriculture au Maroc, son succès et certaines défaillances liées à la propreté et à l’entretien des espaces publics. L’auteure souligne que la réussite organisationnelle et l’affluence record de cette 18e édition ne devraient pas occulter les questions d’hygiène et d’accueil, considérées comme essentielles à l’image du pays.

Récemment j’ai eu le plaisir de visiter le SIAM-(Salon International de l’Agriculture au Maroc). Comme tous ses visiteurs (es), je fus impressionnée tant par sa vastitude que par la variété et la qualité des produits qui y sont exposés, le classant ainsi deuxième dans le monde, après le World Ag Expo de Californie. Sa fréquentation sans précédent de cette année (1 136 952 visiteurs) témoigne de sa réussite et du travail considérable des organisateurs et de la ville, que l’on ne peut qu’applaudir chaudement. C’est dire combien ce salon – qui fait la fierté de notre pays et a, à sa 18è édition, atteint son âge adulte – se passe largement de mon témoignage si ce n’était cette tâche qui vous tord l’orgueil.

Certes, d’aucun me diront que « nul n’est parfait » … que « même le soleil louche » que les évènements planétaires les plus prestigieux peuvent connaître quelques couacs, sujets aux critiques. J’ose croire néanmoins que la mienne sera constructive….Mais examinons plutôt de plus près cette fameuse tâche qui vous agresse le regard dès l’entrée du « salon ».

L’un des contrôleurs de billets postés à l’accueil, s’étant emparé du mien, s’empresse aussitôt le déchirer avant de le jeter …par terre ! Scandalisée, je ne pus m’empêcher de m’écrier : Pourquoi le jetez-vous au sol et pas dans une poubelle ?! Ce à quoi je me vois répondre avec un sourire aussi désarmant que ennuyé : Non …c’est parce qu’il y a les caméras… « ils » doivent vérifier qu’on les a bien déchirés …Sous Entendu « qu’on ne risque pas de les revendre ». J’ai failli répliquer : Vous pouvez les déchirer sous l’œil des caméras et les jeter à la poubelle ! mais ayant constaté que ces dernières brillaient par leur absence, j’ai franchi la barrière sans un mot, foulant à terre comme tout le monde, les monceaux de milliers de billets déchirés …

Une fois dans la grande et longue allée qui mène au site proprement dit du « salon », je m’attendais à ce qu’elle soit longée de fleurs et de plantes, ce qui est le moindre accueil pour un salon de l’agriculture. Au lieu de cela et en guise de haie d’honneur végétale, une rangée de détritus longe l’allée : bouteilles et autres déchets de plastique, emballages de carton, canettes… Les abords du parking n’étaient pas non plus épargnés par l’envahissement des détritus.

Plus tard, des besoins naturels pressants nous obligèrent à fréquenter les toilettes chimiques placées çà et là… Ce n’est pas leur propreté approximative qui nous heurta de prime abord, étant donné le flux considérable des visiteurs qu’elles subissent chaque jour, mais leur état de dégradation et leur absence de maintenance flagrante.  Pire, pour y accéder, vous devez fouler son écrin de détritus, lesquels conquièrent sournoisement le sol nu, de tous les côtés !

Quant à trouver une poubelle dans le secteur, munissez-vous de préférence de jumelles. Mais rassurez-vous vous finirez par la trouver…mais explosant de désespoir d’être vidée. Le plus incroyable c’est que j’ai aperçu un petit groupe d’agents d’entretien marcher dans le coin avec leur balai et leur seau ! Que donc font-ils ? Ne seraient-ils chargés que de l’entretien des stands ?     

« Un salon » comme son nom l’indique, est avant tout un lieu où l’on reçoit ses invités, amis, proches ou étrangers. Il est censé être le plus propre, le plus soigné et accueillant de votre demeure (pour celui domestique) ou votre pays (pour celui d’évènementiel). Nous avons déjà montré dans d’autres évènements, autrement importants et grandioses, combien nous savons recevoir et avec panache…

Dans ce cas de figure, nous ne réclamons ni raffinement, ni élégance, ni luxe ostentatoire, seulement de l’hygiène, de la propreté. D’où vient donc cette allergie de certains gestionnaires de nos villes à l’installation des poubelles dans nos espaces publics ? … car le cas du SIAM n’est pas unique. Même la capitale de notre pays souffre de son manque…Il y a quelques années, des touristes japonais en séjour dans un riad à Fès étaient sortis le lendemain dans la ruelle avec des sacs en plastique pour ramasser les ordures… Devons-nous risquer d’essuyer de nouveau ce genre d’humiliation ?

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