Par Marco Baratto, Politologue-Italie (en colaboration avec Focus Méditerranée)
Chaque année, le 20 août, le Maroc célèbre la Révolution du Roi et du Peuple, l’une des dates les plus importantes de son histoire contemporaine. Cette journée ne constitue pas seulement une commémoration patriotique. Elle rappelle un moment fondateur dans lequel la monarchie et le peuple se sont retrouvés autour d’un même destin, face à une tentative de rupture de la souveraineté nationale. En 1953, la déposition et l’exil du Sultan Mohammed V par les autorités du Protectorat français provoquèrent une réaction populaire qui transforma profondément le rapport entre la monarchie, la société et la lutte pour l’indépendance. Le retour du Souverain en 1955 fut le prélude à l’indépendance du Royaume. Depuis lors, le 20 août est devenu le symbole d’une relation politique et historique qui demeure au cœur de l’identité marocaine : celle d’un peuple et d’une monarchie réunis dans la défense de la souveraineté nationale.
Mais cette mémoire prend aujourd’hui une dimension particulière. Dans une Afrique du Nord traversée par les crises, les rivalités géopolitiques, les fractures idéologiques et les incertitudes sécuritaires, le Maroc apparaît comme l’un des rares États de la région à disposer d’une continuité institutionnelle capable de traverser les bouleversements sans remettre en cause les fondements de l’État. C’est précisément là que réside le rôle unificateur de la monarchie. La monarchie marocaine n’est pas uniquement une institution politique. Elle est également une institution historique et religieuse. Le Roi, en sa qualité d’Amir Al-Mouminine, garantit la continuité de l’islam marocain dans sa tradition malékite, attachée à l’équilibre, à la modération et au rejet de l’extrémisme.
Cette dimension religieuse contribue à donner à l’État une légitimité particulière et à préserver un cadre de référence commun dans une société profondément attachée à son identité spirituelle. Cette stabilité religieuse constitue un élément essentiel de la stabilité politique. Dans plusieurs pays de la région, la question religieuse a été instrumentalisée par des mouvements politiques ou transformée en facteur de confrontation. Le Maroc a, au contraire, construit un modèle dans lequel l’autorité religieuse suprême demeure intégrée à l’institution monarchique. Il ne s’agit pas d’une simple survivance historique : c’est un mécanisme de continuité qui permet au Royaume de préserver un équilibre entre tradition, modernisation et ouverture internationale.

La monarchie joue également un rôle de continuité politique. Depuis l’indépendance, le Maroc a connu des transformations profondes, des alternances gouvernementales, des réformes constitutionnelles et des évolutions sociales majeures. Pourtant, au-dessus des changements politiques, demeure une institution capable d’incarner la permanence de l’État. Cette distinction entre le gouvernement et l’État est essentielle. Les gouvernements passent ; les institutions demeurent. Dans le contexte marocain, la monarchie constitue précisément ce point de continuité autour duquel peuvent s’articuler les différentes composantes de la société et les différentes sensibilités politiques. C’est aussi cette continuité qui donne au Maroc une capacité diplomatique particulière.
Aujourd’hui, lorsque l’on observe l’Afrique du Nord, le contraste est saisissant. La Libye demeure divisée entre institutions rivales et dépend fortement des équilibres extérieurs. La Tunisie traverse une phase politique et économique complexe. L’Algérie conserve un poids considérable, mais son système politique et ses rapports avec plusieurs partenaires internationaux limitent parfois sa capacité à jouer un rôle de médiateur largement accepté. Dans cet environnement, le Maroc dispose d’un avantage stratégique considérable : la stabilité de ses institutions et la continuité de sa politique étrangère. Le Royaume peut ainsi dialoguer simultanément avec l’Europe, l’Afrique subsaharienne, le monde arabe, les États-Unis et les puissances émergentes. Il peut être un partenaire sécuritaire, économique, religieux et diplomatique. Cette polyvalence explique en grande partie pourquoi Rabat est aujourd’hui devenu un interlocuteur incontournable pour de nombreuses questions concernant l’Afrique du Nord et le continent africain. La question migratoire en fournit un exemple évident. Face aux départs depuis les côtes atlantiques et méditerranéennes, à la pression sur les Canaries, à la situation de Ceuta et Melilla et aux réseaux criminels qui exploitent les migrations irrégulières, aucune solution européenne sérieuse ne peut faire l’économie d’une coopération avec les pays du Maghreb. Dans ce domaine comme dans celui de la lutte contre le terrorisme, du renseignement ou de la sécurité des frontières, le Maroc est devenu un partenaire stratégique. Mais la stabilité n’est pas l’immobilisme. C’est probablement l’un des enseignements fondamentaux de l’expérience marocaine. La monarchie a survécu parce qu’elle a su évoluer. Sous Mohammed VI, le Royaume a accéléré ses réformes économiques et sociales, développé ses infrastructures, renforcé son ouverture africaine et consolidé son rôle diplomatique. La Révolution du Roi et du Peuple doit donc être comprise non seulement comme le souvenir d’une lutte pour l’indépendance, mais comme la célébration d’un pacte historique de continuité nationale. Dans un monde où les certitudes géopolitiques disparaissent, où les États sont confrontés simultanément aux crises énergétiques, migratoires, sécuritaires et économiques, la stabilité devient une puissance en soi. Et c’est peut-être là que réside aujourd’hui la véritable portée du 20 août : rappeler que la souveraineté ne se construit pas uniquement par la puissance militaire ou économique. Elle repose également sur la capacité d’un peuple à se reconnaître dans des institutions capables d’incarner la continuité de l’État. Le Maroc fête donc sa Révolution du Roi et du Peuple avec une conviction qui dépasse la mémoire historique : dans une région où beaucoup cherchent encore un point d’équilibre, la monarchie demeure pour le Royaume le principal facteur d’unité, de stabilité et de continuité. À l’heure où l’Afrique du Nord a besoin de dialogue, de médiation et de partenaires fiables, cette stabilité marocaine n’est plus seulement une affaire intérieure. Elle est devenue un facteur géopolitique régional. Et c’est précisément ce qui fait aujourd’hui du Royaume l’un des interlocuteurs les plus importants du Maghreb. صياغة مقال باللغة العربية لا يكون ترجمة لفظية بل إعادة المعنى بلغة عربية قوية واسلوب رصين ومكثف
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