Le Maroc et la sécurité internationale

Par Zakia Laaroussi, Paris

Autrefois, la puissance des nations se mesurait à la taille de leurs armées, à la hauteur de leurs murailles et à l’étendue de leurs territoires. Aujourd’hui, dans un monde où l’information voyage plus vite que le vent et où une menace peut franchir plusieurs frontières en quelques secondes, les critères de puissance ont profondément changé. La véritable influence repose désormais sur la connaissance, l’anticipation, la coordination et la confiance. C’est dans cette transformation que réside toute la signification de la participation du Maroc au dispositif de sécurisation de la Coupe du monde 2026.

À première vue, il pourrait s’agir d’un simple épisode de coopération technique entre services de sécurité. Pourtant, une lecture plus attentive révèle une réalité plus profonde. Lorsqu’un responsable de premier plan du FBI souligne publiquement la contribution marocaine au sein d’un centre international de coordination, il ne s’agit pas d’une formule protocolaire. C’est la reconnaissance d’un savoir-faire construit au fil des années et devenu suffisamment crédible pour être intégré à l’un des plus importants dispositifs sécuritaires contemporains. La confiance constitue la monnaie la plus rare dans l’univers de la sécurité internationale. Les États peuvent partager des intérêts économiques ou diplomatiques sans nécessairement partager leurs mécanismes les plus sensibles. Lorsqu’ils le font, c’est qu’ils reconnaissent une compétence éprouvée. La présence d’experts marocains aux côtés de partenaires internationaux dans la sécurisation d’un événement planétaire traduit précisément cette reconnaissance.

Un grand romancier russe aurait peut-être raconté cette histoire comme une traversée symbolique. Il serait parti des immensités du Sahara ou des montagnes de l’Atlas pour rejoindre les salles de commandement ultramodernes d’Amérique du Nord. Entre ces deux mondes apparemment éloignés, il aurait montré un même fil conducteur : la construction patiente d’un capital invisible appelé crédibilité. Le paradoxe de la sécurité est qu’elle reste souvent imperceptible lorsqu’elle fonctionne. Les supporters voient les matchs, les stades et les célébrations. Ils ne voient ni les analyses, ni les réseaux de coopération, ni les échanges d’informations qui permettent précisément à la fête d’exister. Derrière chaque événement réussi se cache une architecture discrète composée d’institutions, de compétences et de confiance mutuelle.

Cette reconnaissance possède également une portée symbolique plus large. Pendant longtemps, certaines visions héritées de l’histoire ont entretenu l’idée que l’expertise stratégique provenait exclusivement de quelques centres traditionnels de pouvoir. Le 21 ème siècle remet progressivement en cause ces hiérarchies anciennes. Les compétences ne sont plus définies par la géographie ou par les héritages culturels, mais par les résultats. Le Maroc illustre cette évolution. Son rôle croissant dans les mécanismes de coopération internationale montre qu’un pays peut s’imposer par la qualité de ses institutions, la solidité de ses partenariats et la constance de son engagement. Cette dynamique dépasse largement le domaine sécuritaire. Elle accompagne également le renforcement de son influence diplomatique, de ses partenariats africains et de sa présence sur plusieurs scènes internationales.

Ma mère, Khayra, disait souvent : « La source ne fait pas sa publicité ; ce sont les voyageurs qui la cherchent lorsqu’ils ont soif. » Cette sagesse résume admirablement la logique de la crédibilité internationale. Celle-ci ne s’obtient ni par les proclamations ni par les slogans. Elle se construit par le travail, la constance et la capacité à répondre présent lorsque les défis deviennent complexes. L’expérience marocaine démontre ainsi que la sécurité moderne n’est plus seulement une question de protection. Elle est devenue un art de la prévoyance, de l’interconnexion et de la coopération. Les États capables d’apporter des solutions à ces défis globaux acquièrent naturellement une influence plus importante dans les affaires internationales.

Lorsque les lumières de la Coupe du monde s’éteindront et que les foules quitteront les stades, il restera quelque chose de plus durable que les résultats sportifs : le réseau de confiance tissé entre les nations qui ont contribué à la réussite de cet événement. Dans ce réseau, le Maroc apparaît aujourd’hui comme un acteur respecté, écouté et recherché. Et c’est peut-être là la plus grande réussite. Non pas être visible aux yeux du monde, mais devenir indispensable lorsque la responsabilité exige davantage que des discours. Car dans le siècle qui s’ouvre, la véritable puissance appartient moins à ceux qui parlent le plus fort qu’à ceux dont la compétence inspire la confiance.

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