Par Zakia Laaroussi
26 %. C’est un nombre. C’est un murmure. C’est une petite braise dans un cratère. Et pourtant, ce 26 %, annoncé ce jeudi par le baromètre Elabe, fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel vide. Emmanuel Macron – le président de tous les mépris, de toutes les colères, de tous les « en même temps » – vient de toucher son plus haut niveau de confiance depuis plus d’un an.
Six points gagnés en un mois. Six points arrachés à la défiance, comme on arrache un membre à un prédateur. Mais arrêtons-nous là. Ne nous précipitons pas. Ne crions pas à la résurrection. Ce n’est pas de l’amour. Ce n’est pas du soutien. C’est pire. C’est une forme étrange d’abandon. Les Français, dit le sondage, font confiance à Emmanuel Macron pour « affronter efficacement » ce qui vient. Quoi ? La guerre ? L’effondrement ? La chute des étoiles ? Nul ne le sait.
Ce qui est certain, c’est que la confiance monte parce que tout le reste descend. Si on lit bien les petites lignes, là où les chiffres tremblent. La campagne présidentielle de 2027 a déjà commencé. Les candidats tournent en rond comme des ânes mélancoliques. Et soudain, l’ancien maître du manège – celui qu’on disait boiteux, usé, fini – apparaît plus stable que tous les autres.

Plus ses adversaires deviennent risibles, plus Macron devient fiable. l’image de Macron au Monténégro, le 4 juin 2026. Le décor est balkanique, presque antique. La lumière est plate. Il ne sourit pas. Il contemple. Il a le visage de quelqu’un qui sait qu’il ne sera pas candidat en 2027, mais qui découvre, avec une horreur discrète, que le pays n’a trouvé personne d’autre à qui se raccrocher. La confiance n’est pas un trophée. C’est un drap qu’on jette sur un meuble avant de quitter la maison. Trois conséquences effarantes en résultent de tout cela:
1- La fin de l’alternance : Si on fait confiance à un président sortant uniquement parce que les autres sont inconsistants, alors on ne vit plus en démocratie. On vit en monarchie d’usure.
2- L’anesthésie générale : Un président qui passe en 49.3, qui gouverne sans majorité, qui brise les tabous… tout cela devient normal. Accepté. Routinier. 26 % de confiance, c’est le prix de notre résignation.
3- Le grand flou de 2027 : Qui voudra vraiment succéder à un fantôme ? La présidentielle à venir risque de n’être qu’une séance de spiritisme. On ne votera pas pour un projet. On votera contre le vide.
Une question, pour finir, qui fend le crâne Et si les 74 % restants – les méfiants, les indifférents, les absents – n’avaient tout simplement plus rien à dire ? S’ils ne manifestaient plus ? S’ils ne croyaient plus en rien ? Alors, dans ce silence de cimetière, un président qui parle tout seul deviendrait mécaniquement le seul bruit audible. 26 % de confiance, ce n’est pas un soutien. C’est un aveu : « Nous n’avons plus personne d’autre à qui faire confiance, alors toi, fantôme, continue. »
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