Quand la peinture devient méditation

Mohammed Aachati
Par Dr Zakia Laaroussi

Mohamed Aachati n’est pas un artiste au sens convenu du terme. Il est une traversée permanente entre le stable et l’éphémère, un ascète de la peinture qui scelle une réconciliation secrète entre le visible et ce qui se dissimule derrière lui. Ses œuvres ne se contentent pas d’habiter les murs : elles s’érigent en seuils. Celui qui les contemple longuement éprouve un léger vertige, comme si le sol se dérobait sous ses pas, le projetant aux confins d’un rêve inachevé, un rêve sur le point de devenir connaissance, avant de se retirer brusquement dans un silence dense, saturé de l’indicible.

À Rabat, ville stratifiée de mémoires, où les pierres conservent à la fois l’empreinte des sultans et le souffle des mystiques, où les couches du temps se superposent comme des ombres sur les murailles anciennes, l’expérience artistique de Mohamed Achatti échappe aux outils de la critique classique. Elle ne sollicite aucune classification, récuse les écoles, se défie des concepts prémâchés. Nous sommes face à un artiste pour qui la transgression esthétique n’est pas un geste formel, mais un acte ontologique : une manière de reposer la question de l’être depuis la matière même de la couleur. Chez Achatti, la peinture ne représente pas le monde ; elle en ébranle la certitude, plonge le réel dans un trouble cognitif, l’oblige à reconnaître sa propre fragilité, ce qu’il dissimule derrière ses évidences trop rapides.

Le 15 janvier 2026, à 18h30, à la Galerie Mohamed El Fassi à Rabat, l’événement ne fut ni un simple vernissage ni une banale séance de dédicace. Ce fut un moment de densité rare, où la peinture rencontra le texte, la couleur la parole, et le temps sa propre ombre. Mohamed Achatti y présentait son premier ouvrage, Résonances du temps : voyage intérieur d’un artiste en quête de vérité, simultanément à une exposition portant le même titre. Les murs devinrent pages, et les pages, surfaces picturales.

Ce livre n’est ni une autobiographie ni un manifeste artistique. Il s’apparente plutôt à un manuscrit philosophique visuel, un texte hybride où l’écriture côtoie la mémoire, la méditation l’aveu, le dessin la pensée. Il respire depuis le même lieu que les tableaux, affirmant que l’art n’est pas production d’images, mais déflagration de sens. Le texte ne commente pas les œuvres, il en redouble l’énigme, laissant le lecteur dans une zone intermédiaire — entre compréhension et intuition, vision et aveuglement. L’écriture sait d’avance qu’elle échouera à saisir ce qui se dérobe, mais elle persiste, comme le pinceau persiste à trembler sur la toile.

Le choix du temps comme matière centrale n’a rien d’ornemental. Le temps, rappelait Nietzsche, n’est pas une ligne droite mais une spirale — un éternel retour des images, de la douleur et de la joie. C’est précisément ce que captent les œuvres d’Achatti : aucune instantanéité close, ni commencement ni fin, mais des strates temporelles qui se superposent. Le passé n’est jamais révolu, le présent n’est qu’écho, et le futur une trace translucide encore à naître. Dans ses tableaux, on ne voit pas le temps ; on perçoit ce que le temps laisse aux choses. Des visages lentement érodés, des espaces fissurés comme la mémoire elle-même, des reflets visuels qui renvoient à ce que Gaston Bachelard nommait le temps du rêve — ce temps intérieur, malléable, qui ne se mesure ni en heures ni en dates, mais en frémissements et en nostalgie.

3 thoughts on “Quand la peinture devient méditation

  1. En tant qu’artiste peintre et écrivain de Les Reflets du temps, je remercie vivement le Dr Zakia Laaroussi pour cet article qui dévoile, avec une grande justesse, des angles essentiels de mon travail. Je m’y reconnais pleinement : une peinture qui ne représente pas, mais qui médite et interroge l’être, une question sans réponse définitive, qui nous pousse sans cesse à revenir vers soi.

  2. Bravo si mohamed. Vous êtes un digne représentant des artistes marocains. On est très fier de vous. Que Dieu vous benisse et vous protège..

  3. Tout ce que je connais su mon très cher cousin Si Mohammed Aachati depuis son jeune âge à Safi , khouribga , Casablanca à nos jours peut être résumé dans le témoignage ci-dessous décliné:
    – une personne teintée d’humanisme, justice, sérieux et de fermeté dans ses engagements et ses préoccupations socio-professionnelles et artistiques .
    – une personne qui n’a jamais cessé de chercher son Idéal et de son authenticité découlante de son palmarès académique, artistique et sociétal.
    – une personne qui a mis ses énergies pour innover artistiquement et faire émerger un style authentique et original .
    – une personne sensible qui a trouvé dans l’art un espace libératoire de pensée,de sentiments et d’expression sincère .
    – une personne incarnant force tranquille, associée à des états internes d’une âme prônant perfectionnisme éternel.
    -une personne admirée et admirative par ses proches, amis, ses maîtres et de son entourage social.
    – une personne qui a su façonné sa personnalité à travers la lecture, la curiosité intellectuelle et la diversité de ses écoles artistiques .
    – une personne qui a combiné art et sciences humaines et neurosciences.
    -une personne artistique qui a pénétré le mode de la programmation neurolinguistique PNL pour l’arrimer avec le monde de l’art contemporain.
    Je pourrais continuer à le décrire sans me lasser car tout ce que dit est sincère et vrai.
    Je lui souhaite longue vie pour continuer à servir l’humanité par son potentiel artistique rarissime et exceptionnel.
    AACHATI SMAIL.

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