Ô époque, ô époque d’aujourd’hu

Par Mina Mansour, Paris

Ô époque, ô époque d’aujourd’hui,  

depuis que les filles  

se comportent comme des femmes déjà accomplies.  

Petites par l’âge,  

grandes par le souci,  

la tête remplie  

des vieilles rengaines des aïeules,  

elles ont fait leurs adieux à l’innocence.  

Plus de jeux, plus de rires,  

plus de courses derrière un rêve,  

plus de mains salies par l’enfance,  

rien que le miroir,  

l’apparence,  

et ce que les gens vont dire.  

Elle ne se soucie plus  

de jouer avec celles de son âge,  

ni de lire un livre,  

ni de vivre un jour simple  

qui lui ressemble,  

qui ressemble aux siennes.  

Ce qui l’obsède,  

c’est coller des faux cheveux,  

coller des faux cils,  

faire pousser de longs ongles,  

les parer de diamants  

et les décorer de fleurs,  

et mesurer sa valeur  

au nombre de regards admiratifs  

des mâles vicieux.  

Ma fille…  

pourquoi cette précipitation  

à vivre la vie des grandes ?  

La vieillesse n’a pas d’échappatoire,  

et les soucis  

arrivent seuls, sans qu’on les appelle.  

Vis maintenant comme une enfant,  

ris, joue, cours,  

laisse ton cœur déborder  

et se salir de joie.  

Garde les affaires des adultes  

pour le moment où leur heure sonnera,  

et ce jour‑là,  

sois prête à les affronter,  

debout, sur tes propres jambes.  

Ô fillettes,  

celle à qui l’enfance a échappé sans rires  

est comme celle qui a travaillé la terre  

sans jamais y semer une graine.  

Un jour viendra  

où elle fouillera sa mémoire  

à la recherche d’un peu de lumière,  

d’un peu de chaleur,  

et n’y trouvera  

que le vide  

et une nostalgie hérissée d’épines.  

L’enfance  

n’est pas qu’une étape qui passe ;  

la belle enfance  

est le surplus de la vie,  

le pain caché dans le cœur  

pour les jours de faim.  

C’est la force invisible  

qui soutient l’être  

quand il grandit,  

quand les problèmes se resserrent.  

Celui qui a connu la joie enfant  

ne se noie pas quand la vague monte,  

car une lumière vit en lui  

qui l’éclaire dans l’étroitesse.  

Et les souvenirs d’enfance  

sont comme une faible lueur,  

mais sincère,  

qui n’apparaît  

que lorsque le monde entier s’éteint,  

et qui fait revenir le sourire  

jusqu’à ce que la douleur passe…  

et qu’elle passe.

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