Par Dr Zakia Laroussi
À l’ère des recompositions géopolitiques accélérées, où les équilibres d’influence se redessinent au gré des crises, des alliances mouvantes et des batailles narratives, la diplomatie ne peut plus être envisagée comme un domaine réservé à l’État, ni comme une pratique exclusivement institutionnelle. Elle s’est progressivement élargie pour devenir un espace hybride, où interagissent acteurs publics et forces vives de la société, savoirs académiques, dynamiques culturelles et initiatives citoyennes. Dans ce nouveau paysage, la diplomatie parallèle s’impose comme une forme contemporaine d’action internationale, capable d’atteindre les profondeurs humaines, symboliques et culturelles des relations entre les nations.
C’est dans cet horizon intellectuel et stratégique qu’a émergé, de manière légale et structurée, la Fédération marocaine pour la diplomatie parallèle. Sa création procède d’une conscience nationale aiguë des enjeux contemporains et d’une volonté assumée de traduire une idée en institution, une vision en dispositif d’action. La Fédération se donne pour ambition de contribuer, avec sérieux et responsabilité, à la défense des intérêts supérieurs du Royaume du Maroc et au renforcement de son rayonnement régional et international, en mobilisant les instruments les plus efficients de la puissance douce : le savoir, la culture, le dialogue interculturel et l’art du plaidoyer éclairé.
Loin d’être une structure associative supplémentaire dans un champ civique déjà dense, la Fédération se présente avant tout comme un projet diplomatique, culturel et stratégique. Elle repose sur la conviction que la compétition internationale contemporaine ne se joue plus uniquement dans les arènes classiques du pouvoir, mais aussi dans les universités, les centres de recherche, les espaces médiatiques et les sphères de production du sens. En ce sens, elle rejoint l’intuition d’Antonio Gramsci, pour qui l’hégémonie durable ne procède pas seulement de la contrainte, mais de la capacité à produire un récit du monde intelligible, crédible et accepté par autrui.
La Fédération marocaine pour la diplomatie parallèle s’inscrit ainsi dans une logique de complémentarité assumée avec la diplomatie officielle. Elle ne prétend ni s’y substituer ni en concurrencer les prérogatives, mais agir comme un front civique souple, compétent et rigoureusement aligné sur les constantes nationales et les choix souverains de l’État. Une approche qui fait écho à la pensée d’Ibn Khaldoun, pour qui la solidité des États repose moins sur la coercition que sur la cohésion symbolique, la légitimité du sens partagé et la force du lien entre gouvernants et société.
La crédibilité de cette initiative tient également à la qualité de son leadership. À sa tête, M. Issa Babana Alaoui incarne une conception exigeante et patiente de l’action diplomatique, fondée sur l’expérience, la probité et la construction durable des projets. À ses côtés, Mme Majda Karimi représente une élite féminine marocaine éclairée, consciente que la culture n’est pas un simple ornement discursif, mais un instrument central d’influence dans un monde où les décisions se préparent souvent en amont, dans les sphères du savoir, avant d’atteindre les cercles du pouvoir politique.
La Fédération fait le pari d’une diplomatie culturelle de haute exigence, portée par une pluralité de compétences issues de l’histoire, du droit, de la littérature, des sciences humaines et des sciences exactes. Cette diplomatie ne s’oppose pas à la diplomatie dite « dure », mais la complète et la renforce, à l’image de l’ombre qui donne sa profondeur au corps sous l’intensité de la lumière. Lorsqu’une action politique s’appuie sur une légitimité cognitive et culturelle, elle gagne en capacité de persuasion, en crédibilité et en profondeur stratégique.
À un moment où la puissance des États se mesure de plus en plus à leur aptitude à convaincre plutôt qu’à contraindre, à façonner leur image plutôt qu’à imposer leurs positions, la Fédération marocaine pour la diplomatie parallèle apparaît comme une expérience prometteuse, digne d’attention et de soutien. Elle a choisi de faire du savoir un ambassadeur, de la culture un pont et de la nation une boussole, transformant l’appartenance en pratique et l’émotion en projet structuré. Elle incarne une diplomatie issue de la société, tournée vers elle, et agissant pour l’État sans jamais s’y substituer. À travers elle, la nation devient une idée en mouvement, portée par ses citoyens, l’une des expressions les plus abouties du patriotisme contemporain.
