Par Zakia laaroussi
La signature, le 5 février 2026 à Rabat, de la convention de partenariat entre la Fédération Marocaine pour la Diplomatie Parallèle et le Cercle Eugène Delacroix ne relève pas d’un simple rapprochement associatif. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des instruments d’influence, à l’heure où les États, confrontés à la fragmentation du monde et à la fatigue des cadres multilatéraux classiques, cherchent de nouveaux relais de crédibilité et d’efficacité.
Le texte fondateur qui précède cette convention, la Déclaration de Paris-Rabat, mérite à cet égard une attention particulière. Il ne s’agit ni d’un manifeste idéologique, ni d’un document de circonstance, mais d’une tentative structurée de redéfinition du rôle de la société civile dans les relations internationales. Le diagnostic posé est sans ambiguïté : la diplomatie officielle, malgré ses moyens légitimités, ne suffit plus à elle seule à gérer la complexité croissante des rapports entre
les peuples.
La diplomatie dite parallèle y est conçue non comme une diplomatie concurrente ou marginale, mais comme un outil complémentaire, opérant dans des registres que les États peinent à investir durablement. En assumant une action dans les champs culturel, intellectuel et symbolique, elle vise à peser sur les perceptions, les récits et les représentations, dimensions devenues centrales dans les rapports de force contemporains. À travers ce partenariat, la société civile est appelée à sortir d’un rôle subalterne pour
assumer une fonction stratégique, structurée et responsable. Sur le plan bilatéral, la lecture proposée de la relation maroco-française se distingue par son pragmatisme. Loin des oscillations entre nostalgie et crispation mémorielle, la Déclaration revendique une approche de maturité.
Le Maroc y est affirmé comme un acteur stratégique à part entière, solidement ancré en Afrique, ouvert sur l’Atlantique et la Méditerranée, et porteur d’une fonction stabilisatrice dans un environnement régional sous forte tension. La France, de son côté, est envisagée comme une puissance d’influence intellectuelle et culturelle capable de s’inscrire dans une relation rééquilibrée, fondée sur la reconnaissance mutuelle des intérêts et des responsabilités.
L’un des points les plus sensibles, et politiquement les plus significatifs, concerne la place accordée aux provinces du Sud. En les intégrant explicitement au cœur de la coopération, le partenariat assume une lecture fondée sur la réalité du terrain plutôt que sur les abstractions diplomatiques. Ces territoires sont présentés comme un pivot géopolitique africain, un rempart face aux déstabilisations sahélo-sahariennes et un espace d’expérimentation en matière de développement et d’intégration régionale. Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de légitimation par l’action, où les faits et les résultats priment sur les discours.
La hiérarchie des priorités affichée — éducation, santé, culture — témoigne également d’une vision ordonnée de l’influence à long terme. Elle traduit une volonté de s’inscrire dans le temps long, en misant sur les leviers les plus structurants pour les sociétés, plutôt que sur des initiatives ponctuelles à faible portée stratégique. Enfin, la méthode revendiquée par les deux partenaires s’inscrit dans une logique de rationalisation de l’action civile internationale. Rigueur intellectuelle, lisibilité publique et impact mesurable constituent les trois critères censés encadrer toute initiative. Cette exigence, rarement formulée avec autant de clarté dans le champ associatif, marque une volonté de rompre avec une diplomatie d’affichage au profit d’une diplomatie de résultats.
La Déclaration de Paris-Rabat ne prétend pas clore un débat. Elle acte au contraire l’entrée
dans une phase plus exigeante, où la crédibilité se construit par la cohérence des actes et leur inscription dans une stratégie lisible. Elle envoie un message clair : le Maroc ne se situe plus dans une logique de demande ou de justification, mais dans celle de l’exercice assumé de responsabilités régionales et
internationales. Reste désormais l’épreuve décisive de toute ambition diplomatique : celle de la mise en œuvre, seul terrain où les intentions résistent au jugement du temps.

L’article est tellement éloquent, pertinent et percutant qu’il n’a pas besoin de commentaire.