Oujda quand elle ouvre ses registres d’argile

par Zakia Laaroussi

À l’Orient du Royaume, là où l’aube hésite avant de déposer son or sur les collines, Oujda se lève comme une amphore exhumée du silence. Elle n’est pas une ville périphérique que l’on mentionne distraitement au détour d’une carte ; elle est un palimpseste minéral, une strophe gravée dans la hanche du Maroc, longtemps couverte de poussière mais jamais privée de braise. Sous ses pierres sommeille une mémoire qui ne demande qu’un souffle pour s’embraser.

Les 27 et 28 mars 2026, Oujda ne se contentera pas d’accueillir un congrès : elle ouvrira ses archives d’argile. Le deuxième Congrès d’archéologie, unique en son genre dans la région, fera entendre une vérité trop longtemps murmurée… l’Oriental n’est pas une marge dans le livre national, il en est une page inaugurale, écrite à l’encre des civilisations. À l’Université Mohammed Premier, l’événement prendra la forme d’une profession de foi : la science n’est pas une tour d’ivoire, mais une lanterne portée haut dans la nuit des oublis.

Le geste du président de l’université, le professeur Yassine Zaghloul, dépasse le cérémonial académique. Il relève d’une éthique. Ouvrir l’institution aux archéologues du monde, c’est ouvrir des fenêtres à l’air du large ; c’est comprendre que fouiller la terre n’est pas un caprice d’érudit, mais un acte de souveraineté symbolique. Car l’archéologie n’est pas une nostalgie ; elle est une architecture du futur, bâtie sur la lucidité des origines.

Au cœur de cette dynamique se tient la chercheuse Nouzha Boudouhou, dont la vigilance pour le patrimoine de l’Oriental tient de la fidélité maternelle. Elle n’écoute pas seulement la stratigraphie des sols ; elle prête l’oreille aux silences. Elle sait que les ossements ne sont pas muets, que les fissures des roches sont des manuscrits, que chaque fragment de céramique est une syllabe d’un poème brisé. Chez elle, la discipline se fait passion, et la méthode, serment.

Ce congrès ne sera pas un simple colloque d’experts alignant communications et diapositives ; il sera un carrefour où les langues se croisent, où les méthodes dialoguent, où les cartes anciennes rencontrent les technologies de pointe. Ici, la Méditerranée tendra la main aux sables de l’Orient ; ici, l’Atlas répondra à l’Andalousie ; ici, le récit marocain se dira dans une langue universelle, ferme et généreuse.

Il faut oser le dire avec la franchise des amoureux : le patrimoine ne saurait être l’apanage d’une administration, si éclairée soit-elle. Il engage une responsabilité collective. Entrepreneurs, mécènes, enfants du pays, femmes et hommes que la fortune a favorisés — tous sont conviés à comprendre que l’investissement culturel est un capital de dignité. Financer la recherche, soutenir les initiatives savantes, parrainer les manifestations intellectuelles, c’est hisser une ville à la hauteur de son destin.

Car les cités ne grandissent pas seulement par la verticalité de leurs tours, mais par la profondeur de leurs racines. Elles ne se mesurent pas au nombre de leurs hôtels, mais à la densité des histoires qu’elles protègent. Oujda, trop souvent comparée aux capitales dites impériales – Marrakech, Fès, Rabat ou Casablanca – reprend aujourd’hui son droit à la lumière. Non une lumière empruntée, mais une clarté née de sa propre terre. Ce deuxième Congrès d’archéologie est une déclaration : l’Oriental n’est pas une ombre portée ; il est un soleil différé qui consent enfin à flamboyer.

Depuis Paris,
– j’adresse un salut respectueux au président le Docteur Yassine Zaghloul qui a ouvert grand les portes de la connaissance.
– Un salut fervent à la chercheuse Nezha Boudou, qui a fait de la vigilance patrimoniale un projet de civilisation.
– Un salut à toutes les mains qui ont œuvré, à toutes les intelligences qui ont pensé, à tous les cœurs qui ont cru que Oujda mérite d’être inscrite en lettres capitales dans le registre mondial de la culture. Car ici, à l’Orient, on ne fouille pas seulement les vestiges. On exhume le sens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *