L’hiver est là
Tenaille aux fers.
En craquements de banquises
Il esquive des pirouettes exquises
Silencieusement, ses flocons,
Emmitouflent les arbres et le pont.
L’hiver surprend
Qui ne l’attend…
Je sens son haleine
Elle me cisèle sous la laine,
Son long couteau
Me calcine la peau.
Il essaime jusqu’au rebord des lèvres glacées
Des éclats d’obus, des lunes craquelées.
Il hurle aux loups, il agite ses grelots.
Sous ma pelisse, je grelotte :
Sa fièvre est contagieuse.
Prudence pour qui ne veut que sonne le glas !
Je ne hâte cependant pas le pas :
Le coquin a brodé le chemin au point de verglas !
À l’abri de ses baisers de feu,
Je détricote ses étreintes de braise.
Je bois un thé fumant. Et apaisée,
Je m’approche de la baie vitrée.
L’hiver halète aux carreaux,
Pique le cœur
Tout autant que tout à l’heure
Il me pinçait la peau.
Ce trèfle à quatre feuilles déguisé
S’immisce l’air de ne rien toucher :
Il offre une chance de contempler
Les étranges noces de l’invisible…
Aux vitres, s’agrippe le froid
Comme un mantra aux abois,
Il y imprime une dentelle de givre, un fragile reliquat.
De jour et de nuit, il frappe de son index indélicat
Sur la vitre devenue translucide.
Tout l’alphabet polaire se décline en étoiles.
La vitre est pellicule de glace entre deux mondes :
Serai-je dans les profondeurs de l’onde ?
Un jour,
Sa buée éphémère
S’ensoleilera
Et s’évaporera.
Il le sait.
Mais que lui chaut !
Dans l’instant profond,
Seul importe ce doux cadeau :
La valse lente de ses flocons !
Dans tout baiser de glace
Co-existent mort et grâce.
L’hiver sème
Ses graines
Le printemps
Les réchauffera.
À chaque pas, sa magie.
Geneviève Guevara
In « SpiRituel »
