IMA: qui sera le successeur?

Par Zakia Laaroussi

L’histoire retiendra que le départ de Jack Lang, survenu le 7 février dans la précipitation et la tourmente, aura sonné comme un glas pour l’Institut du monde arabe. Pendant douze ans, l’ancien ministre socialiste aura incarné cette institution, mêlant son aura personnelle au destin d’un lieu voulu par François Mitterrand comme un pont entre les rives de la Méditerranée. Aujourd’hui, le pont est sans gardien, et la succession s’annonce aussi complexe qu’un traité de paix.

Selon des informations concordantes rapportées par le Monde, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a reçu ce lundi 16 février trois candidats présélectionnés. L’objectif est clair : ce mardi 17 février au conseil d’administration de l’IMA un nom susceptible de recueillir l’assentiment de Paris… et surtout des représentants des 22 pays de la Ligue arabe. Trois profils, une seule ambition Dans cette course de fond, chaque candidat avance masqué, mais leur pedigree les expose déjà aux feux de la rampe.

Le premier nom qui court dans les couloirs du Quai d’Orsay est celui d’Anne-Claire Legendre. À 46 ans, cette diplomate de carrière, aujourd’hui conseillère pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l’Élysée, incarne la technostructure macroniste. Ancienne porte-parole du ministère, ambassadrice au Koweït, elle possède cette connaissance intime des arcanes du pouvoir qui fait les grands commis de l’État. Son atout majeur ? Une discrétion légendaire et une connaissance approfondie des dossiers sensibles.

Face à elle, Karim Amellal représente une autre école, celle de l’intellectuel engagé. À 48 ans, cet universitaire, écrivain et ancien ambassadeur pour la Méditerranée nommé en 2020 par Emmanuel Macron, incarne une diplomatie du verbe et de l’apaisement. Spécialiste des questions nord-africaines, il n’a eu de cesse de prôner le dialogue contre les coups d’éclat dans la relation tumultueuse entre Paris et Alger. Un profil qui, dans le contexte actuel de crispation autour du dossier du Sahara occidental, pourrait être perçu comme une main tendue.

Le troisième homme, Olivier Poivre d’Arvor, apporte une tout autre partition. À 67 ans, cet ambassadeur chargé des Pôles et des affaires maritimes est avant tout un bâtisseur culturel. Fondateur de la Compagnie du Lion, ancien patron de France Culture, auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a déjà arpenté les rives sud de la Méditerranée en tant qu’ambassadeur à Tunis pendant quatre ans. Son profil d’humaniste pourrait séduire ceux qui veulent redonner à l’IMA sa vocation première : être un creuset de cultures plutôt qu’une scène de confrontations géopolitiques.

Mais si Paris propose, ce sont les 22 pays arabes qui disposent. L’IMA, institution unique au monde, repose sur un partenariat international où la voix de la France est certes prépondérante, mais non absolue. Le conseil d’administration, où siègent les représentants des États membres de la Ligue arabe, détient un droit de regard, voire de veto, sur le nom du président. C’est là que le dossier se corse. Depuis que la France a officiellement reconnu, à l’été 2024, le plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le Sahara occidental, les relations avec l’Algérie sont au point mort. Tout candidat jugé trop proche d’un camp ou trop marqué politiquement pourrait se heurter à une fin de non-recevoir. Le nouveau président devra donc incarner une forme de neutralité bienveillante, un exercice d’équilibriste dans un monde arabe plus divisé que jamais.

Cette quête du Graal successorale trouve son origine dans une chute brutale. Jack Lang, 86 ans, monument de la République, n’a pas survécu aux révélations du dossier Epstein. Comme l’a révélé l’enquête, son nom apparaît à 673 reprises dans les documents judiciaires américains, et une information judiciaire a été ouverte le 6 février par le parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre et sa fille Caroline Lang. Des perquisitions ont été menées à l’IMA et à son domicile, rendant son maintien intenable. C’est donc un homme blessé, contraint au silence, qui a quitté la présidence, laissant derrière lui une institution orpheline et fragilisée par l’onde de choc.

Pour son successeur, le défi est colossal : panser les plaies, restaurer l’image de la maison, et surtout, empêcher que les fractures du monde arabe ne viennent briser les vitres de ce chef-d’œuvre de verre et d’acier. La décision du conseil d’administration, prévue ce mardi 17 février, sera scrutée de Paris à Ryad, de Tunis à Rabat.

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