Par Youssef Kasmi Bakkali،chercheur en géopolitique, sciences des religions et dynamiques interculturelles
Depuis quelques années, un phénomène diplomatique remarquable s’accélère : plusieurs puissances occidentales et émergentes reconnaissent explicitement ou implicitement le plan marocain d’autonomie comme base sérieuse, crédible et durable pour résoudre la question du Sahara. Ce mouvement, loin d’être un simple alignement conjoncturel, révèle une transformation profonde des logiques internationales. Pour comprendre cette dynamique, il faut dépasser l’analyse politique immédiate et entrer dans une lecture structurelle, attentive aux mutations du système mondial, aux recompositions régionales et aux nouvelles formes de puissance qui redéfinissent les priorités des États.

Le premier élément structurant tient à l’évolution du système international vers un monde multipolaire. Dans un contexte où l’ordre hérité de l’après-Guerre froide se fragilise, les grandes puissances cherchent des partenaires régionaux capables de produire de la stabilité plutôt que de la consommer. Le Maghreb et le Sahel sont devenus des zones de turbulences stratégiques, marquées par le retrait progressif de certaines puissances européennes, l’avancée d’acteurs non étatiques, et la compétition croissante entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Dans ce paysage fragmenté, le Maroc apparaît comme un acteur doté d’une stabilité institutionnelle, d’une vision géopolitique cohérente et d’une capacité à articuler des alliances diversifiées. Reconnaître son plan d’autonomie revient, pour plusieurs capitales, à investir dans un pôle régional fiable dans un environnement incertain.
Le deuxième facteur relève de la transformation des critères de légitimité internationale. Les grandes puissances ne cherchent plus des solutions idéales, mais des solutions applicables, capables de réduire les zones grises et de prévenir l’émergence de vacuums géopolitiques. Le plan marocain d’autonomie s’inscrit précisément dans cette logique : il combine une base juridique, un ancrage institutionnel et une dynamique de développement territorial observable. Les investissements massifs dans les infrastructures, l’intégration économique des provinces du Sud et l’ouverture croissante vers l’Afrique atlantique donnent au projet une matérialité qui dépasse le cadre strictement diplomatique. Pour les États qui observent la région, soutenir cette initiative revient à privilégier une solution qui a déjà commencé à produire des effets stabilisateurs.
Un troisième élément, souvent sous-estimé, concerne la reconfiguration des priorités énergétiques et logistiques. La transition mondiale vers les énergies renouvelables, l’essor du marché de l’hydrogène vert et la recherche de corridors sécurisés reliant l’Europe à l’Afrique placent le Maroc dans une position stratégique nouvelle. Les provinces du Sud sont au cœur de cette projection atlantique, qu’il s’agisse des futurs câbles énergétiques, des routes maritimes ou des projets de coopération triangulaire entre l’Europe, le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Dans cette perspective, la stabilité territoriale du Maroc n’est pas seulement un enjeu politique, mais une condition préalable à la sécurité énergétique et logistique de plusieurs puissances. Reconnaître le plan d’autonomie devient alors un acte de rationalité stratégique.
Le quatrième facteur tient à l’évolution des doctrines sécuritaires. La montée des menaces transnationales – trafics, extrémisme violent, instabilité sahélienne – pousse les États à privilégier des partenaires capables de combiner sécurité, développement et coopération régionale. Le Maroc a démontré, au cours des deux dernières décennies, une capacité à articuler ces dimensions, notamment à travers sa coopération sécuritaire avec l’Europe et l’Afrique de l’Ouest, ainsi que par son rôle dans la formation religieuse et la prévention de la radicalisation. Dans un contexte où les modèles sécuritaires traditionnels montrent leurs limites, les puissances internationales tendent à soutenir les acteurs qui offrent une approche intégrée. Le plan d’autonomie s’inscrit dans cette logique, car il propose un cadre politique susceptible de réduire les zones de vulnérabilité.
Enfin, un cinquième élément, plus discret mais tout aussi déterminant, concerne la transformation des imaginaires géopolitiques. Les États ne raisonnent plus uniquement en termes de frontières, mais en termes de corridors, de chaînes de valeur, de connectivité et d’influence symbolique. Le Maroc a su construire une présence africaine, méditerranéenne et atlantique qui dépasse largement son poids démographique. Cette projection, fondée sur la diplomatie économique, culturelle et religieuse, crée un effet d’entraînement : soutenir le plan d’autonomie revient à reconnaître un modèle d’influence qui s’inscrit dans les nouvelles logiques de la puissance douce et de la diplomatie d’interconnexion.
Ainsi, la reconnaissance croissante du plan marocain d’autonomie n’est pas un simple geste diplomatique, mais le symptôme d’une recomposition plus vaste. Elle traduit la recherche de stabilité dans un monde fragmenté, la montée en importance des corridors énergétiques, la nécessité de partenaires régionaux solides et l’émergence de nouvelles formes de légitimité internationale. Dans un système multipolaire, les États ne soutiennent pas seulement des solutions ; ils soutiennent des acteurs capables de transformer ces solutions en réalités durables. Le Maroc, par sa capacité à anticiper les mutations du monde, s’inscrit aujourd’hui dans cette catégorie.
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لما « حرر » حامل القلم القرار الذي اثبت الحق التاريخي للمغرب في أرضه، كان ذلك القلم أداة لشق التلام .لحفظ حرية تلك الأرض قتلى ذلك شلال الدعم بعين القرار الحق.
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