Par Dr. Zakia Laaroussi
La voilà, debout comme la lune en une nuit d’automne, quand les feuilles des arbres tombent autour d’elle sans que cesse son éclat. Rachida Dati, dame du septième arrondissement qui a transformé ses murs en miroirs reflétant le visage du vieux-Paris nouveau-né, avance dans sa campagne électorale comme on avance dans un rêve éveillé. Elle ne court pas, ne halète pas, mais progresse à pas de lune : lents, lourds, lumineux. Dans les sondages, la voilà : 30% au premier tour, comme une étoile qui se fixe dans un ciel changeant. Ses adversaires respirent derrière les projecteurs, mais elle ne se retourne pas. Elle sait que la vraie bataille n’est pas dans les chiffres, mais dans cette aura qu’elle dessine autour de son corps chaque fois qu’elle traverse les rues de la capitale. Son manteau noir flotte comme une aile de corbeau baudelairien, captant les regards des passants et les transformant en disciples de sa procession nocturne.
On dit qu’elle progresse. Mais la vérité, c’est qu’elle ne progresse pas, elle s’élève. Elle s’élève comme s’élève le désir dans les cœurs des amants, comme s’élève la vapeur des pierres de Paris après la pluie. Chaque point de pourcentage dans les sondages est un battement dans le corps de la ville qu’elle veut étreindre. 30% maintenant, mais la lune ne se mesure pas à sa surface, mais à sa lumière. Et sa lumière s’étend bien au-delà des chiffres.
Regardez-la dans ses réunions publiques : elle se tient devant les foules comme une prêtresse dans un temple moderne. Sa voix résonne entre les murs des salles comme une prière étrange, mêlant promesses politiques et litanies de beauté. Elle lève la main, les voix s’éteignent ; elle l’abaisse, les cœurs tremblent. Elle ne parle pas seulement d’impôts locaux ou de plans d’urbanisme, elle dessine dans l’imaginaire de ses auditeurs un autre Paris : Paris des tours d’ivoire et des ruelles sombres, Paris qui rêve de devenir plus beau qu’il n’est. Mais les adversaires sont nombreux. Cinq petites lunes gravitent dans son orbite : Grégoire le calme comme une mer d’hiver, Bournazel le scintillant comme un verre brisé, Chikirou la rebelle comme une plaie fraîche, Knafo l’ascendante comme une étoile filante, Mariani l’ombre lourde venue de l’Est. Tous veulent prendre sa place dans le ciel, mais la lune ne bouge pas. Elle est là, immobile, même si ses feuilles tombent.
Dans les scénarios du second tour, sa grandeur apparaît : quand elle affronte seule le socialiste, le destin lui sourit avec 53%, comme un murmure : « Le ciel est vaste mais tu n’y atteindras pas ». Et dans le triangle dangereux avec Grégoire et Bournazel, elle saisit 43% comme on saisit les fils du destin. Même quand elle perd dans un quintuple impossible (32% seulement), elle perd comme la lune en éclipse : elle s’éteint un instant mais sait que la nuit la ramènera. des palais de justice au ministère de la Culture, du septième arrondissement à la grande bataille de Paris. Elle se tient maintenant sur la place de la campagne électorale comme une statue vivante de la femme qui ne tombe pas. Autour d’elle, les feuilles tombent : feuilles des adversaires, feuilles des accusations, feuilles des pronostics. Mais elle reste, comme la lune, chaque nuit revenue pour rappeler aux Parisiens que certaines choses ne meurent pas.
Dans ses yeux se reflètent les lumières de la ville : la Tour Eiffel comme une comète terrestre, la Seine comme une artère argentée, les ponts de Paris comme des sourcils dessinés sur le visage du temps. Elle dit à ceux qui l’entourent : « Paris mérite une femme qui la rêve comme elle se rêve elle-même ». Et elle rêve Paris comme Baudelaire rêvait la femme : cité envoûtante, effrayante, désirée, qui ne se soumet qu’à celui qui sait embrasser sa complexité. Et vaincra-t-elle ? Les chiffres disent peut-être. Mais la lune ne se soucie pas des chiffres. Elle est là, debout, elle éclaire, même si ses feuilles meurent. Rachida Dati dans cette campagne est comme la lune dans une nuit parisienne : on ne peut l’ignorer, on ne peut l’éteindre, on ne peut que lever les yeux vers elle en se demandant : est-elle vraiment de ce monde, ou est-ce un rêve que Paris a tiré de son long sommeil ? Les jours passent vers le premier tour, et elle passe comme la lune dans son orbite : immobile dans son mouvement, changeante dans son immobilité. Et les gens dans les rues murmurent : « J’ai vu la lune cette nuit », « J’ai vu Rachida ». Et la nuit, quand elle enlève son lourd manteau, elle regarde par sa fenêtre Paris endormie, voit le reflet de son visage dans la vitre : femme et lune, ville et femme, enlacées dans l’attente d’une nouvelle aube.
