Par Mina Mansour, Paris
Charlie Chaplin a dit un jour
que la vie est une pièce de théâtre,
sans répétitions.
Alors il faut tout oser :
chanter, pleurer, danser, rire,
et, finalement, vivre
avant que le rideau ne se ferme pour toujours,
et, pire encore,
sans applaudissements.
Je l’ai compris ainsi.
Pour moi, la vie est une scène offerte au Souffle,
un passage unique
où mon âme traverse le monde voilée,
portant ses peurs, ses élans,
et ce désir secret de vérité.
Alors je chante,
même quand ma voix hésite.
Je pleure,
car mes larmes connaissent des prières
que les mots ignorent.
Je danse,
comme on s’abandonne au Mystère,
et je ris aux éclats
quand mon cœur choisit la lumière
plutôt que le poids.
Je vis.
Non pour retenir,
mais pour ressentir.
Avant que le rideau ne tombe,
avant que le silence ne me rappelle
à la Source première.
J’ai traversé l’épreuve ;
elle fut mon enseignante.
La solitude, mon initiation.
De mes blessures, j’ai ouvert des passages,
et du manque, j’ai fait un chemin.
Peu à peu,
mon rire est devenu offrande,
un fil léger tendu
entre moi et le monde.
J’ai aimé malgré la peur,
espéré malgré la fatigue.
Et quand certains s’éteignent avec le temps,
moi,
j’ai choisi de renaître encore.
D’aimer davantage,
de bâtir un foyer de présence,
et de croire que l’âme
ne connaît ni âge ni fin.
Aujourd’hui encore,
quelque chose en moi persiste,
comme un *dhikr* silencieux
répété au fond du cœur.
Car ce qui naît de l’Essentiel
ne disparaît jamais vraiment.
Alors je me souviens :
chaque jour peut être le dernier,
chaque souffle, un dépôt sacré.
Je vis comme si le voile
devait tomber demain,
avec la douceur grave
de celle qui connaît
la fragilité du temps.
Mais je fais le bien
comme si mon âme était éternelle.
Car, comme le disait Rûmî,
je ne suis pas une goutte perdue dans l’océan :
je suis l’océan
qui se reconnaît en moi.
Et Ibn ‘Arabî m’a appris
que le cœur n’a pas de forme fixe :
il devient ce qu’il aime.
Alors je façonne mon cœur
pour qu’il soit assez vaste
pour accueillir chaque visage
comme un reflet du Bien‑Aimé.
Je marche ainsi dans ce monde,
les pieds ancrés,
l’âme ouverte.
Voyageuse de passage,
habitée par l’éternité.
Je sème la lumière,
même sans la voir éclore.
Car l’âme qui aime vraiment
ne quitte jamais la scène :
elle change seulement de voile
et retourne, en silence,
vers l’Un,
le Vrai,
la Vérité.
Ô Souffle,
fais de nos cœurs un espace de Lumière.
Apprends‑nous l’Amour
qui unit sans frontières..
Que chaque pas
nous rapproche de l’Un.
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