Les monuments funéraires protohistoriques de l’Oriental marocain  

  Par Nouzha Boudouhou, chercheuse-Archéologue

La région du Maroc oriental possède un riche patrimoine funéraire protohistorique encore ignoré du grand public. Les multiples missions de prospection, ajoutés à des fouilles archéologiques, ont mis en lumière la remarquable variété et la densité de ce bien funéraire. Il ne concerne pas uniquement les monuments tumulaires mais également les mégalithes. Les différents types de tumuli n’ont pas cessé de nous questionner. Ils varient d’élémentaires à très évolués. Certains sont absents et ne sont pas répertoriés dans les classifications habituelles d’Afrique du Nord comme la sépulture mégalithique complexe mise au jour dans la nécropole de Tayadirt en Haute Moulouya, le tumulus de forme serre-joint ou encore les monuments à tours repérés récemment au sud de Bouarfa.  

Les tumuli à antennes, largement répandus au Sahara et au Sahel, trouvent également leur place dans nos investigations. La pénétration profonde d’une culture d’inspiration saharienne est à mettre en relation avec les déplacements des populations protohistoriques du sud vers le nord. La présence de ce type de tumuli à antennes dans l’Oriental marocain montre non seulement l’ouverture de cette zone aux influences culturelles propres aux zones présahariennes mais reflète, avant tout, un lien étroit entre les zones sahariennes et celles de l’Oriental marocain depuis l’époque protohistorique. Cette remarque s’impose aussi quant à la chambre sépulcrale construite et couverte en granit du tumulus complexe de Tayadirt qui présente quelque analogie avec les dolmens à couloir sous tumulus de l’Europe occidentale.

Le mobilier archéologique découvert dans cette sépulture, composé de différents artefacts, se rattachent au monde punique. Ils témoignent non seulement d’une influence orientale mais également celle de la Péninsule ibérique. La présence de ce mobilier de tradition non locale montre l’importance de la nécropole de Tayadirt et manifeste les contacts, grâce aux échanges entre les populations de la haute Moulouya et les centres côtiers de la Méditerranée. Toutes ces découvertes et bien d’autres montrent combien l’Oriental marocain était une zone ouverte à toutes les pénétrations culturelles et cultuelles. Il reste toutefois, à déterminer les limites géographiques de cette ouverture et son degré de pénétration, d’affiner notre connaissance des voies de communications anciennes et à résoudre la question de la chronologie. De nos jours, seulement deux catégories de monuments protohistoriques ont été repérées dans la zone orientale : les monuments dolméniques et les monuments tumulaires. 

Pour les monuments mégalithiques, il s’agit pour le moment des dolmens localisés dans la partie nord-est de la zone orientale. Aucun autre mégalithe, type menhir, cromlech, etc. n’a encore été signalé à ce jour. Bien que les monuments mégalithiques restent pour l’instant limités au sud-est d’Oujda, leur présence est d’une portée majeure. À ce jour, la prospection au sol a permis de distinguer deux groupes de dolmens de grande importance par leur typologie : 1/ un seul dolmen qualifié de complexe ; 2/ dolmens de forme simple regroupés en nécropoles isolées. Cela représente un fait nouveau dans le paysage protohistorique de l’Oriental marocain. Ces sépultures mégalithiques témoignent d’une nouvelle identité culturelle des hommes, de leurs modes de vie et de leurs cultes funéraires. Ces traces au sol présentent de façon indéniable une évolution dans le culte et une innovation dans les procédés d’inhumation des morts : inhumation liée à une pensée religieuse nouvelle et bien différente de celle des Ibéromaurusiens préhistoriques de la grotte de Taforalt et de celle d’Ifri n’Amar.

type de dolmen découvert au Maroc oriental

Pour les monuments tumulaires, l’ensemble des travaux effectués dans la région de l’Oriental en ont révélé un nombre considérable dans une variété typologique remarquable, allant du plus simple au plus complexe. Ce sont les monuments les plus couramment exposés, regroupés en nécropole ou isolés selon les zones d’implantation. La présentation dans un catalogue des divers types repérés à l’heure actuelle permettra au lecteur d’avoir une idée précise des nombres, des variétés et des divers rites qui ont été pratiqués en ces monuments.

Ces tumuli, du fait de leur extraordinaire densité et variété, n’ont pas cessé de surprendre. Les différents types de monuments répertoriés jusqu’à présent, dont certains sont inédits, ont donné une idée générale de leur variété et de la richesse de la région en matière de vestiges tumulaires. On retiendra, les tombes en silo et les haouanet de la nécropole de Taza, les tumuli à antennes et la sépulture avec aménagement architectural au mobilier d’influence punique, les tumuli à tours et bien d’autres. Ces vestiges représentent des modes de sépulture des plus originaux car on ne les trouve ni dans le nord du Maroc ni pour certains dans l’Afrique du Nord. Ils prouvent aussi l’ouverture de cette aire géographique aux influences des zones steppiques, de la zone carthaginoise, mais aussi ibérique :

1– aux influences des zones steppiques par la présence des tumuli à antennes qui n’ont été reconnus que dans ces zones. Ce type de monument, sans doute venu du sud, semble caractériser les régions orientales du Maroc ; 

2– aux influences de la zone carthaginoise par la présence de différents objets de parure trouvés dans la sépulture à aménagement architectural et dont la plupart se rattachent au monde punique ;

3– aux influences ibériques par la présence de tombes en forme de silo et d’haouanet, signalés à Taza. Ces tombes sont identiques aux sépultures localisées en Espagne, et plus particulièrement en Andalousie.

Sur le plan chronologique, bien que dépourvues d’empreintes précises, les données recueillies dans cette étude régionale ont permis d’établir certains faits. Les modes d’inhumation sont très certainement le reflet d’un fait cultuel ; ils peuvent répondre à une évolution dans le temps et dans les coutumes.

Il est donc à espérer que des fouilles futures, comprenant des analyses scientifiques, ainsi que les prospections que j’effectue, permettront de définir une chronologie plus précise et apporteront des données complémentaires afin, peut-être, d’enrichir les classifications typologiques et nos connaissances sur la population protohistorique de l’Oriental marocain.

type des tumuli découvert au Maroc oriental

📲 Partager sur WhatsApp

One thought on “Les monuments funéraires protohistoriques de l’Oriental marocain  

  1. Un article passionnant et remarquablement documenté, qui met en lumière avec finesse la richesse des monuments funéraires protohistoriques au Maroc. L’analyse est à la fois rigoureuse, accessible et profondément enrichissante, offrant un regard précieux sur les pratiques funéraires et les sociétés anciennes de la région. Le travail de cette archéologue formidable témoigne d’une grande maîtrise scientifique et d’une véritable sensibilité pour le patrimoine historique marocain. Une contribution essentielle à la valorisation et à la compréhension de notre héritage protohistorique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *