Cheffe du Gouvernement du Royaume du Maroc
Pour un Gouvernement à la hauteur d’un moment historique
Un appel d’espoir pour le Maroc à l’horizon 2030
Madame la Cheffe du Gouvernement,
Permettez-moi, en premier lieu, de vous adresser mes félicitations les plus sincères, les plus respectueuses et les plus chaleureuses à l’occasion de votre nomination par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, à la tête du Gouvernement du Royaume.
Votre nomination, intervenue le 29 septembre 2026, constitue un événement inédit. Par cette décision souveraine, vous devenez la première femme appelée à présider aux destinées du Gouvernement, consacrant ainsi une avancée démocratique et institutionnelle majeure pour l’ensemble de la Nation.
En choisissant de vous confier la direction du pouvoir exécutif, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a posé un acte fondateur qui s’inscrit en lettres d’or dans les annales de l’histoire politique contemporaine du Maroc. Ce moment inédit ne représente pas seulement une victoire pour la représentativité et la modernisation de nos institutions ; il incarne une grande promesse. L’immensité des défis économiques et sociaux qui attendent notre chère patrie – et que j’évoquerai plus loin – exige désormais une gouvernance audacieuse, juste et résolue.
Il convient de mesurer toute la portée de cet événement. Il ne s’agit pas seulement d’une première historique liée à la condition féminine. Il s’agit également d’un moment institutionnel majeur, intervenant au terme d’élections législatives qui ont profondément redessiné le paysage parlementaire national et placé votre formation, le Parti Authenticité et Modernité, en tête du scrutin.
Vous voici donc placée devant une double responsabilité :
– celle de faire entrer une femme dans l’Histoire de la direction gouvernementale du Royaume ;
– et celle de conduire le pays dans une nouvelle étape de son développement politique, économique, social, culturel et diplomatique.
C’est cette seconde dimension qui m’autorise, avec tout le respect dû à votre haute fonction, à vous adresser cette lettre.
Pourquoi cette lettre ?
D’abord, parce qu’une lettre ouverte n’est nullement, par définition, une lettre polémique, accusatoire ou adressée à une personne critiquable. Son critère essentiel est ailleurs : elle est adressée à un destinataire déterminé, mais volontairement rendue publique parce que son contenu présente un intérêt général. Et c’est précisément le cas d’espèce en m’adressant à vous.
Ensuite, je ne vous écris ni au nom d’un parti politique, ni dans celui d’une quelconque coalition, ni dans une perspective de compétition politique.
Je vous écris en citoyen. Mais je vous écris aussi en politologue et en historien. Et c’est précisément cette double qualité qui m’impose, à mes yeux, un devoir d’éclairage intellectuel lorsque s’ouvre devant notre pays une séquence politique aussi importante.
Je voudrais donc que cette lettre soit comprise pour ce qu’elle entend être :
– non pas une injonction ;
– non pas une critique ;
– non pas un programme partisan ;
– mais une contribution intellectuelle à la réflexion nationale sur les conditions de réussite du prochain Gouvernement.
Ma démarche repose sur trois raisons fondamentales.
Première raison : une exigence patriotique et morale
Je considère qu’un citoyen conscient ne saurait demeurer silencieux lorsqu’une étape décisive de la vie nationale s’ouvre devant lui. Le patriotisme ne consiste pas uniquement à applaudir les réussites de son pays. Il consiste aussi, lorsque les circonstances l’exigent, à mettre loyalement sa réflexion, son expérience et sa connaissance au service de l’intérêt général. C’est dans cet esprit que je vous adresse cette lettre.
Deuxième raison : une responsabilité particulière d’historien
Je me permets également de prendre la parole à partir d’un parcours intellectuel qui m’a conduit à consacrer une partie essentielle de mes travaux à l’histoire politique contemporaine du Maroc.
Je suis, à ce titre, l’auteur de biographies consacrées aux trois premiers Souverains du Maroc indépendant et le premier biographe-historien de la dynastie régnante à entreprendre, en langue française, une lecture historique de la continuité dynastique depuis les Idrissides.
Cette entreprise n’est pas pour moi un simple travail d’écriture. Elle correspond à une conviction profonde : comprendre le Maroc contemporain exige de replacer chaque étape de son histoire dans la longue durée de l’État marocain, de sa monarchie, de ses institutions, de sa société et de ses transformations.
Troisième raison : un devoir d’éclairage intellectuel
Enfin, ma démarche s’inscrit dans une conception particulière de la diplomatie académique et de la responsabilité intellectuelle. Depuis septembre 1999, alors que le Maroc était encore en deuil, j’ai eu l’insigne honneur de recevoir de Sa Majesté le Roi Mohammed VI – que Dieu Le protège – une haute orientation concernant le rôle que peuvent jouer la connaissance, l’histoire, la recherche, les universitaires et les intellectuels dans le rayonnement du Maroc, d’abord au niveau national, puis dans son ouverture internationale. Je ne saurais trahir cette confiance royale inappréciable.
Du reste, cette conception m’a toujours conduit à considérer que l’intellectuel marocain ne doit pas être seulement un commentateur de l’Histoire. Il peut également contribuer à éclairer les choix du présent à la lumière de l’Histoire. C’est donc dans cet esprit, et dans cet esprit seulement, que je vous adresse aujourd’hui cette contribution.
Un Gouvernement né dans une conjoncture exceptionnelle
Madame la Cheffe du Gouvernement,
Votre Gouvernement ne naîtra pas dans une période ordinaire. Il naîtra dans un monde profondément bouleversé. Les relations internationales connaissent une fragmentation croissante. Les différends territoriaux persistent. Les conflits armés se prolongent ou se déplacent. Les rapports de puissance connaissent de profondes transformations. Le droit international lui-même est fréquemment sollicité, contesté ou interprété dans des contextes de confrontation politique.
Le Maroc ne peut évidemment se soustraire à cette réalité internationale. Mais il doit y répondre à partir de ses propres constantes :
– la stabilité de l’État ;
– la continuité monarchique ;
– la souveraineté nationale ;
-L’ouverture internationale ;
– la solidarité sociale ;
– la modernisation économique ;
– et la préservation de son identité historique et civilisationnelle.
À cette conjoncture extérieure s’ajoute une situation intérieure qui exige également une attention particulière. Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont produit une nouvelle configuration parlementaire. Cette configuration appelle nécessairement la culture du dialogue politique et parlementaire. Mais ce dialogue doit s’inscrire dans la pleine connaissance de la nature constitutionnelle du régime marocain.
Le Royaume est, aux termes de l’article premier de la Constitution de 2011, « une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale ». Le régime constitutionnel repose sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs, ainsi que sur la démocratie citoyenne et participative et les principes de bonne gouvernance.
Cette architecture ne saurait être dissociée des prérogatives constitutionnelles propres à Sa Majesté le Roi, Chef de l’État, garant de la pérennité de l’État, de la continuité des institutions, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, et arbitre suprême entre les institutions. Le Gouvernement doit donc agir dans le cadre de cette monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, selon l’équilibre institutionnel propre au Royaume. C’est précisément pourquoi la majorité comme l’opposition ont une responsabilité particulière dans la préservation de cet équilibre.
Les constantes de la Nation et les impératifs de la nouvelle étape
Madame la Cheffe du Gouvernement,
La période postélectorale dans laquelle vous allez devoir constituer et conduire votre Gouvernement appelle, à mon sens, une attention particulière à ce que j’appellerais les trois grands impératifs de cohésion nationale : l’impératif spirituel, l’impératif politico-constitutionnel et l’impératif socioculturel.
Ces impératifs ne sont nullement incompatibles avec la modernité. Bien au contraire. Ils peuvent en constituer le cadre de cohésion. La Constitution elle-même rappelle que la Nation s’appuie sur des constantes fédératrices, parmi lesquelles figurent la religion musulmane modérée, l’unité nationale plurielle, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique. Elle définit également l’identité nationale comme une identité une et indivisible, enrichie de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, ainsi que de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.
Ces constantes ne devraient donc jamais être conçues comme des obstacles à la modernité. Elles constituent plutôt les fondations culturelles et constitutionnelles sur lesquelles la modernité marocaine peut continuer à s’édifier. La véritable exigence est celle de leur conciliation harmonieuse :
tradition et modernité ;
spiritualité et rationalité ;
identité et ouverture ;
unité et pluralisme ;
autorité et responsabilité ;
liberté et respect ;
modernisation et enracinement.
C’est cette capacité de conciliation qui permet au Maroc de demeurer fidèle à lui-même tout en avançant. Et c’est pourquoi je crois qu’il serait particulièrement important, au lendemain des élections, de prévenir toute tension inutile autour de ces questions. Le prochain Gouvernement gagnerait à ne laisser aucun espace à une confrontation artificielle entre modernité et identité nationale. Car le Maroc n’a pas à choisir entre les deux. Il doit les conjuguer.
Le dialogue avec l’opposition : prévenir la surenchère plutôt que la subir
Je voudrais ici appeler votre attention sur une donnée politique qui pourrait prendre une importance particulière durant la prochaine législature. Une partie significative de l’opposition parlementaire affirme déjà avec insistance son attachement aux valeurs islamiques et aux constantes fondamentales de la Nation. Cette affirmation relève naturellement du débat politique légitime.
Mais il existe toujours un risque, dans une période postélectorale, que la compétition politique se transforme en surenchère identitaire ou axiologique, chaque formation cherchant à démontrer qu’elle serait plus attachée que les autres à l’Islam, aux constantes nationales ou à la défense de l’identité marocaine. Ce phénomène pourrait être politiquement coûteux s’il conduisait à imputer au futur Gouvernement des intentions ou des positions qu’il n’aurait jamais adoptées.
Il serait donc infiniment préférable de prévenir cette confrontation plutôt que de devoir la combattre une fois installée. C’est ici, Madame la Cheffe du Gouvernement, que votre propre personnalité peut devenir un atout politique et symbolique considérable.
Fatima Zahra : un prénom qui peut devenir un symbole de rassemblement
Permettez-moi ici une remarque qui pourrait paraître, de prime abord, personnelle, mais qui revêt, à mes yeux, une portée politique et culturelle. Votre nom complet porte en lui une charge symbolique particulièrement forte dans la civilisation arabo-islamique.
Fatima al-Zahra – فاطمة الزهراء- renvoie à une figure éminemment vénérée de l’histoire islamique : Fatima, fille du Prophète Mohammed, paix et salut sur lui, et de Khadija, épouse de Ali ibn Abi Talib et mère d’Al-Hassan et d’Al-Hussein. Votre prénom Fatima – فاطمة – dérive de la racine arabe fatama (فطم), qui renvoie notamment au sevrage et, par extension, à l’idée de séparation, de retenue ou d’abstention. Quant à al-Zahra – الزهراء –, le qualificatif évoque la clarté, l’éclat, la luminosité et la beauté resplendissante.
Il y a donc, dans la combinaison de ces deux éléments, une remarquable symbolique :
Fatima : la retenue, la préservation, la maîtrise ;
al-Zahra : la lumière, la clarté, le rayonnement.
Je me permets de vous suggérer de ne pas considérer cette dimension comme un simple élément nominal de votre identité. Vous pourriez, avec intelligence et subtilité, en faire un langage de rassemblement. Non pas pour entrer dans une compétition religieuse avec ceux qui se proclament les gardiens les plus vigilants de l’Islam. Mais précisément pour démontrer que l’attachement aux valeurs islamiques et aux constantes nationales n’appartient à aucun parti, à aucune famille politique et à aucune opposition. Il appartient à l’histoire et à l’identité du Royaume. Vous pourriez ainsi, sans polémique et sans surenchère, rappeler que la modernité gouvernementale n’est nullement synonyme de rupture avec les valeurs spirituelles du Maroc. Et que l’ouverture, la tolérance, l’égalité, la dignité, la justice sociale et la modernisation de l’État peuvent parfaitement s’inscrire dans un Maroc profondément attaché à son identité islamique.
Votre prénom pourrait alors devenir, avec la discrétion et la hauteur qui conviennent à une Cheffe du Gouvernement, un symbole de dialogue entre l’identité et la modernité plutôt qu’un instrument de confrontation entre elles. La lumière n’a pas besoin de crier pour être visible. Et la clarté n’a pas besoin de polémique pour convaincre. Puisse donc Fatima vous inspirer la maîtrise et la préservation nécessaires dans la conduite des affaires publiques, et al-Zahra vous accompagner symboliquement dans la recherche de la clarté, de la sérénité et de la luminosité des décisions gouvernementales.
De la victoire électorale à la responsabilité gouvernementale
Votre formation politique a remporté les élections. Mais une victoire électorale ne constitue pas encore une politique gouvernementale. Elle crée une responsabilité. La véritable question qui vous attend désormais n’est donc plus : « Qui a gagné les élections ? » Mais : « Qu’allons-nous faire de cette victoire au service de tous les Marocains ? »
Cette distinction me paraît capitale. Le Gouvernement qui se prépare devra être celui de l’ensemble de la Nation. Il devra naturellement respecter les équilibres issus des urnes, mais il devra également dépasser les frontières électorales qui séparent les partis. Car les problèmes du Maroc ne votent pas. Le chômage ne vote pas. Le pouvoir d’achat ne vote pas. La maladie ne vote pas. Le décrochage scolaire ne vote pas. Les inégalités territoriales ne votent pas. Les défis de la jeunesse ne votent pas. La question du Sahara ne vote pas. Et les bouleversements géopolitiques qui affectent notre environnement international ne votent pas davantage. Le Gouvernement, lui, devra répondre à tous.
Une opposition constitutionnelle, légitime et constructive
Il convient ici de corriger une formulation qui pourrait prêter à confusion. Le Maroc n’est pas simplement un régime où la majorité gouverne et où l’opposition critique. La Constitution de 2011 a conféré à l’opposition parlementaire un statut constitutionnel spécifique, en lui garantissant des droits destinés à lui permettre d’exercer pleinement ses missions au sein du travail parlementaire et de la vie politique.
Elle lui reconnaît notamment des droits en matière de liberté d’opinion et d’expression, de participation à la procédure législative, de contrôle de l’action gouvernementale et de représentation parlementaire. Elle lui assigne également une responsabilité particulière : contribuer de manière active et constructive au travail parlementaire.
C’est pourquoi je souhaiterais que s’installe, dès le commencement de la prochaine législature, une véritable culture de l’entente institutionnelle. L’opposition ne doit pas être considérée comme l’ennemie de la majorité. Et la majorité ne doit pas considérer toute critique comme une attaque contre sa légitimité.
Le contrôle parlementaire peut renforcer l’action gouvernementale. La critique argumentée peut corriger les erreurs. La contradiction peut améliorer les politiques publiques. Et l’entente nationale sur les grandes questions peut dépasser les frontières partisanes. Sa Majesté le Roi a d’ailleurs souligné l’importance d’un Parlement où le dialogue constructif et le respect du statut juridique de l’opposition puissent contribuer à l’excellence de la vie politique nationale. C’est donc à une véritable culture de la coopération institutionnelle, dans le respect des rôles respectifs, que je vous invite.
L’horizon 2030 : plus qu’une échéance, un rendez-vous national
L’année 2030 doit, à mes yeux, être considérée comme davantage qu’une date sportive ou événementielle. Elle constitue un horizon de transformation nationale. Le Maroc devra alors être capable de présenter au monde non seulement des infrastructures modernes, mais également une société plus équilibrée, une économie plus inclusive, une jeunesse davantage intégrée et une image internationale correspondant à ses ambitions. Le véritable défi sera donc de faire converger :
– l’économie et le social ;
– la modernisation et la justice ;
– la croissance et l’emploi ;
– la compétitivité et la protection sociale ;
– le développement territorial et l’unité nationale ;
– la puissance diplomatique et l’attractivité économique ;
– la modernité et l’identité.
Autrement dit : un Maroc qui avance à une seule vitesse. Cette formule me paraît essentielle. Le Maroc de demain ne pourra durablement accepter que certaines catégories, certains territoires ou certaines générations avancent beaucoup plus vite que d’autres.
Les grands chantiers d’un nouveau contrat gouvernemental
C’est ici que je souhaiterais soumettre à votre réflexion quelques grandes priorités. Non comme un programme partisan. Mais comme un socle possible de réflexion gouvernementale.
1- La jeunesse et l’emploi
La jeunesse doit devenir l’une des premières priorités de l’action gouvernementale. Elle ne demande pas seulement des discours. Elle demande une perspective. Il faudra donc renforcer les politiques de création d’emplois, de formation professionnelle, d’entrepreneuriat, d’innovation et d’accompagnement des jeunes diplômés comme des jeunes sans qualification. La question de l’emploi doit être pensée simultanément comme une question économique, sociale et démocratique.
2- La santé
La réforme du système de santé ne saurait être considérée comme achevée avec l’élargissement de la couverture. Elle doit désormais viser la qualité, l’accessibilité territoriale, la disponibilité des médecins et des personnels de santé, la modernisation hospitalière et la réduction des disparités entre les territoires. La protection sociale doit devenir une réalité effectivement vécue par le citoyen.
3-L’enseignement
Il n’existe pas de souveraineté durable sans souveraineté éducative. L’école marocaine doit donc redevenir l’un des grands instruments de mobilité sociale, d’égalité des chances et de préparation à l’économie de demain. La réforme devra porter simultanément sur :
– la qualité de l’enseignement ;
– la formation des enseignants ;
– la maîtrise des langues ;
– le numérique ;
– les sciences ;
– la formation professionnelle ;
– et l’adéquation entre formation et emploi.
4-Le pouvoir d’achat
La question du pouvoir d’achat constitue désormais une question centrale de stabilité sociale. Il faudra rechercher un équilibre entre soutien aux ménages, maîtrise des coûts, amélioration des revenus, concurrence, productivité et efficacité des politiques publiques. L’objectif ne devrait pas être uniquement de compenser ponctuellement les difficultés, mais de créer les conditions permettant à une part croissante des citoyens de vivre de revenus suffisamment solides.
5- L’élargissement de la classe moyenne
La consolidation d’une classe moyenne large constitue, à mes yeux, l’un des grands indicateurs de réussite d’une politique publique. Une classe moyenne forte signifie davantage de consommation, d’investissement, de stabilité sociale, d’épargne, d’éducation et de mobilité. Le Maroc devra donc poursuivre une politique permettant aux catégories populaires d’accéder progressivement à la classe moyenne et à celle-ci de ne pas basculer dans la précarité.
6- L’investissement et la création de valeur
L’investissement ne doit pas être évalué uniquement par son volume. Il doit être apprécié également par sa capacité à créer de l’emploi, de la valeur ajoutée, de l’innovation, des compétences, des entreprises marocaines et un développement territorial équilibré. Le grand chantier des infrastructures liées à 2030 devra ainsi devenir un accélérateur durable de compétitivité et non une parenthèse économique.
Le Sahara : de la défense de la cause à la préparation de l’avenir
Il serait impossible, à mes yeux, de réfléchir au prochain Gouvernement sans évoquer la question du Sahara marocain. La diplomatie marocaine a consacré plusieurs décennies à la défense de l’intégrité territoriale. Une nouvelle étape devra cependant progressivement se dessiner : celle où la réflexion portera également sur la mise en œuvre, lorsque les conditions politiques et juridiques seront réunies, de la vision d’autonomie proposée par le Royaume.
Cela exigera naturellement des compétences diplomatiques et juridiques. Mais pas seulement. Il faudra également mobiliser l’économie, la culture, l’aménagement territorial, l’éducation, la recherche et les compétences humaines. Il faudra surtout comprendre profondément les sociétés concernées. C’est pourquoi je reste convaincu qu’une future architecture gouvernementale gagnerait à accorder une place particulière à l’intelligence culturelle, historique et anthropologique du Sahara.
La question n’est pas simplement de représenter le Sahara. Il s’agit de le comprendre pour mieux préparer son avenir. C’est dans cette perspective que l’expérience de personnalités profondément enracinées dans les provinces du Sud, tout en possédant une longue expérience des institutions nationales, pourrait constituer une ressource précieuse pour le futur Gouvernement.
Une diplomatie à la hauteur d’un Maroc devenu acteur international
Le Maroc de 2030 ne pourra pas avoir une politique étrangère réduite à la seule gestion des crises. Il devra continuer à développer une diplomatie multidimensionnelle : politique, économique, culturelle, universitaire, religieuse, parlementaire, africaine, méditerranéenne et atlantique.
Cette diplomatie devra également mieux articuler l’action de l’État avec les capacités des universités, des chercheurs, des think tanks, des acteurs économiques et de la société civile. C’est dans cette perspective que je continue personnellement à défendre la notion de diplomatie académique et de diplomatie parallèle, conçues non comme des substituts à la diplomatie officielle, mais comme des instruments complémentaires de rayonnement intellectuel et culturel.
Une révolution marocaine qui exige une nouvelle génération de gouvernance
Depuis l’accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Trône, le Maroc a connu une transformation profonde. Cette transformation a touché des domaines aussi divers que :
– les infrastructures ;
– la modernisation territoriale ;
– la réforme sociale ;
– la protection sociale ;
– la politique africaine ;
– la diplomatie ;
– les énergies renouvelables ;
– la transformation numérique ;
– la réforme institutionnelle ;
– le développement des provinces du Sud ;
– et le rayonnement international du Royaume.
Ce mouvement n’est pas achevé. Il se poursuit. Il se transforme. Il appelle désormais une gouvernance capable d’accompagner le rythme de cette évolution. C’est ce que j’appelle, dans mes travaux, la Révolution d’un Roi : non pas une révolution de rupture, mais une transformation progressive, profonde et continue de l’État, de la société et de la place du Maroc dans le monde.
Le prochain Gouvernement devra donc être capable de se mettre au rythme de cette transformation. Il devra accompagner le cheminement royal sans jamais perdre de vue que la finalité ultime de toute politique publique demeure l’amélioration concrète de la vie des citoyens.
Vers un Gouvernement de rassemblement national dans le cadre constitutionnel
Madame la Cheffe du Gouvernement,
Je souhaiterais que votre future équipe puisse incarner une idée simple : Gouverner pour tous sans gouverner contre personne. Cela ne signifie évidemment pas renoncer aux choix politiques issus des urnes. Cela signifie comprendre que la légitimité électorale doit conduire à la responsabilité nationale. Votre Gouvernement aura besoin d’une majorité. Mais le Maroc aura besoin d’un dialogue plus large que la majorité.
Je souhaiterais donc que s’installe une véritable culture de l’entente nationale sur les grands dossiers stratégiques. L’opposition pourrait ainsi devenir une force de contrôle constructive. La majorité pourrait accepter la critique sans y voir une menace. Et les deux pourraient se retrouver sur les questions qui dépassent naturellement les alternances :
– la monarchie constitutionnelle ;
– l’intégrité territoriale ;
– la stabilité du Royaume ;
– la jeunesse ;
– l’éducation ;
– la santé ;
– la protection sociale ;
– la modernisation économique ;
– et la préparation de 2030.
Ce serait peut-être là l’une des manifestations les plus mûres de notre vie parlementaire.
Mon appel : transformer un moment historique en espoir national
Madame la Cheffe du Gouvernement,
Vous êtes entrée dans l’Histoire par votre nomination. Mais l’Histoire ne jugera pas seulement le caractère inédit de cette nomination. Elle jugera ce que cette première aura permis d’accomplir. C’est pourquoi je souhaiterais que votre Gouvernement puisse devenir non simplement le premier Gouvernement dirigé par une femme, mais un Gouvernement capable de franchir un nouveau seuil dans l’histoire du développement du Maroc. Un Gouvernement :
– plus proche du citoyen ;
– plus attentif à la jeunesse ;
– plus efficace économiquement ;
– plus juste socialement ;
– plus audacieux culturellement ;
– plus cohérent diplomatiquement ;
– plus ouvert au dialogue parlementaire ;
– plus respectueux des constantes spirituelles, constitutionnelles et culturelles du Royaume ;
– et pleinement inscrit dans la continuité de la transformation engagée sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Tel est le sens véritable de cette lettre. Elle n’est ni une critique anticipée, ni une demande personnelle, ni une prise de position partisane. Elle est un appel d’espoir. L’espoir que cette expérience gouvernementale inédite puisse être une réussite. L’espoir que le Maroc puisse franchir, à l’horizon 2030, un nouveau seuil de prospérité, de justice sociale, de cohésion et de rayonnement. L’espoir enfin que la prochaine majorité gouvernementale sache comprendre que sa responsabilité dépasse les intérêts de sa seule majorité. Elle concerne la Nation tout entière.
Conclusion
Madame la Cheffe du Gouvernement,
Vous avez désormais devant vous une responsabilité qui est à la fois politique, institutionnelle et historique. C’est avec une conscience aiguë de la charge historique individuelle qui repose désormais sur vos épaules que je formule ce vœu : puisse votre Gouvernement s’élever à la hauteur du moment historique qui l’enfante et s’aligner sur la mesure des grandes ambitions que nourrit pour lui Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Qu’il sache transformer l’inédit en durable.
Votre nomination et la confiance royale créent une obligation d’excellence dont vous êtes désormais la garante. Chaque arbitrage que vous rendrez, chaque position que vous prendrez, chaque réforme que vous conduirez et chaque politique publique que vous déploierez seront le miroir de cette double exigence. Les attentes de la Nation sont incommensurables, et votre leadership se doit d’y répondre avec la sagesse et la pondération requises.
La première femme à la tête du Gouvernement ne doit pas seulement constituer une première dans les livres d’histoire. Elle peut devenir le symbole d’un Maroc qui avance. Un Maroc qui ne laisse aucune génération derrière lui. Un Maroc qui ne laisse aucun territoire à une vitesse différente. Un Maroc qui conjugue croissance et justice. Un Maroc qui protège les plus vulnérables sans décourager l’initiative. Un Maroc qui prépare sa jeunesse plutôt que de simplement lui parler. Un Maroc qui assume son histoire tout en préparant son avenir. Un Maroc qui dialogue avec son opposition tout en demeurant fidèle à ses constantes. Un Maroc qui poursuit sa transformation avec confiance. Et surtout : Un Maroc qui avance harmonieusement à une seule vitesse. C’est ce Maroc-là – à l’instar de tous les Marocains- que je souhaite voir se construire à l’horizon 2030. Et c’est au nom de cet espoir, plus qu’au nom de toute autre considération, que je vous adresse aujourd’hui cette lettre ouverte, en vous réitérant mes vives et sincères félicitations.
Veuillez agréer, Madame la Cheffe du Gouvernement, l’expression de ma très haute considération.
Pr. Issa Babana El Alaoui
Politologue – Historien – Professeur-chercheur
Juriste en droit international

Nous souhaitons plein succes au cheffe de gouvernement.Certes c est le moment de salut et du travail. Tout marocain souhaite le changement, l amélioration de son mode de vie.l heure est arrivée avec le retour au GMT. Plein succes et félicitations
L’appel d’espoir de notre cher historien et politologue, que nous sommes nombreux à partager, mérite d’être entendu et porté avec fidélité à la volonté Royale et à l’intérêt de notre chère Patrie.
Excellente décision qui sera favorable à un plus grand équilibre
dans le monde arabe et renforcera
le rôle du Maroc..
C’est une victoire pour le Maroc. La victoire du changement, du progrès et de la justice.
Merci pour cette lettre ouverte vers l’espoir d’un Maroc meilleur.
Cher Pr BABANA El ALAOUI , votre « Lettre ouverte » à notre Cheffe du Gouvernement insiste sur toutes les questions qui préoccupent toutes Marocaines et tout Marocains libres, dignes d’appartenir à ce Maroc UNIQUE, RICHE, par son Histoire, sa Culture ,ses Monarques, et par ses caractéristiques particulières dont l’a doté ALLAH le Tout Puissant. Bravo cher Professeur.
Merci pour ces souhaits cet ESPOIR d’un Maroc plus florissant , plus uni , plus ouvert , plus prospère, plus rayonnant , plus moderne et toujours respectueux de sa Religion et fière de son ISLAM modéré !