FRANCE-MAROC 2026 : UN MÊME HORIZON VERS 2030

Quand la société civile investit le champ international : la diplomatie culturelle comme levier de souveraineté et de rayonnement

Par Pr. Issa Babana El Alaoui Politologue, Historien-Maroc

Et maintenant que vont-ils faire les Lions de l’Atlas de tout ce temps qui leur reste d’ici 2030, après avoir été éliminés par l’équipe de France, donc privés de la coupe du Monde 2026. J’espère que Gilbert Bécaud ne me poursuivra pas de sa tombe pour droits d’auteur en lui empruntant cette phrase de sa célèbre chanson : « Et maintenant ». Réponse, maintenant et désormais l’équipe des LIONS marocains continueront tout simplement leur avancée historique après avoir chuté comme un brave cheval de course qui se relève aussitôt pour continuer la compétition, avec plus d’ardeur et de ferveur, sans avoir la moindre velléité de s’arrêter en si beau chemin. Car dès maintenant la Coupe du monde 2026 restera comme une nouvelle étape dans la maturation du football international.

Si le quart de finale opposant la France au Maroc s’est soldé par la qualification des Bleus, il a également consacré la confirmation d’une réalité désormais difficilement contestable : les Lions de l’Atlas appartiennent durablement au cercle des grandes nations du football mondial. La victoire française ne saurait occulter la qualité de la prestation marocaine. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le Maroc a opposé à l’une des sélections les plus expérimentées du monde une organisation collective remarquable, une discipline tactique constante et une détermination qui ont confirmé les progrès accomplis depuis plusieurs années. L’élimination ne diminue en rien la valeur d’une équipe qui a su défendre avec honneur les couleurs de son pays et, au-delà, celles du football africain et arabe.

Cette Coupe du monde a livré un enseignement majeur. Les hiérarchies traditionnelles continuent certes d’exister, mais elles ne sont plus immuables. Plusieurs puissances historiques du football mondial ont quitté prématurément la compétition, tandis que le Maroc s’est maintenu jusqu’au cercle des meilleures équipes du tournoi. Cette performance n’est pas le fruit du hasard ; elle résulte d’une politique sportive cohérente, d’investissements durables dans la formation, d’une stabilité technique et d’une vision stratégique inscrite dans le temps. Les Lions de l’Atlas ont ainsi confirmé qu’ils ne sont plus les auteurs d’un exploit isolé, mais les représentants d’une école de football en pleine maturité. Leur parcours démontre que l’Afrique dispose désormais de sélections capables de rivaliser régulièrement avec les meilleures nations européennes et sud-américaines.

La France, de son côté, a une nouvelle fois illustré les qualités qui font sa réputation depuis plusieurs décennies : profondeur de l’effectif, maîtrise des grands rendez-vous, culture de la victoire et capacité à gérer la pression des compétitions à élimination directe. Son succès face au Maroc ne relève pas uniquement de la supériorité technique ; il traduit également une longue expérience acquise au plus haut niveau international. Loin d’opposer les deux équipes, ce quart de finale a montré la convergence de deux modèles de réussite. D’un côté, une nation qui s’inscrit durablement parmi les références du football mondial ; de l’autre, une puissance émergente qui confirme, compétition après compétition, son accession au premier rang. Cette rencontre fut aussi celle du respect mutuel.

Les déclarations des acteurs des deux camps ont témoigné d’une estime réciproque, fondée sur la qualité du jeu, l’engagement des joueurs et l’esprit sportif qui a animé cette confrontation. Dans le football contemporain, où la rivalité n’exclut pas la reconnaissance de l’adversaire, cette attitude mérite d’être soulignée. L’horizon se dessine désormais vers 2030. Pour le Royaume du Maroc, l’organisation de la Coupe du monde, conjointement avec l’Espagne et le Portugal, constitue un rendez-vous historique.

Accueillir la finale sur le sol marocain, si cette perspective se concrétise, représenterait bien davantage qu’un événement sportif : ce serait l’aboutissement d’un long processus de modernisation des infrastructures, de professionnalisation des institutions sportives et de reconnaissance internationale du football marocain. L’objectif ne devra plus être seulement de participer honorablement à la compétition, mais de prétendre légitimement au dernier carré, voire davantage. Les performances réalisées depuis plusieurs années autorisent désormais cette ambition.

Au terme de cette Coupe du monde, la France peut nourrir l’espoir de poursuivre son parcours vers un nouveau titre mondial. Le Maroc, quant à lui, quitte la compétition avec un capital autrement plus précieux qu’une simple qualification : celui de la crédibilité internationale. Dans le regard des observateurs comme dans celui de ses adversaires, il est devenu une grande nation de football. Le véritable vainqueur de ce quart de finale est peut-être l’avenir lui-même. Car si la France a confirmé son rang, le Maroc a confirmé son destin. Et c’est précisément cette double confirmation qui donne à ce match une portée dépassant largement le seul résultat sportif, les statistiques et les performances.

📲 Partager sur WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *