L’école marocaine face à son paradoxe : beaucoup de programmes, mais pas suffisamment de savoirs

ABOUDOU CHOUAIB, Romancier et critique littéraire

1- L’éducation, un enjeu stratégique pour l’avenir du Maroc

Le développement économique d’un pays ne dépend pas uniquement de ses ressources naturelles, de ses infrastructures ou de ses investissements. Il repose également, et surtout, sur la qualité de son capital humain, la maîtrise des connaissances scientifiques et la capacité de sa population à innover.

La comparaison entre le Maroc et la Chine illustre parfaitement cet enjeu. En 1980, le PIB par habitant du Maroc atteignait environ 1 110 dollars, contre 195 dollars pour la Chine. Le Maroc disposait ainsi d’un revenu par habitant près de 5,7 fois supérieur à celui de la Chine, selon les données historiques de la Banque mondiale, exprimées en dollars courants.

Quarante-six ans plus tard, les trajectoires des deux pays sont profondément différentes. La Chine est devenue une puissance industrielle, technologique et scientifique majeure, tandis que le Maroc poursuit sa recherche d’un modèle de développement capable de produire davantage de richesse, de productivité et d’emplois qualifiés. 

Cette évolution ne s’explique pas uniquement par l’éducation. Les stratégies industrielles, les institutions, les investissements, l’ouverture économique et les politiques publiques ont également joué un rôle déterminant. Toutefois, elle met en évidence une réalité fondamentale : aucun pays ne peut construire durablement sa puissance économique sans investir dans le savoir, la science et l’innovation. 

L’école constitue donc une infrastructure stratégique du développement national. Elle ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais former des individus capables de réfléchir, de comprendre, de résoudre des problèmes, de créer et de s’adapter aux transformations économiques et technologiques. Or, l’un des principaux paradoxes du système éducatif marocain réside dans le décalage entre la quantité d’enseignements dispensés et la qualité des apprentissages réellement acquis.

Le Maroc semble parfois accorder davantage d’importance au nombre de matières, à la densité des programmes, aux heures de cours et à l’achèvement des chapitres qu’à la maîtrise effective des connaissances par les élèves. Il devient alors nécessaire de distinguer deux réalités: enseigner un programme et faire apprendre un élève. Ces deux objectifs ne sont pas automatiquement équivalents.

2- Des programmes trop chargés et une organisation scolaire davantage quantitative que qualitative

L’une des principales difficultés de l’enseignement marocain réside dans la densité des programmes scolaires. La réussite pédagogique est encore trop souvent appréciée à travers des indicateurs administratifs : nombre de chapitres achevés, volume des connaissances transmises, respect du calendrier scolaire et nombre d’heures de cours effectuées.

Pourtant, ces indicateurs ne permettent pas de mesurer véritablement ce que les élèves ont compris et assimilé. Un élève peut avoir parcouru l’intégralité d’un programme sans maîtriser les notions fondamentales. Il peut mémoriser des définitions et reproduire des exercices sans être capable d’utiliser ses connaissances face à une situation nouvelle.

Cette situation est particulièrement problématique lorsque les programmes sont trop denses. Les enseignants sont alors contraints d’avancer rapidement afin de respecter les échéances, au détriment de l’approfondissement, de la consolidation et de l’accompagnement individuel.  Les conséquences sont multiples :

– Les notions sont parfois abordées sans consolidation suffisante.

– Les élèves les plus fragiles accumulent des lacunes.

– Les enseignants privilégient l’achèvement des programmes et la préparation aux examens.

– Les activités de réflexion, d’expérimentation et de résolution de problèmes disposent de moins de temps.

– La remédiation pédagogique devient difficile à organiser.

L’OCDE souligne d’ailleurs la rigidité et la densité des curricula marocains. Les enseignants interrogés expriment notamment le besoin de disposer d’une plus grande autonomie pour adapter le temps consacré aux différentes unités en fonction des difficultés rencontrées par leurs élèves. La question est donc fondamentale : vaut-il mieux terminer un programme volumineux sans garantir sa maîtrise ou enseigner un nombre plus limité de notions en permettant à tous les élèves d’en comprendre véritablement les fondements ?

La même problématique concerne les horaires scolaires. Le nombre d’heures passées en classe ne garantit pas automatiquement une meilleure acquisition des connaissances. Une heure consacrée à comprendre, expérimenter et appliquer une notion peut être beaucoup plus productive que plusieurs heures de transmission mécanique. Il faut distinguer le temps réglementaire, le temps réellement consacré à l’enseignement et le temps pendant lequel l’élève apprend effectivement.

Une organisation scolaire efficace devrait donc accorder davantage de place à la lecture, aux travaux pratiques, aux expériences scientifiques, à l’expression orale, aux activités artistiques et sportives ainsi qu’au soutien individualisé. L’objectif n’est pas nécessairement de réduire uniformément les horaires, mais de mieux utiliser le temps scolaire en fonction de l’âge, des capacités de concentration et des besoins des élèves. 

3- Les résultats scolaires révèlent les limites du système éducatif marocain

Les évaluations internationales permettent de dépasser les impressions et d’examiner les compétences réellement acquises par les élèves. Les résultats de l’enquête PISA 2022 de l’OCDE concernant le Maroc mettent en évidence plusieurs difficultés préoccupantes. Parmi les principaux constats :

– Environ 40 % des élèves déclarent ne pas pouvoir travailler correctement dans la plupart ou la totalité de leurs cours de mathématiques, contre 23 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.

– 46 % déclarent ne pas écouter ce que dit l’enseignant, contre 30 % dans l’OCDE.

– 46 % indiquent avoir redoublé au moins une fois depuis leur entrée dans l’enseignement primaire, contre 9 % en moyenne dans l’OCDE.

-56 % fréquentent des établissements dont les chefs signalent que l’enseignement est affecté par un manque de personnel enseignant. 

Ces résultats traduisent des difficultés structurelles concernant les conditions d’apprentissage, l’organisation des établissements et l’acquisition des compétences fondamentales. Il faut néanmoins tenir compte d’une évolution importante : entre 2018 et 2022, le nombre de jeunes Marocains de 15 ans admissibles à l’évaluation a augmenté. L’élargissement de l’accès à l’enseignement secondaire permet désormais à davantage de jeunes issus de milieux auparavant marginalisés de participer à ces évaluations. Cette démocratisation de la scolarisation constitue un progrès, mais elle rend également plus complexe l’amélioration des résultats moyens. Le défi marocain est donc double : garantir l’accès à l’école et assurer à chaque enfant une éducation de qualité, indépendamment de son origine sociale ou géographique.

Faire redoubler un élève qui ne maîtrise pas les acquis nécessaires peut sembler être une solution logique. Toutefois, cette décision ne résout pas nécessairement les difficultés à l’origine de son échec. Si l’élève retrouve les mêmes méthodes pédagogiques, les mêmes difficultés et les mêmes conditions d’apprentissage, il risque de reproduire les mêmes résultats. Il serait donc préférable de renforcer les dispositifs de détection précoce des difficultés et de proposer un accompagnement individualisé avant que les lacunes ne deviennent trop importantes. L’école doit privilégier la prévention de l’échec plutôt que sa simple constatation en fin d’année.

4- L’enseignant, les inégalités et la question linguistique : trois défis majeurs

Aucune réforme éducative ne peut réussir sans des enseignants bien formés, motivés, reconnus et disposant de conditions de travail adaptées. L’enseignant marocain ne devrait pas être considéré comme un simple exécutant chargé d’achever un programme, mais comme un professionnel responsable de la construction des compétences de ses élèves.

Cela nécessite notamment : 

– Une formation initiale davantage orientée vers les pratiques pédagogiques.

– Une formation continue régulière et adaptée aux besoins du terrain.

– Un accompagnement pédagogique renforcé.

– Une meilleure reconnaissance professionnelle. 

– Des effectifs de classe permettant un suivi plus individualisé.

-Une plus grande liberté pédagogique pour expérimenter et adapter les méthodes d’enseignement.

Les conditions de travail restent également très différentes entre les établissements urbains et ruraux. Les classes surchargées, les infrastructures insuffisantes et le manque de ressources pédagogiques compliquent particulièrement le travail des enseignants dans certains territoires.

L’école marocaine ne garantit pas encore partout les mêmes conditions d’apprentissage. Un élève scolarisé dans un établissement urbain bien équipé, disposant d’une bibliothèque, de laboratoires et d’outils numériques, ne bénéficie pas nécessairement des mêmes possibilités qu’un élève fréquentant une école rurale confrontée à des difficultés d’infrastructure et d’accès aux ressources. Les différences sociales accentuent également ces écarts. Certains enfants bénéficient d’un environnement familial favorable, de livres, d’un accompagnement scolaire et d’activités culturelles, tandis que d’autres disposent de moyens beaucoup plus limités.

L’égalité des chances ne signifie donc pas distribuer exactement les mêmes ressources à tous les établissements. Elle consiste à accorder davantage de moyens aux établissements qui rencontrent les difficultés les plus importantes. Il devient indispensable de renforcer le préscolaire, les bibliothèques, le transport scolaire, les infrastructures rurales, les laboratoires et les dispositifs de soutien individualisé.

La question linguistique représente une autre particularité importante du système éducatif marocain. L’arabe, l’amazighe, la darija, le français et l’anglais occupent des fonctions différentes dans la société et dans le parcours scolaire. Cette diversité constitue une richesse, mais elle peut également compliquer les apprentissages lorsque les transitions entre les langues ne sont pas suffisamment préparées.

Un élève peut, par exemple, maîtriser une notion scientifique dans une langue et rencontrer des difficultés lorsqu’il doit l’étudier dans une autre. Le problème n’est donc pas le multilinguisme en lui-même, mais l’absence éventuelle de continuité pédagogique entre les langues utilisées dans la vie quotidienne, l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur.

L’OCDE souligne cette complexité dans ses analyses du système éducatif marocain. Le Maroc doit ainsi construire une politique linguistique cohérente, progressive et adaptée aux différents niveaux d’enseignement, afin que la langue ne devienne pas un obstacle à la compréhension des mathématiques, des sciences et des autres disciplines. 

5- Le savoir et la recherche scientifique : le véritable enjeu du développement économique

Les difficultés de l’enseignement marocain ne peuvent être analysées indépendamment de la stratégie économique nationale. L’école constitue le premier maillon d’une chaîne qui relie la formation, l’université, la recherche scientifique, l’innovation et l’entreprise.

Lorsqu’un pays forme des diplômés sans développer suffisamment ses capacités de recherche et d’innovation, il risque de rester dépendant des technologies, des brevets et des compétences produits ailleurs. La comparaison internationale des dépenses de recherche et développement permet de mesurer l’importance accordée à la connaissance dans les différentes stratégies nationales.

PaysAnnée de référenceDépenses de R&D en % du PIB
Maroc20100,66 %
Finlande20233,09 %
Norvège20231,85 %
Singapour20221,81 %

Une précision importante doit être conservée : la donnée marocaine de 0,66 % correspond à 2010 et constitue la dernière observation renseignée dans la série internationale mentionnée. Une estimation de 0,8 % pour 2017 a également été communiquée par le ministère, mais elle n’a pas fait l’objet d’une vérification indépendante. Ces chiffres ne doivent donc pas être présentés comme le niveau actuel des dépenses marocaines. Malgré cette réserve méthodologique, les comparaisons montrent l’importance des efforts consentis par les pays qui ont fait de la recherche scientifique une priorité. 

La Finlande représente un exemple particulièrement intéressant. Ses dépenses de recherche et développement atteignaient 3,09 % du PIB en 2023 et environ 3,22 % en 2024. Le secteur des entreprises représentait près de 68 % de l’effort total de recherche en 2024, contre environ 24 % pour l’enseignement supérieur. Cette répartition montre que la recherche ne doit pas être confinée aux universités. Elle doit également être intégrée à l’économie productive.

Les entreprises participent à la production de connaissances, les universités forment les chercheurs et les pouvoirs publics structurent les priorités nationales.

Pour le Maroc, l’enjeu est précisément de renforcer cette articulation entre formation universitaire, recherche scientifique et besoins économiques.

La Norvège présente un autre enseignement intéressant. Malgré ses importantes ressources naturelles, elle investit dans la recherche scientifique, les technologies énergétiques, les sciences marines, l’environnement et les industries de pointe. Ses dépenses de recherche atteignaient 1,85 % du PIB en 2023, contre 1,56 % en 2022.

Ce modèle montre que la possession de ressources naturelles ne dispense pas d’investir dans la connaissance.

Le Maroc dispose lui aussi d’importantes ressources agricoles, minières, maritimes et énergétiques. Il devrait donc développer les compétences scientifiques nécessaires à leur valorisation et à leur transformation locale.

Singapour constitue un exemple particulièrement pertinent pour les pays disposant de ressources naturelles limitées. Le pays a fait de l’éducation, de la technologie, de la recherche et de la compétitivité internationale des priorités nationales. Ses dépenses de recherche et développement atteignaient environ 1,81 % du PIB en 2022.

Son modèle repose sur une forte articulation entre les besoins de l’économie, les formations proposées et les investissements des entreprises. L’objectif n’est pas simplement de former des diplômés, mais de créer un environnement dans lequel leurs compétences peuvent être transformées en innovations, en entreprises et en richesse. 

Ces trois expériences démontrent qu’un système éducatif performant doit être associé à une stratégie scientifique et économique cohérente. L’augmentation des budgets de recherche ne suffit toutefois pas. Les financements doivent être bien répartis, les laboratoires correctement gouvernés et les résultats scientifiques davantage valorisés par les entreprises. Le Maroc doit donc se fixer des objectifs progressifs et mesurables pour renforcer durablement son effort national de recherche.

6- Le paradoxe budgétaire : des dépenses importantes, mais une efficacité encore insuffisante

Il serait injuste de considérer que le Maroc ne consacre pas de moyens importants à l’éducation. Dans son rapport de mars 2026 consacré au Maroc, le Fonds monétaire international estime que les dépenses publiques d’éducation représentent environ 6 % du PIB. Cependant, le rapport relève un écart persistant d’efficacité des dépenses publiques d’environ 37 % en 2024, selon sa méthode d’estimation, ainsi qu’un taux d’exécution des investissements d’environ 70 % ces dernières années. 

Les difficultés d’exécution concernent particulièrement l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et l’innovation. Ces constats montrent que la question éducative ne se limite pas à l’augmentation des budgets. Elle concerne également leur utilisation, leur répartition et leur capacité à produire des résultats concrets.

Un établissement scolaire ne devient pas performant uniquement parce que son budget augmente. Il le devient lorsque les ressources disponibles répondent effectivement aux besoins des élèves. De même, une université ne devient pas un centre d’excellence par la seule augmentation de ses dépenses administratives ou immobilières. Sa performance doit également être appréciée à travers la qualité de ses formations, ses publications scientifiques, ses innovations et sa contribution au développement économique et social. Le Maroc doit donc évoluer vers une culture de responsabilité et d’évaluation des résultats, plutôt que de privilégier uniquement le suivi des crédits budgétaires.

7- Trois axes stratégiques pour transformer l’école marocaine

La transformation du système éducatif marocain nécessite une réforme globale, articulée autour de trois grandes orientations complémentaires.  

La première priorité consiste à alléger les programmes sans diminuer leur ambition intellectuelle. Pour chaque niveau scolaire, il faudrait distinguer :

– Les connaissances fondamentales, qui doivent être parfaitement maîtrisées.

– Les connaissances complémentaires, destinées à enrichir la culture générale.

– Les connaissances d’approfondissement, permettant aux élèves d’aller plus loin.

Cette organisation permettrait aux enseignants de consacrer davantage de temps à la compréhension des notions essentielles. Il faudrait également revoir les méthodes d’évaluation pour valoriser le raisonnement, l’analyse et la résolution de problèmes plutôt que la simple restitution de connaissances mémorisées. Des évaluations nationales régulières, standardisées et comparables dans le temps permettraient de mesurer les acquis en lecture, en mathématiques et en sciences. Leur objectif serait de détecter précocement les difficultés et de mesurer les progrès, sans transformer chaque évaluation en sanction.

L’établissement scolaire devrait devenir un véritable espace de développement intellectuel et personnel. Le temps scolaire pourrait être organisé autour de plusieurs activités complémentaires : 

ActivitésObjectifs pédagogiques
Cours fondamentauxMaîtriser les connaissances essentielles
Ateliers de lectureDévelopper la compréhension et le vocabulaire
Travaux pratiquesApprendre par l’expérimentation
Travaux de groupeDévelopper la coopération
Activités sportives et artistiquesFavoriser l’équilibre personnel
Soutien individualiséCorriger les lacunes
Projets pratiquesRelier les connaissances à la réalité

Cette organisation permettrait de sortir d’une conception exclusivement académique de l’enseignement. Elle devrait également s’accompagner d’une plus grande autonomie des établissements pour adapter une partie de leur fonctionnement aux besoins locaux, tout en respectant un cadre national commun. Une école rurale confrontée à des difficultés particulières doit pouvoir organiser ses ressources et ses dispositifs pédagogiques en fonction de sa réalité.

À long terme, le Maroc doit dépasser un modèle de développement reposant principalement sur l’attraction des investissements et les capacités de production. Il doit renforcer sa capacité à concevoir ses propres technologies, à développer des solutions innovantes et à produire des connaissances scientifiques. Une proposition de trajectoire nationale pourrait fixer les objectifs suivants :

ÉchéanceObjectif de dépenses de R&D
20301 % du PIB
20351,5 % du PIB
20402 % du PIB

Ces objectifs constituent des propositions stratégiques et non des engagements gouvernementaux déjà adoptés. Pour les atteindre, plusieurs mesures seraient nécessaires :

– Développer les partenariats entre universités et entreprises.

– Renforcer le financement des laboratoires scientifiques.

– Encourager les entreprises à investir dans la recherche appliquée.

– Attirer et retenir les chercheurs et les ingénieurs marocains.

– Développer les collaborations scientifiques internationales.

– Sélectionner des secteurs de recherche prioritaires.

Le Maroc pourrait notamment concentrer ses efforts sur l’agriculture intelligente, la gestion de l’eau, les énergies renouvelables, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, les matériaux avancés, les sciences marines et les technologies minières. Ces domaines correspondent à des enjeux économiques et scientifiques importants pour le pays. L’université doit ainsi dépasser son rôle traditionnel de formation et devenir un acteur majeur de la production scientifique et de la transformation économique.

8- Une feuille de route pour inscrire la réforme dans la durée 

La transformation du système éducatif ne peut pas être réalisée en quelques mois. Elle nécessite une stratégie progressive, des objectifs vérifiables et une continuité politique. Une feuille de route sur dix ans, couvrant la période 2027-2036, pourrait s’organiser autour de quatre étapes.

PériodePrincipales priorités
2027-2028Audit des programmes, évaluation des acquis fondamentaux, identification des établissements fragiles et simplification des contenus surchargés
2029-2030Expérimentation de nouveaux rythmes scolaires, formation des enseignants, renforcement du soutien scolaire et objectif de 1 % du PIB pour la R&D
2031-2033Développement des laboratoires universitaires, partenariats avec les entreprises et renforcement des formations scientifiques et numériques
2034-2036Évaluation nationale et internationale des compétences, réduction des inégalités territoriales et mesure des retombées de la recherche

La réussite de cette stratégie devrait être appréciée à travers des indicateurs publics et régulièrement actualisés :

– Le niveau de lecture et de compréhension à la fin du primaire.

– La maîtrise des mathématiques et des sciences.

– La réduction du redoublement et du décrochage scolaire.

– La diminution des écarts entre établissements urbains et ruraux.

– L’amélioration de la formation et des conditions de travail des enseignants.

– La progression des dépenses nationales de recherche.

– Le nombre de partenariats scientifiques entre universités et entreprises.

– Le développement des brevets, des innovations et des entreprises technologiques.

Un rapport national annuel sur la qualité de l’éducation et de la recherche scientifique permettrait de renforcer la transparence et la responsabilité des institutions. Il faudrait également éviter de multiplier les réformes sans transformer les pratiques pédagogiques. La numérisation, les nouveaux manuels et les changements organisationnels ne produisent pas automatiquement une amélioration des apprentissages.

Une mauvaise pédagogie numérisée reste une mauvaise pédagogie. La priorité doit donc être accordée à la qualité des enseignants, à la maîtrise des fondamentaux et à la capacité des établissements à répondre aux besoins réels des élèves. Le Maroc doit choisir entre terminer les programmes ou former les intelligences Le problème de l’enseignement marocain ne se résume pas à une question de moyens financiers, de programmes trop longs ou d’horaires mal organisés. Il révèle une interrogation beaucoup plus profonde sur la conception du développement national.

Voulons-nous une école dont la mission principale consiste à transmettre un volume toujours plus important de connaissances, à respecter un calendrier administratif et à préparer les élèves aux examens ?  Ou voulons-nous une école capable de former des citoyens qui savent réfléchir, comprendre, argumenter, créer, innover et contribuer au progrès de leur société ?

Les expériences de la Finlande, de la Norvège et de Singapour démontrent que la connaissance constitue un investissement stratégique. Le parcours de la Chine montre également qu’une transformation profonde de la position économique d’un pays est possible lorsque la formation scientifique, l’industrialisation et l’innovation deviennent des priorités nationales.

Le Maroc dispose d’une jeunesse ambitieuse, d’universités, de compétences scientifiques et d’un potentiel industriel important. Mais ces atouts doivent être mieux articulés autour d’une vision cohérente de l’éducation et de la recherche. Il est indispensable de remettre en question certaines idées reçues. Un programme terminé n’est pas nécessairement un programme assimilé. Une journée scolaire longue n’est pas nécessairement une journée productive. Un diplôme obtenu ne garantit pas toujours une compétence maîtrisée. Un budget important ne signifie pas automatiquement un investissement efficace.

La réforme doit donc commencer par un changement de conception de la réussite scolaire. Il faut accepter d’alléger les programmes lorsqu’ils sont excessivement chargés, repenser les horaires, valoriser les enseignants, accompagner les élèves en difficulté et faire de la recherche scientifique un véritable moteur du développement économique. Il faut également rapprocher l’école, l’université et l’entreprise afin de construire une économie capable non seulement d’utiliser les technologies étrangères, mais aussi de développer ses propres compétences et ses propres innovations. 

L’ambition du Maroc ne devrait pas se limiter uniquement à former des diplômés, mais des citoyens, des ingénieurs, des chercheurs, des entrepreneurs et des inventeurs capables de participer à la construction du pays. Le véritable progrès éducatif ne se mesure pas au volume de ce que nous enseignons, mais à la profondeur de ce que nos élèves apprennent. Le Maroc n’a pas besoin d’une école qui enseigne toujours plus. Il a besoin d’une école qui apprend toujours mieux. Car la question essentielle demeure : préférons-nous des élèves qui ont terminé le programme ou des élèves qui ont réellement appris ? C’est dans la réponse à cette question que se trouve une partie essentielle de l’avenir économique, scientifique et social de notre cher pays le Maroc.  

Références documentaires et statistiques

Les principales sources utilisées pour étayer cet article sont les suivantes :

1. OCDE – PISA 2022, résultats du Maroc. Données sur les compétences des élèves, le redoublement, le climat scolaire et les ressources humaines. Consulter le rapport PISA 2022 – Maroc .

2. OCDE – Études économiques du Maroc 2024. Analyse des difficultés structurelles de l’enseignement, des compétences et des enjeux linguistiques. Consulter l’étude en français .

3. OCDE – Évaluation de la performance des établissements scolaires au Maroc. Analyse de la rigidité des curricula, des horaires et des mécanismes de remédiation. Consulter l’étude .

4. Banque mondiale – World Development Indicators. PIB par habitant du Maroc et de la Chine en 1980. Consulter les données historiques .

5. Banque mondiale et UNESCO – Dépenses de recherche et développement. Comparaisons internationales et dernières observations disponibles. Consulter les statistiques internationales .

6. Statistics Finland – Recherche et développement 2024. Dépenses finlandaises et répartition par secteur. Consulter les statistiques finlandaises .

7. FMI – Morocco: Selected Issues, mars 2026. Efficacité des dépenses publiques d’éducation et exécution des investissements. Consulter le rapport du FMI .

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