Par Youssef Kasmi Bakkali, Chercheur en géopolitique, sciences des religions et dynamiques interculturelles
Les transferts de compétences ne sont plus un simple slogan politique, mais un enjeu stratégique pour le Maroc du XXIe siècle. Le pays dispose aujourd’hui d’une diaspora hautement qualifiée, dispersée dans les grands pôles du savoir en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays du Golfe. Pourtant, cette richesse humaine reste sous-mobilisée, faute d’un cadre clair, d’une vision cohérente et d’une articulation solide entre les besoins nationaux et les expertises disponibles à l’étranger. Les débats récents autour de la réforme des politiques migratoires montrent que la question n’est plus de savoir si le Maroc doit mobiliser ses élites expatriées, mais comment le faire de manière durable, efficace et mutuellement bénéfique.
Les travaux de Hicham Jamid rappellent que le Maroc figure parmi les pays ayant connu les taux les plus élevés d’émigration qualifiée entre 2000 et 2020, avec une diaspora scientifique et technique en expansion constante. Cette mobilité, longtemps perçue comme une fuite des cerveaux, s’inscrit désormais dans une logique de circulation des savoirs, où les compétences se déplacent, se recomposent et s’enrichissent au contact de nouveaux environnements professionnels. Dans ce contexte, la question centrale n’est plus le retour physique, mais la capacité à créer des ponts entre les espaces de production du savoir et les besoins du pays d’origine.

L’étude de Farid El Asri publiée par le CCME montre que les politiques marocaines de mobilisation ont évolué depuis les années 1990, mais qu’elles souffrent encore d’un manque de continuité et d’une faible coordination institutionnelle. Les programmes successifs ont permis des avancées ponctuelles, mais n’ont pas réussi à structurer un véritable écosystème de transfert de compétences. Le Maroc a souvent privilégié une approche descendante, centrée sur l’État, alors que les expériences internationales montrent l’importance des réseaux, des associations professionnelles et des initiatives hybrides mêlant institutions, société civile et acteurs privés.
La fiche de bonnes pratiques du projet TPM 2020-2025 met en lumière une dimension essentielle : la mobilisation des compétences ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une logique territoriale. Les besoins d’une région comme Souss-Massa ne sont pas ceux de Casablanca-Settat ou de l’Oriental. Les transferts de compétences doivent donc être contextualisés, co-construits et adaptés aux réalités locales. Cette approche territoriale permet non seulement de renforcer l’impact des interventions, mais aussi de créer un sentiment d’utilité et d’appartenance chez les Marocains du monde.
Pour mobiliser durablement les élites marocaines à l’étranger, il faut dépasser la logique du projet ponctuel et construire une vision nationale du savoir. Cela implique de reconnaître la diaspora comme un acteur stratégique du développement, de créer des mécanismes de gouvernance partagée et de faciliter la circulation des expertises par des outils numériques, des plateformes collaboratives et des partenariats académiques transnationaux. Le Maroc gagnerait également à valoriser symboliquement ses compétences expatriées, en leur offrant un espace de participation aux débats nationaux et aux politiques publiques.
L’enjeu dépasse la simple contribution technique. Il s’agit de transformer la diaspora en force de proposition, en relais d’influence et en moteur d’innovation. Dans un monde où la connaissance est devenue la première ressource stratégique, le Maroc ne peut plus se permettre de laisser en friche un capital humain aussi vaste. La mobilisation des élites marocaines à l’étranger n’est pas seulement une nécessité économique, mais un choix de société, un projet de modernité et une vision pour l’avenir.
📲 Partager sur WhatsApp
من أجل ذلك يتعين أن تهيء الدولة بيءة استثمارية وترسانة قانونية ملائمة لجيل جديد من نوع الاستثمار حوافز تشجيعية، تتلاءم وما تفكر فيه هذه الكفاءات من أجل تيسير نقل خبرتهم لتنمية
مختلف مجالات وجهات المملكة.
دون ان ننسى نقطة النقط، التي ظلت مثار أسئلة ، وهي الإدارة.
أقدّر ملاحظتكم التي تضع الإصبع على أحد المفاتيح الحاسمة لنجاح أي مبادرة تستهدف الاستفادة من خبرات المغاربة عبر العالم. فتهيئة شروط عملية واضحة، وتحديث الإطار المنظّم، وتوفير مسارات مرنة للتعاون، كلها عناصر ضرورية لضمان انخراط فعلي للكفاءات في مشاريع تنموية ذات أثر ملموس.
أما ما يتعلق بالإدارة، فهو بالفعل ورش أساسي لا يمكن تجاوزه. ففعالية الجهاز الإداري، وانسجام هياكله، وسرعة معالجة الملفات، تشكّل عوامل حاسمة لخلق مناخ يسهّل توظيف الخبرات ويوفّر الثقة المطلوبة لنجاح أي مبادرة مشتركة.
إن بناء بيئة مؤسساتية حديثة، قائمة على الشفافية والنجاعة، هو الشرط الأول لفتح المجال أمام مساهمة حقيقية للكفاءات المغربية أينما كانت.