L’aveu d’Ahmed Attaf sur le Sahara marocain

Par Zakia Laaroussi, Paris

À l’heure où les vérités géopolitiques se heurtent aux récits idéologiques, la récente déclaration du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, résonne comme un aveu tardif d’une réalité que le Maroc n’a cessé de défendre avec constance, lucidité et hauteur stratégique. En évoquant des « négociations directes entre le Maroc et le Polisario » comme étant « ce à quoi l’Algérie appelle depuis cinq décennies », Alger semble soudain découvrir le langage du réalisme politique après avoir longtemps entretenu les mirages d’un conflit figé dans les glaces de la guerre froide.

Mais derrière cette formule diplomatique se cache une contradiction monumentale, presque shakespearienne dans sa portée politique : comment un État qui affirme ne pas être partie prenante au conflit peut-il en commenter les mécanismes avec une telle implication, en orienter les dynamiques depuis des décennies, et en défendre chaque articulation sur toutes les tribunes internationales ? L’Algérie officielle ressemble désormais à ce personnage des tragédies antiques qui prétend observer l’incendie tout en tenant encore entre ses mains les braises qui l’alimentent.

Car enfin, le monde a changé. Les nations ne se construisent plus dans les slogans révolutionnaires des années 1970, mais dans la maîtrise des corridors énergétiques, des chaînes logistiques, des alliances économiques et des grands projets de connectivité continentale. Pendant que certains régimes demeurent prisonniers des archives poussiéreuses du panarabisme idéologique et des réflexes binaires de l’ère postcoloniale, le Maroc, lui, avance avec la sérénité des vieilles civilisations qui savent que l’Histoire récompense moins le bruit que la profondeur.

Le Royaume du Maroc n’a pas simplement défendu son Sahara ; il l’a transformé en axe stratégique africain, en plateforme d’investissement, en pont géoéconomique entre l’Europe, l’Atlantique et le Sahel. Les villes de Laâyoune et Dakhla ne sont plus seulement des symboles territoriaux : elles incarnent désormais une vision. Celle d’un Maroc africain, maritime, stable et tourné vers l’avenir. Et c’est précisément là que le discours algérien révèle son vertige.

Car parler aujourd’hui de « négociations directes » revient implicitement à reconnaître l’échec d’une stratégie fondée pendant un demi-siècle sur la perpétuation d’un conflit artificiel. Cela revient aussi à admettre que la communauté internationale s’oriente de plus en plus vers une approche pragmatique où l’initiative marocaine d’autonomie apparaît non seulement comme crédible, mais comme la seule architecture politique capable de préserver à la fois la stabilité régionale et la dignité des populations concernées.

Le Maroc, lui, n’a jamais eu besoin de surjouer son histoire ; il l’habite naturellement. Depuis les dynasties impériales jusqu’à la diplomatie contemporaine, il porte cette continuité rare des États qui ne confondent pas souveraineté et agitation. À Rabat, la question du Sahara n’est pas une posture circonstancielle : elle relève de l’essence même de l’État, de sa mémoire longue, de son unité organique.

À cet égard, il faut lire les propos d’Ahmed Attaf non comme une simple déclaration diplomatique, mais comme le symptôme d’un basculement silencieux dans les équilibres régionaux. Le langage change lorsque les rapports de force changent. Et l’Algérie semble aujourd’hui confrontée à cette vérité implacable des relations internationales : on ne construit pas une puissance régionale durable contre la géographie, contre l’économie, ni contre le mouvement de l’Histoire.

Le philosophe Paul Valéry écrivait que « le problème de notre temps est que le futur n’est plus ce qu’il était ». Cette phrase semble décrire avec une précision troublante la situation maghrébine actuelle. Car pendant que certains regardent encore le Sahara à travers le prisme des rivalités idéologiques du 20 ème siècle, le Maroc le projette déjà dans les réalités stratégiques du 21 ème siècle : infrastructures atlantiques, diplomatie africaine, transition énergétique, coopération Sud-Sud et sécurité régionale.

Ainsi, les déclarations venues d’Alger, loin d’ébranler les certitudes marocaines, ne font paradoxalement que confirmer une évolution devenue irréversible : le temps joue désormais en faveur du Royaume. Et dans cette grande fresque géopolitique où tant d’acteurs se débattent avec les fantômes du passé, le Maroc avance avec le calme souverain des nations anciennes. Comme un cèdre enraciné dans l’Histoire mais tendu vers le ciel du futur. Car au fond, il est des vérités que même les discours adverses finissent par révéler malgré eux : le Sahara n’est pas seulement une question territoriale pour le Maroc ; il est une continuité de son âme, une extension de sa mémoire et une projection de sa destinée.

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