Porte-parole autoproclamés ?

Par Zakia Laaroussi, Paris

Il suffit aujourd’hui d’ouvrir un réseau social pour être frappé par une étrange réalité : une multitude d’individus, d’associations et de structures surgissent quotidiennement en prétendant incarner la voix des Marocains résidant à l’étranger. Chacun se proclame représentant, défenseur, porte-parole ou interlocuteur privilégié d’une communauté qui compte pourtant plusieurs millions de citoyens dispersés aux quatre coins du globe. Cette inflation des prétentions soulève une interrogation fondamentale : qui a donné mandat à ces voix pour parler au nom de tous ?

Car au-delà des personnes, le véritable problème est institutionnel. Lorsqu’un espace demeure vacant, il finit toujours par être occupé. Et lorsque la représentation n’est ni organisée, ni encadrée, ni légitimée, elle se fragmente en une multitude de discours concurrents, souvent contradictoires, parfois déconnectés des préoccupations réelles des Marocains du monde.

La diaspora marocaine n’est pas un slogan. Elle n’est pas davantage un capital symbolique que l’on mobilise pour gagner en visibilité ou en influence. Elle constitue une composante stratégique de la nation, une force humaine, économique, culturelle et diplomatique dont l’apport au rayonnement du Royaume est reconnu bien au-delà de ses frontières. Pourtant, malgré cette importance incontestable, une question demeure sans réponse claire : où se trouve aujourd’hui l’instance capable de fédérer, d’écouter et de porter de manière crédible la voix des Marocains du monde ?

L’absence d’un cadre représentatif structuré favorise l’émergence d’une confusion permanente où la notoriété remplace parfois la légitimité, où la visibilité numérique se substitue au mandat réel, et où la parole individuelle se présente comme une expression collective. Cette situation ne peut constituer un horizon durable. Les Marocains du monde ont besoin d’une représentation qui repose sur des mécanismes clairs, transparents et reconnus. Ils ont besoin d’institutions, non de figures passagères. Ils ont besoin d’une architecture de participation capable de transformer leurs attentes, leurs expertises et leurs aspirations en une contribution effective aux politiques publiques nationales.

L’enjeu dépasse largement la question de la diaspora. Il touche à la conception même du lien entre l’État et ses citoyens établis hors du territoire national. Une nation moderne ne peut entretenir avec ses communautés à l’étranger une relation fondée uniquement sur l’attachement affectif ; elle doit également leur offrir des canaux de participation, d’écoute et de représentation adaptés aux réalités contemporaines. C’est dans cet esprit que les orientations stratégiques exprimées au plus haut niveau de l’État ont suscité de grandes attentes. Elles ont ravivé l’espoir de voir émerger un cadre institutionnel renouvelé, capable d’accompagner les mutations profondes que connaît aujourd’hui la communauté marocaine à l’étranger.

Mais les attentes demeurent. Et avec elles grandit une interrogation légitime. À quand la mise en place d’une représentation crédible, moderne et fédératrice ? À quand une institution capable d’unifier les énergies plutôt que de laisser prospérer les divisions ? À quand une structure qui permette enfin aux Marocains du monde de se reconnaître dans une voix collective légitime plutôt que dans une succession infinie de porte-parole autoproclamés ?

Le moment est peut-être venu de passer d’une logique de personnalisation à une logique d’institutionnalisation ; de remplacer la concurrence des égos par la force des structures ; de substituer à la dispersion des initiatives un projet fédérateur à la hauteur des ambitions du Royaume. Car les nations fortes ne se construisent pas autour des individus, mais autour d’institutions durables. Et les Marocains du monde méritent mieux qu’un brouhaha de revendications concurrentes : ils méritent une représentation digne de leur histoire, de leur contribution et de leur place dans le destin du Maroc.

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