Par Zakia Laaroussi, directrice du journal Alwarqae-Paris
Depuis les premières civilisations, l’humanité poursuit le même rêve. Vaincre la mort. Les pyramides furent des négociations avec l’éternité. Les alchimistes cherchèrent l’élixir de vie. Gilgamesh traversa les légendes pour arracher un secret aux dieux. Mais l’histoire possède une ironie profonde. Après des millénaires passés à vouloir repousser la mort, nos sociétés se demandent désormais si, dans certaines situations extrêmes, prolonger la vie biologique répond toujours à la même exigence morale.
Il existe un moment où la médecine cesse d’être seulement une science. Elle devient une interrogation philosophique. Les écrans continuent d’afficher des chiffres. Les machines respirent. Le cœur bat parfois grâce à une technologie toujours plus sophistiquée. Mais une question demeure : prolongeons-nous la vie…ou prolongeons-nous seulement le temps ?
Les traditions religieuses répondent avec une immense profondeur, mais pas toujours de manière identique dans leurs formulations. Elles rappellent la dignité de la vie humaine et invitent à une grande prudence devant toute décision qui touche à son terme. Dans le monde musulman comme ailleurs, des débats existent sur la distinction entre des traitements devenus médicalement déraisonnables et les actes visant intentionnellement à provoquer la mort.

Ces discussions montrent que la question est plus nuancée qu’une opposition simple entre foi et médecine. Le droit, quant à lui, tente de traduire ces dilemmes dans des règles communes. Certaines démocraties privilégient, sous des conditions très strictes, l’autonomie du patient. D’autres considèrent que la protection de la vie demeure une limite que la société ne doit pas franchir. Aucune de ces approches n’efface la tragédie humaine.
J’ai connu un homme spirituel dont la respiration dépendait entièrement des machines. Autour de son lit, deux langages semblaient dialoguer. Celui des appareils. Et celui du silence. À cet instant, personne ne détenait une réponse parfaite. Ni les médecins. Ni les proches. Ni les philosophes. Seulement des consciences confrontées à l’une des plus grandes énigmes de la condition humaine.
Peut-être la modernité ne cherche-t-elle plus l’immortalité. Elle cherche une paix possible face à l’inévitable. Et c’est précisément ce déplacement qui rend notre époque si troublante. Le véritable débat n’est peut-être pas de savoir qui décide de la mort. Mais comment préserver jusqu’au dernier instant la dignité, la compassion, la responsabilité et l’humilité devant ce mystère que ni la science, ni la loi, ni la religion ne prétendent épuiser à elles seules. Car la mort demeure peut-être la seule porte dont l’humanité contemple depuis toujours la serrure…sans jamais avoir fabriqué la clé.
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