L’intelligence et le savoir comme diplomatie

Par Zakia Laaroussi, Directrice du journal alwarqae

Les nations ne traversent pas l’histoire uniquement par la puissance de leurs institutions. Elles y entrent surtout lorsqu’elles inventent une manière nouvelle de dialoguer avec le monde. Car la véritable géographie d’un pays ne se limite jamais aux frontières dessinées sur les cartes. Elle se prolonge dans les idées qu’il produit, dans les valeurs qu’il transmet et dans les femmes et les hommes capables de transformer le savoir en influence.

C’est précisément cette conviction qui semblait habiter les travaux de l’Assemblée générale annuelle de l’Union marocaine pour la diplomatie parallèle, organisée à Rabat. Au-delà des procédures statutaires, des élections et du renouvellement des instances dirigeantes, ce rendez-vous ressemblait davantage à un laboratoire d’idées qu’à une simple réunion institutionnelle. On avait le sentiment que ce n’étaient pas seulement des chercheurs, des universitaires, des juristes ou des experts qui s’étaient réunis autour d’une même table, mais une certaine idée du Maroc, cherchant les mots capables d’accompagner le monde de demain.

Car une diplomatie moderne ne se réduit plus aux chancelleries, aux ambassades ou aux protocoles officiels. Elle commence souvent là où une idée franchit les frontières avant les passeports, là où un ouvrage scientifique convainc davantage qu’un discours politique, là où une université devient un espace de rayonnement national. L’histoire même de cette Union illustre cette temporalité longue qui caractérise les projets appelés à durer. Les documents stratégiques présentés lors de cette rencontre révèlent qu’elle est le fruit d’une réflexion engagée dès 2010, avant d’aboutir officiellement à sa création en 2025.

Quinze années de maturation silencieuse. Quinze années durant lesquelles l’idée a préféré la profondeur à la précipitation. Comme si ses initiateurs avaient compris qu’une institution véritable ne naît pas d’une urgence politique, mais d’une patience intellectuelle. Le choix d’annoncer officiellement cette initiative à l’approche de la Fête du Trône n’apparaît d’ailleurs pas comme une simple coïncidence du calendrier. Il traduit une volonté de placer cette dynamique dans la continuité des constantes nationales et de la Vision Royale qui, depuis plus de deux décennies, élargit progressivement le champ de la diplomatie marocaine.

Les discours et Messages Royaux de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ont constamment rappelé que la diplomatie n’était plus l’affaire exclusive des Etats. Elle est devenue une responsabilité collective. Les universitaires, les intellectuels, les chercheurs, les acteurs de la société civile et les compétences marocaines établies à l’étranger participent désormais, chacun dans son domaine, au rayonnement du Royaume et à la défense de ses intérêts supérieurs. C’est précisément dans cette perspective que l’Union définit sa mission. Non comme une diplomatie parallèle au sens d’une concurrence avec la diplomatie officielle. Mais comme une diplomatie complémentaire. Une diplomatie du savoir. Une diplomatie de l’intelligence. Une diplomatie où les idées prolongent l’action des institutions.

Dans cette approche, la première richesse d’un Etat n’est plus seulement économique. Elle devient intellectuelle. Les grandes puissances du 21 ème siècle ne seront pas nécessairement celles qui possèdent le plus de ressources naturelles. Elles seront celles qui produiront le plus de connaissance. Car un chercheur peut parfois ouvrir davantage de portes qu’une délégation officielle. Une publication scientifique peut modifier durablement une perception internationale. Et une université peut devenir l’ambassade la plus silencieuse et la plus efficace d’un pays.

Cette vision dépasse aujourd’hui le stade de la réflexion. L’Union travaille notamment à la création d’un Pôle d’excellence consacré aux études sur le Sahara marocain, destiné à fédérer les productions scientifiques nationales, africaines et internationales autour de cette question stratégique. Elle développe également le projet d’une bibliothèque numérique, véritable mémoire intellectuelle ouverte, ainsi que des programmes de formation destinés aux jeunes chercheurs afin de former une génération capable de penser le monde avec une conscience universelle enracinée dans la vision marocaine.

S’y ajoute la création d’une plateforme de production scientifique favorisant les échanges entre centres de recherche et institutions partenaires, ainsi que la mise en place de douze commissions spécialisées appelées à structurer durablement les différents champs d’action de cette diplomatie de la connaissance. Tout cela traduit une conviction simple. La puissance douce n’est plus un supplément de prestige. Elle devient un instrument stratégique. Les Etats investissent dans leurs infrastructures. Les grandes nations investissent aussi dans leurs idées.

Au fond, la question posée par cette rencontre dépasse largement le cadre d’une organisation. Elle interroge notre époque. Peut-on encore construire l’influence sans produire de pensée ? Peut-on défendre une nation sans investir dans ses chercheurs ? Peut-on parler au monde sans maîtriser le langage de la connaissance ? L’Union marocaine pour la diplomatie parallèle apporte une réponse qui mérite d’être observée. Elle fait le pari que les institutions les plus solides ne commencent pas dans le béton. Elles commencent dans les bibliothèques. Dans les laboratoires. Dans les universités. Et surtout dans cette matière invisible qui traverse les siècles sans jamais vieillir : Les idées.

📲 Partager sur WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *