20 octobre : de Gorla à Gaza, les enfants victimes oubliées des guerres

Par Marco Baratto, correspondant de Alwarqae au Vatican

Se souvenir des petits martyrs de Milan, c’est aussi regarder en face les tragédies qui frappent aujourd’hui les enfants dans les conflits du monde entier.

Il existe des dates qui ne doivent jamais disparaître de notre mémoire collective. Le 20 octobre est l’une d’elles. En Italie, cette journée est consacrée au souvenir des petits martyrs de Gorla et des enfants victimes de toutes les guerres. Elle nous rappelle que, derrière chaque conflit, il y a des vies innocentes brisées, des familles détruites et des avenirs anéantis.

Le 20 octobre 1944, à Milan, le bombardement de l’école élémentaire Francesco Crispi, dans le quartier de Gorla, provoqua la mort de 184 enfants. Ils étaient venus à l’école pour apprendre, jouer et grandir. Ils auraient dû retrouver leurs parents à la fin des cours, raconter leur journée et préparer leurs rêves de demain. Mais la guerre transforma une matinée ordinaire en une tragédie irréparable.

Plus de huit décennies ont passé. Pourtant, cette douleur demeure d’une actualité terrible. Car combien d’enfants ont-ils perdu la vie dans les guerres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui ? Personne ne peut fournir un chiffre mondial complet et incontestable. Les conflits sont nombreux, les archives parfois inexistantes et les victimes indirectes, mortes de faim, de maladies ou du manque de soins, restent souvent invisibles dans les statistiques. Mais l’absence d’un bilan définitif ne doit pas nous empêcher de mesurer l’immensité de cette tragédie.

Notre pensée se tourne vers Beslan, en Ossétie du Nord, où la prise d’otages dans une école, en septembre 2004, s’acheva dans un massacre qui fit plus de trois cents morts, parmi lesquels de nombreux enfants. Une école, lieu de connaissance et de protection, était devenue un lieu de terreur.

Elle se tourne également vers l’Iran, où les violences et les frappes visant des zones habitées ont fait peser de graves menaces sur les élèves et les établissements scolaires. Elle rejoint surtout les enfants palestiniens, notamment dans la bande de Gaza, où des milliers d’enfants ont été tués ou blessés, tandis que d’autres ont perdu leurs parents, leur maison, leur école et toute possibilité de vivre une enfance normale.

De l’Ukraine au Soudan, de la Syrie au Yémen, les mêmes images reviennent : des immeubles effondrés, des hôpitaux débordés, des familles déplacées et des enfants qui apprennent à reconnaître le bruit des explosions avant même de savoir lire. Les chiffres sont nécessaires pour comprendre l’ampleur des drames. Pourtant, aucune statistique ne peut restituer pleinement l’existence d’un enfant disparu. Derrière chaque nombre, il y avait un prénom, un sourire, une voix, une famille et un avenir possible.

Les enfants ne déclarent pas les guerres. Ils ne choisissent ni les frontières, ni les stratégies militaires, ni les idéologies qui conduisent les adultes à s’affronter. Pourtant, ils en paient un prix disproportionné. Se souvenir des petits martyrs de Gorla ne signifie donc pas seulement honorer les victimes du passé. Cela implique de défendre aujourd’hui le droit de chaque enfant à vivre, à apprendre et à grandir en sécurité, quelle que soit sa nationalité, sa religion ou son origine.

La protection des écoles, l’accès à l’aide humanitaire, le respect du droit international humanitaire et la recherche de la justice ne peuvent rester de simples déclarations. Ils doivent devenir des engagements concrets. En ce 20 octobre, inclinons-nous devant la mémoire des enfants de Gorla, de Beslan, de Palestine, d’Iran et de toutes les terres ravagées par la guerre. Une civilisation ne se mesure pas seulement à ses progrès, mais à sa capacité de protéger les plus vulnérables. Tant qu’un enfant mourra sous les bombes, notre devoir de mémoire restera inachevé.

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